Fini le rituel absurde consistant à télécharger, déverrouiller localement puis réimporter vos documents. Google fait sauter le dernier verrou qui rendait l'édition des fichiers Microsoft protégés insupportable sur le Cloud.

Si Microsoft voulait garder l'exclusivité de la gestion « propre » de ses fichiers sécurisés, c'est perdu.
Si Microsoft voulait garder l'exclusivité de la gestion « propre » de ses fichiers sécurisés, c'est perdu.

Il aura fallu plus de dix ans pour que la guerre froide entre les formats de Redmond et ceux de Mountain View s'apaise vraiment. Si l'interopérabilité entre Office et la suite Google existe officiellement depuis 2014, elle conservait un angle mort particulièrement agaçant pour les pros : les fichiers verrouillés. Jusqu'à hier, tenter d'ouvrir un Excel protégé par mot de passe sur Drive revenait à se heurter à un mur en lecture seule. Google a enfin décidé de sortir le pied de biche.

Le mot de passe n'est plus une impasse

Le fonctionnement est d'une simplicité folle, à se demander pourquoi cela n'existait pas avant. Désormais, lorsque vous ouvrez un fichier Office (.docx, .xlsx ou .pptx) chiffré dans Drive, une boîte de dialogue vous invite simplement à saisir le sésame. Deux options s'offrent alors à vous. Le mode « Aperçu » permet de consulter le document en lecture seule sans toucher à son intégrité. Mais c'est le bouton « Modifier » qui nous intéresse : il ouvre le fichier directement dans Docs, Sheets ou Slides pour l'éditer. Attention, le diable se cache dans les détails : cette action fait sauter la protection. Une fois le fichier ouvert pour édition, le mot de passe est retiré pour permettre la manipulation dans l'environnement Google.​

Le déploiement, qui concerne aussi bien les comptes Workspace que les comptes personnels gratuits, a débuté pour les domaines en "Rapid Release" et s'étend aux autres (Scheduled Release) dès ce vendredi 16 janvier.

L'interopérabilité à marche forcée

Ce n'est pas un simple ajout ergonomique, c'est un coup de canif stratégique dans la rétention d'utilisateurs de Microsoft. En supprimant cette friction, Google supprime l'une des dernières raisons valables de conserver une licence Word ou Excel installée en local pour des tâches administratives ponctuelles.

Cependant, cette fluidité pose une question de sécurité implicite. En retirant le mot de passe lors de l'édition, Google transforme un coffre-fort numérique en simple document partageable. C'est pratique, certes, mais cela force l'utilisateur à une certaine vigilance : si vous pensiez renvoyer le fichier toujours protégé à votre interlocuteur après une correction rapide, c'est raté. Le document ressort « nu » de l'opération. C'est le prix à payer pour ne plus avoir à jongler avec des outils tiers douteux pour faire sauter les verrous avant import.