Live Japon: fiabilité et confiance, clefs du commerce

14 février 2009 à 11h25
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Les Japonais sont obnubilés par le respect de la parole donnée et du temps à un point difficilement imaginable tant qu'on n'a pas partagé leur quotidien. Inversement, ils nous apparaissent à nous Francais bien tolérants, pour ne pas dire naïfs ou inconscients lorsque leurs faits et gestes sont observés à leur insu ou que des informations personnelles sont relevées (avec leur consentement le plus souvent) mais sans qu'ils s'inquiètent de l'usage qui en est fait. Leur sécurité physique qu'ils croient menacée (par les aliments frelatés, les tueurs en série, etc.) les préoccupent bien davantage, à tort sans nul doute. Ces traits de caractère sont d'inépuisables sources et motifs d'innovation pour les cadors de l'électronique locaux, les publicitaires ou les fournisseurs de services et commerçants, à condition de ne pas les exploiter outre-mesure.

Exemples: comme tout le monde au Japon est, par nature ou contagion, en permanence inquiet pour l'heure, il existe une kyrielle de programmes et services pour PC, téléphones portables, consoles de jeu vidéo donnant avec une précision suisse les horaires des trains et métros a la minute près, tout en sachant que les compagnies, elles, les calculent à la seconde et sauf impondérable (séisme, suicide, typhon, etc.) respectent le tableau à l'unité. Ces outils donnent une foultitude d'indications qui permettent de savoir exactement sur quel quai aller, dans quelle rame grimper pour minimiser le nombre de pas à effectuer lors d'un changement, le temps que prendra le transit aux correspondances, quel tarif on devra payer, quels sont les services à bord dans le cas des trains et avions et à combien s'élèvent les rejets de CO2 sur chaque tronçon.

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Le plus intéressant dans ces programmes et services, que tout le monde utilise, c'est leur fonctionnalité multimodale, c'est-à-dire leur capacité à prendre en compte plusieurs modes de locomotion différents successifs pour guider l'usager pas à pas, de porte à porte, à la bonne heure. Cela suppose en amont une interconnexion de bases de données et une moulinette sacrément bien fichue pour proposer les meilleures combinaisons de trajets, ce qui n'est pas une mince affaire quand on connaît la densité du trafic ferroviaire et le maillage du réseau japonais, lequel est tout bonnement le plus important du monde en nombre de passagers transportés par an.

Dans un registre différent, l'obsession des Japonais vis-à-vis du temps, les pousse à toujours vouloir en gagner sans que cela ne se fasse au détriment des devoirs. Parmi les obligations professionnelles non dites mais suggérées tellement fort que tout le monde les entend, figure celle de ne pas se pointer au bureau sans être au minimum au courant de l'actualité. Il paraît, selon diverses études concordantes qu'une large majorité de Nippons passent chaque matin 20 minutes en moyenne pour lire un quotidien. Les autres supports d'information (TV, radio, internet sur PC et mobile) sont évidemment aussi consultés, mais le temps manque bien sûr pour tout voir, tout écouter et tout savoir.

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C'est là que la technique entre en scène. Le deuxième opérateur de télécommunications japonais, KDDI, vient par exemple de développer un système qui permet de condenser en 10 minutes environ le contenu de 30 minutes d'informations télévisées, et ce de façon automatique. Le but est de permettre aux salarymen pressés qui peuplent les trains matinaux de regarder sur leur téléphone portable durant le trajet domicile/travail le JT qu'ils ont raté avant de partir. Le dispositif agit simultanément sur le son et l'image. Il transcrit en sous-titres la parole (en éliminant au passage tout ce qui n'est pas indispensable parce que redondant ou insignifiant) et puise dans la vidéo les images les plus porteuses de sens pour en faire une succession de plans fixes. Autrement dit, ce système (encore à l'état de prototype) transforme le journal de TV en roman feuilleton.

L'expression n'est pas si mal choisie d'ailleurs, puisque cet intéressant outil est aussi conçu pour résumer les "terebi dorama" (séries TV). KDDI espère proposer d'ici environ deux ans un service commercial basé sur cette technique.

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Pour terminer sur le thème pourtant infini de l'obsession temporelle source d'innovation et de commerce, signalons que toutes les boutiques d'électronique et d'électroménager du Japon alignent une incroyable collection de minuteries à poser, fixer, aimanter, porter au cou, à la ceinture ou au poignet, pour la cuisine, l'atelier, le garage, le labo, le bureau, etc., munies de boutons et écrans de différentes tailles, basiques, à double compte à rebours, capables de supporter des températures de feu ou de glace ou bien encore étanches. Bref, un paradis pour les maniaques des minuteries (cela existe forcément et sans aucun doute d'abord au Japon).

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Le nombre incroyable de modèles rappelle la pléthore inimaginable de calculatrices toute simples mais de x tailles, disponibles dans les commerce nippons et encore achetées en nombre alors même que tous les téléphones portables en circulation font aussi office de calculette. Mais que voulez vous, les Nippons sont habitués aux touches infaillibles de leur Casio, Seiko ou Canon, objets sur lesquels ils tapotent à une vitesse sidérante. Vous verrez plus d'un Japonais travailler dans des cafés avec ses trois indispensables outils: le PC, la calculatrice et le téléphone portable qui lui sert de pendule... au cas où sa montre à quartz suisse ou nippone aurait quelque improbable défaillance.

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A cheval sur la ponctualité, les Japonais semblent l'être un peu moins sur le suivi que l'on peut faire de leurs activités, parfois malgré eux. Pour profiter de multiples cadeaux symboliques, ils répondent très volontiers à toutes occasions à des dizaines d'enquêtes sur leurs habitudes et les produits qu'ils consomment, laissant des informations personnelles de grande valeur pour le secteur marchand. Ils estiment également, ce qui n'est pas idiot au demeurant, que si les commerçants et développeurs de produits connaissent plus finement les attentes des consommateurs, ils les servent mieux.

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Ainsi, au moment où en France on se bat paraît-il pour empêcher l'installation d'écrans publicitaires dans le métro, au Japon les clients seraient inversement plutôt demandeurs de ce type d'équipements malins qui ajustent leur contenu en fonction du public qui leur fait face et de statistiques accumulées au fil du temps sur le nombre de personnes attentives ou non. Lorsque des écrans interactifs ou bornes publicitaires un peu spectaculaires sont installés quelque part, les médias en parlent (en bien) et les passants ou clients se ruent dessus. S'ils peuvent grapiller au passage quelques coupons de réduction à valoir auprès des annonceurs ou de leurs partenaires, ils sont ravis. Que les publicités qui s'affichent sur l'écran de leur mobile ou de leur PC tiennent compte de leurs pérégrinations antérieures sur Internet pour proposer des produits en phase avec leurs goûts et mode de vie, et ils y voient surtout le bon côté: au moins, on leur vante des trucs qui peuvent les intéresser.

Le groupe CCC, qui gère les milliers de magasins de location de CD et DVD "Tsutaya", peut ainsi se féliciter sans entraîner une levée de boucliers d'utiliser l'historique des points de fidélité de sa carte T, laquelle est valable dans un nombre croissant de commerces divers, pour faire des offres particulières à chacun de ses 30 millions de membres, enchantés de pouvoir brandir leur criarde carte bleue et jaune à tout bout de champ. Le Japon est-il pour autant le paradis des marchands qui se fichent des libertés individuelles et de l'intimité comme d'une guigne?

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Non, à vrai dire. Même en l'absence d'une autorité indépendante comme la CNIL en France, les fournisseurs de services en ligne et industriels savent qu'ils doivent respecter un minimum de contraintes pour que leur outil commercial ne se transforme pas soudainement en boomerang destructeur s'il est utilisé à mauvais escient et sans égard pour les particuliers. L'initiative d'édicter des règles morales est ainsi revenue au Groupement pour le développement de la publicité sur internet, qui a préparé un "guide de bonne conduite" pour que le recueil et le traitement des informations sur les pratiques des internautes ne se fassent pas à l'insu de ces derniers, qu'ils puissent s'y opposer et que l'usage qui est fait de ces précieuses données soit scrupuleusement mentionné et non outrepassé: "sans cela, la confiance est menacée", indiquent les professionnels du secteur.

Leurs propositions vont être complétées prochainement avant d'être publiées. Dans la même veine, il existe aussi au Japon un label de "respect de l'intimité" qui est censé n'être attribué qu'aux fournisseurs de services respectant un drastique cahier des charges concernant les traitements et la sécurité des informations nominatives. L'intéressant dans tout cela, c'est que ce sont les professionnels plus que les particuliers qui prennent des mesures restrictives afin de ne pas scier la branche sur laquelle ils sont assis si jamais un manque de vigilance de leur part tournait au scandale public. Tant que les données sont utilisées pour faire de la pub, les citoyens ne s'alarment pas, au contraire, ils en profitent.

Même chose s'agissant de la biométrie: tant qu'elle sert surtout à les protéger vis-à-vis de personnes malveillantes ou à les innocenter dans le cas d'un forfait, ils ne s'inquiètent pas de la détention par un tiers (une banque, une entreprise, un gérant d'immeuble, un commerçant) de leurs empreintes digitales ou autre marque physiologique discriminante. L'auteure de ces lignes en a fait encore l'expérience cette semaine lors d'un reportage dans une usine du conglomérat Mitsubishi Heavy Industries, pour y découvrir les principaux éléments de la future fusée nippone H-2B. Or, pour pénétrer à l'intérieur des hangars hermétiques, il fallait accepter de laisser ses empreintes digitales. Aucun des Japonais présents n'a levé la moindre objection, nul n'a tiqué, rechigné ou demandé quoi que ce soit.

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Aucun ne sait si ces traces personnelles abandonnées sur un capteur et dans un serveur seront détruites, ni quand le cas échéant, personne ne pose d'ailleurs la question, peut-être parce que cela reviendrait aussi à attirer sur soi l'attention (ce qui est mal vu) et la suspicion (après tout pourquoi s'inquiéter si l'on n'a rien à se reprocher). Seule étrangère à participer à cette présentation en petit comité, l'auteure n'a pas pipé mot non plus, qui ne veut surtout pas avoir de souci avec le fleuron de la stratégique industrie aérospatiale japonaise si proche des autorités. Comme la biométrie est de plus en plus employée pour protéger les citoyens contre eux-mêmes et les crapules (puisqu'ils ont tendance à omettre ou pour certains, candides, à divulguer leurs codes et mots de passe), elle risque de s'imposer de plus en plus partout. D'autant que techniquement, les progrès se poursuivent qui permettent une forte miniaturisation et une diminution des ressources informatiques nécessaires.

La preuve, le fleuron japonais de l'électronique grand public Sony a présenté récemment une nouvelle technologie d'authentification des personnes via l'analyse de l'image du réseau vasculaire du doigt, une méthode jugée plus fiable que celle des empreintes digitales. Après Hitachi et Fujitsu, Sony est le troisième grand groupe électronique nippon à développer un dispositif qui permet de scruter le motif des veines dans un doigt (ou dans la paume) pour le comparer à un échantillon préalablement relevé afin d'authentifier un individu.

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Sony indique avoir mis au point son propre procédé avec des techniques optiques et algorithmes nouveaux, développés en interne, et qui ont permis de miniaturiser le dispositif ainsi que d'en accélérer l'analyse. Le système conçu par Sony, baptisé "Mofiria", peut, plus facilement que celui de ses concurrents compatriotes, être intégré dans des appareils de petites dimensions, comme des PC portables ou téléphones mobiles, grâce à son processus optique différent et à un meilleur ratio de compression des données. Le schéma des veines de chaque doigt est propre à chacun, invariable dans le temps et impossible à reproduire artificiellement. Dans le cas présent, l'analyse s'opère grâce à des diodes électroluminescentes (LED) qui envoient une lumière proche de l'infrarouge à travers le doigt.

Un capteur CMOS situé de l'autre côté recueille les rayons lumineux réfléchis et dispersés pour en déduire la structure du réseau vasculaire. Selon Sony, son système peut réaliser une analyse en 0,015 seconde avec un processeur de PC (0,25 seconde avec celui d'un téléphone portable). Le taux de mauvais refus (échec de reconnaissance de la bonne personne) est alors limité à 0,1%, et le coefficient de fausse acceptation (personne reconnue par erreur) plafonne à 0,0001%.

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L'authentification biométrique par analyse de l'image de la structure des vaisseaux capillaires de la paume ou du doigt est déjà très répandue au Japon.Les banques ont par exemple toutes ou presque adopté les technologies de Fujitsu et Hitachi pour que les clients qui le souhaitent soient autorisés par ce mode discriminant à effectuer des retraits d'argent et autres opérations depuis les automates.

Si deux mots devaient résumer cet article, ce serait peut-être fiabilité d'une part, à condition que le service promis soit respecté dans le temps imparti et selon les termes prévus, et confiance d'autre part, à condition qu'elle soit bien placée auprès de professionnels responsables, honnêtes et certifiés comme tels. Là sont les clefs de la bonne relation entre prestataires et usagers, les premiers (à quelques exceptions près) ne cherchant pas profiter abusivement du client et ce dernier ne se demandant pas en permanence "où est l'arnaque?".

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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