Live Japon : crise, un bilan high-tech cauchemardesque

01 juin 2018 à 15h36
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C'est une hécatombe, imprévisible et inimaginable il y a ne serait-ce que trois mois : les géants japonais de l'électronique, Sony, Panasonic, Hitachi, NEC, Toshiba, Sharp sombrent les uns après les autres dans le rouge et congédient des milliers de salariés, se disant victimes totalement impuissantes d'une chute des commandes, d'une baisse infernale des prix et d'un yen qui n'en finit pas de grimper.

Sony avait ouvert ce sinistre bal en décembre en annonçant brutalement la suppression de 16.000 postes dans son activité centrale, l'électronique, soudainement déficitaire. Depuis, le fleuron a encore provoqué un nouveau choc en avouant une nouvelle dégradation de ses finances. Il s'attend désormais à endurer une perte nette annuelle de 1,25 milliard d'euros, alors qu'il escomptait encore quelques semaines plus tôt un gain du même montant après avoir déjà sabré par deux fois ses prévisions. Plus les jours passent, plus ses affaires se détraquent, comme celles de ses compatriotes du même secteur.

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Depuis deux semaines, tous font en effet tour à tour état de leurs finances, lesquelles ne sont pas reluisantes. Le bilan des trois derniers mois de 2008, les pires de l'année, est abominable, gommant totalement les éventuels gains antérieurs. Résultat: la plupart ont fait un trait sur les bénéfices pour l'exercice budgétaire en cours qui s'achèvera le 31 mars.

Le conglomérat industriel diversifié Hitachi est pour l'heure celui qui va le plus trinquer financièrement. Il s'apprête à perdre la somme terrifiante de près de 6 milliards d'euros cette année, alors qu'il y a trois mois encore, il promettait des profits. Hitachi, qui fabrique des machines industrielles, des équipements de centrales électriques, des ascenseurs, des matériels informatiques, des matériaux et composants divers ainsi des produits électroniques grand public, dit avoir constaté "une chute fulgurante de la demande à partir du mois de novembre" dans de nombreuses activités. Le groupe est aussi une victime démunie d'une spectaculaire hausse du yen qui annihile ses marges.

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Dans une telle situation financière, Hitachi est lui aussi contraint de mettre en oeuvre des mesures d'économies pour réduire ses coûts et ajuster ses moyens de production à un volume de commandes qui s'est effondré, notamment pour les composants destinés à l'industrie automobile, actuellement aux abois. Hitachi, qui veut amoindrir ses dépenses fixes de 2 milliards d'euros, va geler des projets et envisage de rayer de ses effectifs 7.000 salariés, dont 4.000 dans sa division de composants et matériaux pour ledit secteur automobile et 3.000 dans l'activité des appareils électroniques grand public. Cette dernière est durement affectée par une concurrence intense qui fait chuter les prix de vente, d'autant que la clientèle diminue à cause de la récession. Le segment des téléviseurs est un de ceux qui souffrent le plus.

Mêmes raisons, même sanction pour Panasonic qui a prévenu cette semaine qu'il allait supprimer 15.000 emplois dans le monde et fermer 27 usines (10% du total). Le groupe (ex Matsushita) s'attend désormais à endurer une perte nette annuelle de plus de 3 milliards d'euros alors qu'il avait débuté son exercice budgétaire en avril dernier avec l'espoir d'encaisser un profit presque équivalent. Panasonic va abandonner purement et simplement des activités désespérément déficitaires depuis plus de trois ans et à présent jugées irrécupérables.

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Environ la moitié des 15.000 suppressions de postes envisagées concernent l'étranger, sans que la répartition soit encore clairement définie, pas plus que la localisation exacte des 14 sites en passe d'être fermés hors du Japon, selon un dirigeant du groupe, Makoto Uenoyama. Panasonic, qui prévoit toujours de racheter son compatriote Sanyo pour plus de 6 milliards d'euros afin de se renforcer dans des secteurs porteurs (énergie solaire, batteries), se dit d'autant plus pris de court par la débâcle internationale qu'il venait de renouer ces dernières années avec une très solide rentabilité. Or, ce retour à meilleure fortune était déjà le résultat d'un énorme tri dans ses activités après les horribles années 90 traversées par le Japon, suivies par le trou d'air provoqué par les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et éclatement de la bulle internet en 2002.

"Les diverses mesures de réduction de coûts appliquées en permanence n'ont pas suffi à contre-balancer l'accumulation récente de facteurs négatifs (chute de la demande, concurrence intense, yen fort)", a expliqué le groupe. "La restructuration que nous devons faire aujourd'hui est plus difficile", a reconnu M. Uenoyama, rappelant que la "crise du siècle" actuelle est mondiale et qu'elle affecte simultanément la finance et les activités de production/consommation de biens et services. "Il faut que nous nous redressions plus vite que les autres", a-t-il insisté pour justifier la sévérité des mesures de restructuration en cours et dont le coût est évalué à 3 milliards d'euros sur deux ans.

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Le porte-étendard de l'industrieuse cité d'Osaka (ouest) dit avoir vécu une piètre fin d'année 2008, surtout pour les ventes de produits et composants pour professionnels (automations industrielles, pièces/équipements électroniques pour l'automobile). "Nos affaires ont fortement empiré depuis le mois d'octobre", a souligné Panasonic qui se dit incapable d'établir un diagnostic certain de l'évolution du marché, mais veut à tout prix se battre sur des segments jugés stratégiques, dont les téléviseurs.

Au cours du seul trimestre d'octobre à décembre (le 3e de son exercice budgétaire), ses ventes globales ont dévissé de 20% comparées à celles des mêmes mois de 2007, et même de 29% à l'étranger. Résultat: son profit d'exploitation trimestriel a simultanément rétréci de 84%, le tout entraînant le groupe dans le rouge.

Même drame pour NEC qui se dit forcé de se séparer de 20.000 salariés dans le monde, après avoir lui aussi prévu des pertes annuelles colossales (2,4 milliards d'euros). Cette réduction des effectifs touchera des salariés temporaires et des personnels titulaires. Elle se fera d'ici mars 2010, a précisé le groupe qui évalue à 12.000 environ le nombre de postes concernés hors du Japon. "Il est vraiment déplorable que nous soyons obligés d'en arriver là", a reconnu le PDG de NEC, Kaoru Yano, lors d'une conférence de presse. Ce chiffre de 20.000 intègre 9.450 suppressions d'emplois annoncées précédemment par une des sociétés affiliées au groupe NEC, NEC Tokin, essentiellement implantée en Asie.

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Ce n'est pas fini. Est ensuite venu le tour de Toshiba: 4.500 emplois rayés et 2,33 milliards d'euros de pertes redoutées. "La conjoncture s'est terriblement aggravée durant l'année en cours et la prochaine s'annonce également très difficile", a prévenu le patron du tentaculaire conglomérat, Hatsutoshi Nishida. Toshiba pâtit de la dégringolade des prix et commandes de puces-mémoires "flash" NAND et autres semi-conducteurs avancés et du plongeon des bénéfices tirés des appareils grand public, en proie à un combat de titans à coup de sabre dans les prix.

Le groupe ne se fait pas d'illusion sur la rapidité de la reprise espérée: "notre but est de garantir une rentabilité dans les années à venir même si le chiffre d'affaires stagne", a indiqué le patron en présentant les décisions radicales prises (restructuration dans le domaine des mémoires, des dalles d'écran LCD, report de projets, contraction des investissements, etc.). Le troisième trimestre budgétaire (octobre à décembre), pendant lequel la récession internationale s'est confirmée, a été terrible pour les finances du groupe. "Même si durant ces mois l'activité des équipements publics (centrales électriques, ascenseurs, etc.) est redevenue profitable, cela n'a pas compensé les pertes de celle des semi-conducteurs et la chute des bénéfices dans les produits électroniques et électroménagers", a déploré Toshiba.

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Cependant, en dépit des difficultés actuelles qu'il rencontre avec ses mémoires Flash, le groupe est loin d'y renoncer. Il va au contraire racheter pour 1,3 milliard d'euros à l'américain SanDisk une partie des usines qu'il détient en commun avec ce dernier au Japon. "Nous pensons qu'à long terme le marché des mémoires flash va recommencer à croître grâce aux besoins pour les téléphones portables, les PC, divers produits électroniques et ménagers", a justifié Toshiba.

"En reprenant à notre partenaire des installations déjà en place, nous pourrons élever notre production pour un coût inférieur à celui exigé par la construction de nouvelles lignes et cela nous permettra d'aller plus vite", a-t-il ajouté, pensant que seuls les plus gros et les plus en avance survivront.

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Il va aussi continuer de consolider les domaines dans lesquels il dispose de technologies de pointe, dont les supports de stockage de masse. Autre priorité: les infrastructures publiques, dont les centrales électriques, une activité pour laquelle il prévoit de titulariser 500 salariés temporaires, redoutant une chasse à la main-d'oeuvre qualifiée dans ce secteur porteur. Toshiba espère en effet être choisi d'ici 2015 pour construire un total de 39 réacteurs nucléaires dans le monde.

Même Sharp, en forme éclatante l'an passé lorqu'il posait la première pierre d'un gigantesque complexe industriel à Osaka, s'apprête à perdre de l'argent, 830 millions d'euros précisément. Certes, ses calculs prennent en compte une perte de 43,3 milliards de yens liée à la chute de valeurs détenues en Bourse, dont des actions de son compatriote Pioneer. Il a aussi comptabilisé une amende de 12 milliards de yens infligée par les autorités de la concurrence américaines, ainsi que 22 milliards de charges de restructuration. Ces éléments financiers extraordinaires l'ont entraîné dans le rouge, mais même sans cela le groupe a vu sa situation se dégrader considérablement à cause de la crise mondiale.

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"Les ventes de produits électroniques et audiovisuels grand public ont chuté de 15% en valeur", a avoué Sharp. Ce plongeon est dû à la dégringolade affolante des tarifs des téléviseurs LCD et à la hausse du yen, sur fond de concurrence impitoyable. En nombre d'unités la progression des achats de TV LCD s'est pourtant poursuivie, a assuré le groupe qui prévoit en conséquence de congédier 1.500 salariés sous contrat au Japon et de remodeler ses infrastructures de production de dalles LCD.

Ceux qui espèrent encore éviter de tomber en zone négative ont quand même dû abaisser fortement leurs prétentions. C'est le cas de Sanyo, sauvé in-extremis par la forte demande de panneaux solaires en Europe et par de solides ventes de batteries partout dans le monde. "La robustesse de notre division batteries nous a aidé à rester dans le vert" au terme de trois trimestres, malgré la dégradation de l'économie, a expliqué lors d'une conférence de presse le vice-président de Sanyo Koiichi Maeda.

Le groupe, qui doit être racheté dans les prochains mois par son compatriote Panasonic, a confirmé qu'il comptait terminer l'exercice 2008-2009 sur un modeste bénéfice d'exploitation , mais "honnêtement, cela dépendra du comportement du marché des batteries. Je prie aussi pour que la demande de semi-conducteurs cesse de chuter", a avoué M. Maeda. Sanyo avait annoncé en janvier la suppression de 1.200 emplois et la fermeture de plusieurs usines de semiconducteurs, après avoir déjà viré quelque 15.000 personnes ces quatre dernières années.

Quant à ceux qui ont bouclé leur exercice en décembre, ils ont souvent raté leurs objectifs. C'est par exemple vrai pour Canon qui a terminé l'année calendaire avec un bénéfice bien moins gros qu'attendu. Le groupe, au top l'an passé et qui espérait le rester, ne cesse de reporter des projets de nouvelles usines, anticipant une rude année 2009. Au vu des résultats du dernier trimestre de 2008, de l'évolution des monnaies et de la récession internationale confirmée, Canon craint en effet une sévère chute de ses ventes en 2009 (-14,5% sur un an) et un plongeon de 68,3% de son profit net, si tant est qu'il arrive à en conserver un.

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Ces annonces catastrophiques, qui n'en finissent pas de ternir l'actualité, masquent par leur ampleur une longue liste de bilans désespérants de petites entreprises sous-traitantes aux abois. Le fabricant de mémoires DRAM Elpida Memory devrait être secouru par les pouvoirs publics nippons. Le Japon n'a sans doute jamais vécu une déferlante aussi dramatique de mauvaises nouvelles économiques en un laps de temps aussi court. Cette onde de choc rappelle, voire surpasse en puissance, celle qui submergea l'Archipel durant les années noires consécutives à l'éclatement de la bulle immobilière et financière endogène, dans les années 1990. Après s'être égarés dans des aventures douteuses au temps de la bulle, tous les gros groupes avaient pourtant mis leurs affaires au clair et assaini leur situation. Hélas, une partie de ces efforts de longue haleine apparaît brusquement ruinée: des surcapacités de production et excédents de main-d'oeuvre font de nouveau surface, à cause de l'affaissement imprévisible de la demande.

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Il y a néanmoins des exceptions: la première est Nintendo qui pour le moment ne semble pas subir l'impact de cette chute économique mondiale. Son patron, Satoru Iwata, répète que le secteur du jeu vidéo est moins sensible que la plupart des autres à ce phénomène, les divertissements domestiques étant généralement perçus en temps de crise comme des "anti-dépresseurs" relativement bon marché par comparaison avec les sorties festives.

Reste que Nintendo ne peut pas non plus totalement ignorer cette crise, sauf à être de totale mauvaise foi. Et pour cause, lui aussi est victime de l'envolée du yen, ce qui l'a d'ailleurs obligé à réviser en très forte baisse, et pour la deuxième fois, ses simulations de résultats annuels. "La récession n'est pas une bonne chose y compris pour le secteur du jeu vidéo, quoi qu'on en dise", avait affirmé il y a six mois l'analyste Hiroshi Kamide de KBC Securities.

De fait, bien que brandissant des performances exceptionnelles pour les neuf mois passés (avril à décembre), avec des recettes en hausse de près de 17% sur un an, le papa de Mario et des Pokemon se montre plus prudent dans ses prévisions pour le dernier trimestre de son exercice (janvier à mars), alors que les principaux pays où l'on se dispute généralement ses produits sont en proie à la pire conjoncture depuis que le jeu vidéo existe. En comparant la dernière page de son plus récent rapport financier trimestriel à celle du précédent datant d'octobre, on constate que Nintendo a en fait abaissé ses objectifs de ventes annuelles de consoles Wii à 26,5 millions d'unités (contre 27,5 millions auparavant) ainsi que ses estimations portant sur les achats de disques et cartouches de jeux pour Wii et DS.

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Le groupe pensait en octobre qu'il écoulerait 207 millions de jeux pour DS durant l'année, mais ce nombre a été ramené à 193 millions. Et ce, même si Nintendo estime qu'un total de 31,5 millions de DS seront achetées durant les 12 mois considérés, c'est-à-dire un million de plus que prévu précédemment. De la même façon, la firme indique désormais que 193 millions de jeux conçus par elle pour la Wii devraient avoir été vendus dans l'année, soit 7 millions de moins qu'envisagé à l'automne dernier.

Tous comptes faits, pour le moment, les seuls géants nippons des technologies de l'information et de la communication (TIC) qui peuvent se dire épargnés sont les trois principaux opérateurs de télécommunications fixes et mobiles (NTT/NTT Docomo, KDDI et Softbank) qui ont tous enregistré des résultats financiers en progression et ont conservé leur optimisme pour les mois à venir.

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