Autodesk : "Dans le futur, les fichiers 3D auront autant leur place que la 2D"

Par
Le 22 octobre 2014
 0
A l'occasion du salon 3D Printshow qui s'est tenu à Paris, Autodesk a présenté sa première imprimante 3D, une machine open source accompagnée d'une plateforme de développement ouverte baptisée Spark. En marge de l'événement, la rédaction de Clubic en a profité pour interroger Jesse Harrington Au, créateur et directeur de programmes chez Autodesk, afin de connaître sa position quant à l'impact de l'impression 3D sur les entreprises et l'industrie.

00c8000007699759-photo-jesse-harrington-au-cr-ateur-et-directeur-de-programmes-chez-autodesk.jpg
Tout d'abord, quelle est la situation économique d'Autodesk ?

Jesse Harrington Au : Tout va bien ! Cela fait plus de 30 ans maintenant que nous développons nos logiciels de modélisation 2D et 3D. Ce sont de très bons logiciels, mais chers et difficiles à utiliser. Aujourd'hui, le paradigme a changé. Des produits comme 123D Catch, Fusion 360 ou notre plateforme Spark ont changé notre manière de voir le monde de la 3D. Ceux qui étaient nos concurrents sont désormais nos partenaires. Ils utilisent tous nos logiciels à un moment donné.

Nous croyons fermement que la modélisation 3D n'a pas à donner mal à la tête, ou à coûter cher. Désormais, nous essayons de la rendre accessible à tout le monde car un public plus large s'y intéresse, des étudiants aux industriels, en passant par les artistes et designers.

Comment faites-vous pour faciliter la modélisation 3D ?

J.H.A : Nous avons conçu 123D Catch dans ce but. Il suffit de prendre 5 photos d'un objet pour que l'application en fasse un modèle 3D. Et puis, on écoute notre public également. Pour 123D Catch justement, nous avons un excellent forum via lequel les gens nous envoient leurs remarques, ils nous indiquent les fonctionnalités qu'ils aiment, celles qu'ils n'aiment pas, et nous les écoutons.

Quelles sont vos dernières innovations ?

J.H.A : Notre plateforme Spark. Il s'agit d'une plateforme ouverte de développement pour les imprimantes 3D. Dans les salons, nous voyons que de nombreux entrepreneurs se lancent dans ce domaine ou dans la modélisation, et ils rencontrent les mêmes problèmes que nous à l'époque.

Donc nous lançons cette plateforme pour que ces sociétés profitent de ce que nous avons appris pendant les trente dernières années. La représentation physique de cette innovation, c'est notre imprimante 3D open source. C'est la première que nous commercialiserons. Elle fonctionne grâce à la technologie DLP (ndlr : procédé employant une cuve de plastique liquide exposée à la lumière) et propose une très haute résolution. Enfin, nous lançons un programme auquel participeront 50 à 60 personnes afin d'explorer les possibilités de notre machine.

« Nous avons tendance à tomber amoureux des bricoleurs passionnés, des fabricants ou des personnes qui aiment sortir de leur zone de confort »



Quel domaine de l'impression 3D a l'avenir le plus florissant selon vous ?

J.H.A : Il est difficile de répondre à cette question pour l'instant, mais il est vrai que l'impression 3D, comme le moulage par injection en son temps, a touché de nombreux domaines. Des choses géniales nous arrivent de l'industrie médicale, ou de l'industrie du design. Je pense que ce sont les deux champs dominants. Dans le domaine médical, les prothèses maison se révèlent être une véritable révolution à laquelle personne ne s'attendait. 10 ans plus tôt, personne n'aurait imaginé pouvoir construire sa propre prothèse.

01c2000007699747-photo-l-imprimante-3d-d-autodesk.jpg


Dans quelle mesure Autodesk s'intéresse-t-il à ces domaines ?

J.H.A : J'aime dire que nous sommes agnostiques. Nous ne voulons pas nous spécialiser dans un domaine, nous aimons que nos clients fassent de belles choses avec nos logiciels, c'est tout. En tant que concepteurs de logiciels destinés à la création, nous avons tendance à tomber amoureux des bricoleurs passionnés, des fabricants ou des personnes qui aiment sortir de leur zone de confort, plutôt que de domaines spécifiques.

Certains de nos outils ne sont pas simples à utiliser mais ils permettent d'aller où l'on veut. C'est particulièrement fascinant de travailler avec des designers ou des bricoleurs. Mais nous ne nous intéressons pas à un champ en particulier, certains utilisent nos produits pour la médecine, l'industrie alimentaire, et nous en sommes tout aussi heureux.

Vous devez bien avoir une cible privilégiée, s'agit-il des grandes sociétés technologiques, des PME ?

J.H.A : Cela dépend du produit. Avec 123D Catch, nous visons tout le monde. En revanche Fusion 360 s'adresse plutôt aux start-up. Evidemment, nous voudrions que tout le monde utilise nos produits, que ce soit pour les effets spéciaux d'un film ou pour un architecte qui conçoit un pont. Nous avons 185 produits, donc il y en a pour tout le monde !

01c2000007699921-photo-imprimante-3d.jpg


Croyez-vous aux usages grand public de l'impression 3D ?

J.H.A : Absolument. Je ne sais pas si le grand public aura ou non des imprimantes à domicile, mais je pense qu'il s'en servira pour imprimer des choses qui, elles, iront chez lui. J'aime me dire que dans le futur, les fichiers 3D auront autant leur place chez le grand public que les fichiers 2D. Créer quelque chose, c'est très addictif, et cela donne une sensation de pouvoir. Lorsque les personnes sauront maîtriser la technologie, elles voudront personnaliser et inventer leurs propres solutions.

A vous écouter, on peut penser que cette technologie n'a pas de limites, lesquelles sont-elles ?

J.H.A : La vitesse ou la taille par exemple. L'impression 3D, ou fabrication additive, ne sera jamais aussi rapide que la fabrication soustractive (ndlr : procédé classique par soustraction de matière). Et la taille des produits fabriqués par une imprimante 3D est limitée elle aussi. La fabrication soustractive reste également supérieure en termes de consistance des matériaux. Je pense que les limites sont là mais l'impression 3D est tellement jeune, et nous voyons des choses de plus en plus extraordinaires chaque année. La limite est surtout dans nos esprits finalement.

Et la limite du nombre de matériaux imprimables ?

J.H.A : Non je ne crois pas que ce soit réellement un obstacle. On est capable d'imprimer de plus en plus de matériaux. J'ai vu des gens utiliser de la céramique, du bois, des matériaux conducteurs, du fer, du titane... En revanche, l'impression 3D n'est pas efficace pour tous les produits. Il y en a certains qui resteront fabriqués de la même façon.



Pour en savoir plus :
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
scroll top