La voiture volante, un fantasme bientôt réalité ?

le 16 novembre 2014 à 14:23
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Nourri par la science-fiction depuis des décennies, le fantasme de la voiture volante se matérialise peu-à-peu. Mais trêve d'euphorie : les automobilistes ne sont pas encore près de quitter le plancher des vaches, malgré les avancées importantes réalisées dans le domaine ces dernières années.

Retour vers le Futur, Le Cinquième Elément, Blade Runner... la science-fiction met en scène des voitures volantes depuis des décennies. Mais si beaucoup prédisaient leur arrivée au début des années 2000, ces véhicules capables de décoller du bitume pour circuler sont toujours absents des routes de France et d'ailleurs. Pourtant, ce ne sont pas les projets et tentatives qui manquent.

Des prototypes dès 1917



Voitures volantes : les pionniers

1917 : Glenn Curtis fabrique l'Autoplane, une voiture surmontée d'ailes. L'appareil ne décollera jamais du sol.
1937 : L'entreprise Watermann Arrowplane met au point l'Arrowbile. Doté d'un moteur à hélice propulsive et capable d'embarquer deux personnes, ce véhicule destiné à rouler et à voler a bien décollé. Seulement cinq modèles ont été produits, mais le projet, non rentable, a été stoppé.
1940 : Jess Dixon présente son Autocoptère, un mélange de tondeuse, caisse à savon et hélicoptère, qui a décollé du sol mais pas sur le marché en raison d'une sécurité discutable.
1946 : Robert Fulton met au point la Fulton Airphibian, une voiture capable d'être convertie en avion via l'ajout d'un module arrière. En proie à des problèmes financiers, Fulton a dû revendre son entreprise, et le projet n'a jamais abouti.
1950 : L'Italien Luigi Pellarini dévoile l'Aerauto PL.5C, sorte de voiture à deux places dotée d'ailes pliables et d'une hélice propulsive à utiliser aussi bien dans les airs que sur terre. Un point bloquant pour le projet, abandonné en 1953.
La voiture volante n'aurait pas attendu le développement de la science-fiction pour s'illustrer : en 1917, Glenn Curtiss, un Américain considéré comme l'un des pionniers de l'aviation, imagine l'Autoplane, une voiture affublée d'hélices et d'ailes de biplan. Sa puissance de 100 chevaux lui permettait de légèrement décoller du sol, mais le véhicule n'a jamais pris son envol. L'Autoplane est considéré comme la première tentative de voiture volante, même si, en apparence, il s'agirait plutôt d'un avion capable de circuler sur la route.

Par la suite, de multiples prototypes ont vu le jour, obtenant plus ou moins de résultats. En 1949, l'Aerocar de Moulton Taylor fait parler de lui. Six prototypes prometteurs seront développés, toujours sur la base d'une voiture à laquelle on ajoute des ailes pliables. Mais le projet est finalement abandonné, car sa rentabilité est impossible à garantir.

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En France, l'un des projets les plus prometteurs fait son apparition en 1973 : Robert Lebouder utilise alors une Vespa 400 pour revisiter l'Autoplane. Le véhicule effectuera même des vols jusqu'en 1976, mais il ne dépassera pas non plus le stade de prototype.

En 2010, un nouveau modèle américain fait parler de lui : le Transition de Terrafugia. Le mélange voiture/avion avec ailes pliables est toujours là, et le moteur est celui d'une automobile. Le tout est effectivement capable de décoller et de voler. Officiellement, le Transition est toujours en développement, et son prix tournerait autour de 155 000 euros : une centaine d'investisseurs fortunés l'auraient précommandé.


Avion roulant ou voiture volante ?



Malgré des expériences réussies, on est cependant bien loin de l'image qu'on peut avoir de la voiture volante capable de s'élever dans les airs sans avoir besoin d'une piste de décollage. La présence d'ailes, même pliables, a également de quoi laisser perplexe : toutes les routes ne sont pas aussi larges que celles que l'on trouve aux Etats-Unis.

Pour pallier le problème, plusieurs stratégies sont envisagées : l'ingénieur slovaque Stefan Klein, à l'origine de l'Aeromobil 3.0, mise sur une conception compacte. Son véhicule possède bien des ailes, mais ces dernières sont repliées au-dessus du toit de la « voiture ». Si le design de l'Aeromobil n'a rien à voir avec celui d'une voiture, sur la route, l'encombrement n'est pas plus important. La piste de décollage est encore nécessaire pour que le véhicule prenne son envol. Côté performance, l'Aeromobil peut rouler à une vitesse de 170 km/h, voler à 200 km/g et dispose d'une autonomie de 700 km. Elle consomme environ 15 litres pour 100 km, et fonctionne à l'essence, comme n'importe quelle voiture. Stefan Klein, qui travaille sur son projet depuis plus de 20 ans, effectue des vols d'essai depuis septembre 2013, le plus récent ayant eu lieu en octobre dernier. Il a bon espoir de recevoir la certification pour pouvoir vendre la version 3.0 de son véhicule en 2015.


En France, l'entreprise strasbourgeoise Vaylon a opté pour une autre option : la voile. Pégase, son prototype, s'apparente à un buggy doté d'un moteur à hélice. Pour s'envoler, le véhicule déploie une voile de 38 m² : pas d'ailes ici, mais une centaine de mètres reste nécessaire pour l'envol et l'atterrissage. Cette « voiture tout terrain convertible en aéronef » peut voler pendant trois heures jusqu'à une altitude de 3000 mètres, à une vitesse maximale de 80 km/h. Elle se destine surtout aux professionnels en tous genres, aussi bien dans le domaine du sauvetage que du contrôle d'installations ou du tourisme, mais également à un usage militaire.


Si on est ici plus proche de la voiture volante que du petit avion utilisable sur route, on est encore assez loin de l'image que la science-fiction donne de la voiture volante, capable de s'élever dans les airs sur place. Pour voir l'ébauche d'un tel véhicule, il faut une nouvelle fois se tourner vers une société française, Xplorair.

L'entreprise travaille sur une voiture volante du même nom, cette fois-ci capable d'effectuer un décollage vertical. L'Xplorair utilise un système de propulsion nommé Thermoréacteur, conçu par l'ingénieur toulousain Michel Aguilar. « La totalité des avions fonctionnent aujourd'hui selon un cycle thermodynamique à pression constante, grâce au carburant brûlé. On est arrivé à une telle perfection de cette technologie que les progrès sont désormais limités. Il fallait donc passer à un nouveau cycle, et c'est ce que propose le Thermoréacteur, qui réalise une combustion à volume constant » nous explique son créateur. «  C'est une rupture technologique en termes de propulsion. Le Thermoréacteur a un encombrement tellement réduit qu'il peut être logé dans les ailes du véhicule, et permet une économie de carburant à hauteur de 20%. Ça modifie complètement la conception des avions. »

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Michel Aguilar compte présenter un Xplorair fonctionnel au salon du Bourget en 2017 : il travaille actuellement sur un prototype fonctionnel. Des entreprises chinoises comptent parmi les premières à s'être manifestées pour participer au développement de l'Xplorair. « Je suis très proche de réaliser mon rêve d'enfant » estime l'ingénieur, qui travaille sur le projet depuis qu'il a pris sa retraite en 2007. Quant à la commercialisation pour le grand public, elle pourrait se faire, selon lui, aux environs de 2020, pour un tarif compris entre 50 000 et 75 000 euros.

Une route encore longue avant l'envol



Quand bien même l'Xplorair, et peut-être d'autres modèles, seront proposés sur le marché aux environs de 2020, il y a encore du chemin avant d'espérer voir de tels véhicules se démocratiser. Outre la dimension technologique et le coût d'un tel moyen de transport, il se pose également la question des infrastructures de circulation et de la réglementation : voler au-dessus d'une route pour éviter les bouchons a de quoi faire rêver, mais il n'est pas difficile d'en concevoir les dangers. Pour Michel Aguilar, si les voitures volantes tardent à arriver sur le marché, c'est en partie en raison de la forte présence de voitures terrestres dans les garages. « Il y a sur Terre plus d'un milliard de véhicules à moteur thermique, et il faudra un certain temps pour effacer ces cellules motrices » nous explique-t-il. Néanmoins, toujours selon lui, les voitures volantes répondront à un vrai besoin : « Le nombre de voitures augmente de façon exponentielle avec la Chine et l'Inde. Inévitablement, il faudra investir la 3e dimension sous peine d'asphyxie ! »

Et enfin, conduire une voiture volante nécessitera des connaissances en pilotage, ce qui sous-entend un nouvel apprentissage de la part des automobilistes. Michel Aguilar estime que les conducteurs devraient pouvoir opter pour « une conduite totalement automatique, gérée par le GPS, ou semi-automatique avec une coopération active du commandant de bord, en lien permanent avec le sol ». Et la conduite manuelle ?«  Elle nécessitera une formation très sérieuse pour obtenir un nouveau permis. Mais les militaires seront les premiers à en bénéficier, ils travaillent déjà dessus. » A l'heure où les voitures autonomes, parfois sans volant, sont elles-mêmes évoquées pour 2020, on est en droit d'estimer que les roues et les routes ont encore de beaux jours devant elles.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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