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Vostok 3 et 4, retour sur le premier vol en formation

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
18 décembre 2022 à 16h00
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Andrian Nikolaïev Vostok 3 préparation © URSS/N.A. via Spacefacts.de
Photographie (un peu retouchée) d'Andrian Nikolaïev lors d'un entraînement pour sa mission Vostok 3 © URSS / N.A. via Spacefacts.de

Plus d'un an après le vol record de Vostok 2, l'Union soviétique ne compte surtout pas laisser les États-Unis revenir dans la course à l'astronautique. Pour marquer les esprits, les équipes imaginent une nouvelle grande première : le vol simultané de deux capsules proches l'une de l'autre. Complexe, mais ça marche !

Et celui-ci ne pouvait être répliqué côté américain avant Gemini…

Vostok 3, pas une priorité ?

Après les 17 orbites de Vostok 2 et de son passager Hermann Titov en août 1961, l'avance de l'Union soviétique est considérable dans le domaine des vols habités. Pensez donc, les Américains n'ont encore envoyé personne en orbite ! L'OKB-1, le centre dirigé par Sergei Koroliov, demande donc à exécuter une mission encore plus ambitieuse pour Vostok 3 : 3 jours de vol, pour 3 capsules avec 3 cosmonautes dans l'espace en même temps. La proposition est d'abord refusée pour une question de moyens techniques : lanceurs, capsules, moyens de suivi… Le soutien d'une telle mission serait trop compliqué sans une intense préparation.

Ensuite, il y a la question médicale. En effet, sur ce plan, la mission Vostok 2 a divisé. Bien sûr, Titov a fini par se sentir à l'aise, mais il a tout de même passé 12 orbites à souffrir du « mal de l'espace » qui inquiète bien des médecins. En fin de compte, l'administration décide que Vostok 3 et 4 pourront bien avoir lieu simultanément et voler en formation… si l'OKB-1 termine et valide d'abord les travaux du programme de satellites espions Zenit demandés par les militaires. C'est là un coup dur. À cause de cet effort, l'URSS va perdre plusieurs mois pour ses vols habités.

Vostok capsule vue d'artiste sphère et module de service © via Spaceflight.de
L'idée n'est pas bête, on enlève l'astronaute et le siège éjectable, et on met un énorme appareil photo à la place © N.A. via Spacefacts.de

En attendant Zenit

Plus ennuyeux encore, si les satellites Zenit sont de splendides réussites (ils sont initialement fondés sur la capsule Vostok), leurs décollages ne sont pas dans la même veine, et les échecs s'enchaînent. Le pire est peut-être celui du 1er juin 1962 au cours duquel l'un des quatre boosters du lanceur s'est malheureusement décroché en vol. Non seulement la fusée s'est écrasée, mais ledit booster et tout son carburant sont venus s'écraser sur le site de lancement 1/5 à Baïkonour… Celui qui est équipé pour les vols du programme Vostok.

Il faudra plus d'un mois de réparation, après quoi les autorités russes se méfient des niveaux de radioactivité du test (particulièrement contesté, même à l'époque) de la bombe nucléaire « Starfish Prime » dans l'espace, à 400 kilomètres d'altitude. Ainsi le « duo Vostok », sur lequel règne le plus grand secret, est retardé jusqu'au 11 août. Même les cosmonautes sélectionnés ne sauront exactement leur rôle que sur place, tel Gagarine un an plus tôt. Ils sont alors cinq dans les locaux de Baïkonour.

URSS sélection Vostok cosmonautes © URSS/N.A.
Tous les cosmonautes font partie de cette première sélection, véritable vivier de pilotes de chasse formés pour l'espace © URSS / N.A.

Vostok 3 en phase d'attente

Vostok 3 décolle donc en premier, le 11 août à 9 h 30 du matin (heure de Paris), pour un premier jour en orbite et en solo. À l'intérieur de la capsule, le cosmonaute Andrian Nikolaïev devient le troisième homme de son pays dans l'espace. Pilote de chasse surnommé « l'homme de fer » pour son calme légendaire dans toutes les situations, c'est à lui de voler le plus longtemps. Il était déjà le cosmonaute remplaçant de Titov, et son entraînement d'alors fait de lui le meilleur candidat pour ce vol long.

Et si les médecins étaient très inquiets de savoir s'il souffrirait à son tour du mal de l'espace, ils furent rapidement rassurés : les orbites passent, mais Nikolaïev se porte comme un charme ! Il devient même le tout premier à obtenir l'autorisation, très attendue, de se détacher de son siège.

L'espace au sein de la sphère Vostok reste particulièrement restreint, mais il lui permet tout de même de « tester » un peu l'impesanteur sur de longues durées. Il en profite pour partager un peu son expérience à la télévision soviétique, puisque son véhicule est équipé d'une caméra qui diffuse les images. C'est une première, et Nikolaïev sera aussi le premier du bloc de l'Est à prendre des photos en couleur depuis l'orbite.

Le vol double, un défi !

Une minute, il était bien question d'un vol double ? Alors, pourquoi Vostok 4 n'a pas encore décollé ? La raison est assez simple. Lorsqu'un véhicule spatial est en orbite, il fait un tour autour de la Terre. Mais cette dernière tourne sur elle-même. Aussi, la capsule Vostok 3 ne se trouvait plus au-dessus de Baïkonour lors de son orbite n° 2, ni pour la n° 3… Et le véhicule, s'il peut s'orienter dans toutes les directions et freiner pour quitter l'orbite, n'est pas équipé d'un moteur pour naviguer entre les orbites.

Résultat, il faut attendre que Vostok 3 soit « pile » au-dessus du site et que Vostok 4 soit prêt à décoller pour que les deux capsules habitées aient une chance de voler en formation, en commun, bref, relativement proches l'une de l'autre. Il n'est pas question, quoi qu'il arrive, d'espérer les faire se rencontrer : non seulement les véhicules ne sont pas équipés pour ça, mais en plus, cela poserait plus de problèmes que de simplement les avoir en orbite en même temps.

Vostok 4 écusson de mission © N.A. via Spacefacts.de
Simple, efficace, soviétique. L'écusson de mission de Vostok 3 et 4 © N.A. via Spacefacts.de

Ce sont donc presque 24 heures qui s'écoulent jusqu'à ce que Vostok 3 survole le Kazakhstan dans le bon axe et que la fusée transportant Vostok 4 allume ses moteurs à son tour. La capsule décolle et atteint une orbite de 180 x 237 kilomètres, avec à son bord Pavel Popovitch. Ce dernier, né dans l'actuelle Ukraine, devient immédiatement le 4e cosmonaute de l'URSS et le 8e au monde.

C'est très peu de temps après sa mise en orbite qu'il passe avec Vostok 4 tout près de Vostok 3 (environ 5 kilomètres, d'après les calculs). Une prouesse pour l'époque, et définitivement suffisante pour affirmer que les deux volent en formation près l'un de l'autre. Mais est-ce assez pour qu'ils puissent se voir ? Nikolaïev affirmera après son retour avoir vu Vostok 4 « comme une petite lune », même si cela paraît assez improbable compte tenu du ratio taille-distance en jeu.

Pavel Popovitch Vostok 4 en vol © URSS/N.A. via Spacefacts.de
Pavel Popovitch, en orbite, profite des joies de l'impesanteur avec un stylo © URSS / N.A. via Spacefacts.de

Surprise, il y a deux capsules

La nouvelle du décollage de Vostok 4 prend de court l'ensemble du monde occidental. Aux États-Unis en particulier, certains pensaient à une amélioration de Vostok pour qu'une mission puisse durer plusieurs jours, ou à l'adjonction d'un module de service plus performant.

Mais un vol en duo est inédit, et les Soviétiques réitèrent une fois de plus un « coup » médiatique d'envergure avec cette mission (ils ne le savent pas encore, mais quelques semaines plus tard, ils perdront la course à Vénus). La première journée de ce vol en commun est consacrée à de nombreux échanges radio entre les deux cosmonautes, à des expériences médicales et à leurs observations du sol. La journée du 12 août se passe donc sans incidents, puisque Popovitch n'est pas non plus atteint du mal de l'espace, un véritable soulagement.

Le vol est nominal (ou presque)

Jusqu'à quand les missions pourront-elles être prolongées ? Par incréments d'une journée, cela peut durer jusqu'à 5 ou 6 jours, étant donné les orbites atteintes. Malgré l'influence de l'atmosphère, il n'y a pas tant de particules à cette altitude pour freiner Vostok 3 et 4. Mais il s'agit surtout de bien prendre en compte la santé des cosmonautes qui sont vite entrés dans l'inconnu avec des vols d'une durée record.

Le 13 août, après moins d'une journée complète de vol, le système de régulation thermique de Vostok 4 et une partie de son support vie tombent en panne. La température baisse régulièrement, et l'humidité grimpe à bord (un paramètre important, compte tenu de l'électronique qu'embarque la capsule). Toutefois, Pavel Popovitch annonce se sentir bien, les deux Vostok vont donc rester en orbite le 14 août. Elles ne sont cependant plus en liaison l'une avec l'autre, car elles se sont trop éloignées. Leur faudra-t-il rentrer le 15 ? Il y a débat… Et ce, même si la température dans Vostok 4 est tombée à 11 degrés Celsius !

capsule Vostok 1 atterrissage © Novosti/alldayru.com
Vostok est plus équipée pour refroidir que pour chauffer © URSS via Spacefacts.de

Tout va bien (si, si)

Entre alors en compte une histoire qui tient peut-être de la légende, sachant que les contrôleurs au sol avaient déjà décidé de faire rentrer les deux missions au-dessus du Kazakhstan le 15 août au matin. Pour ne pas révéler au monde les problèmes de santé potentiels des cosmonautes en clair, il aurait été convenu avec eux quelques mots-clés pour que les équipes au sol sachent qu'il était temps d'abréger les vols et de faire revenir les capsules au sol.

Or, en survolant le Mexique, Pavel Popovitch annonce qu'il voit « des éclairs », l'un de ces mots-clés pour signaler qu'il est malade. Pourtant, il déclare lui-même à la radio se sentir bien malgré la baisse de température dans sa capsule. Les équipes sont alors convaincues qu'il a un souci de santé et lui posent la question après son retour… Mais il semble que le cosmonaute observait bel et bien un gigantesque orage depuis l'orbite basse.

Vostok 3 et Vostok 4 couverture Life © Life magazine
Les véhicules Vostok étaient un peu fantasmés © Life Magazine

Le retour de Vostok 3 et 4 se passe très bien, et les deux cosmonautes accèdent rapidement au rang de célébrités comme leurs prédécesseurs, même s'ils sont aujourd'hui beaucoup moins connus. La mémoire collective a préféré garder d'autres « premières » que celle-ci.

Pourtant, sur le plan de la communication, cette mission était un véritable coup de génie. Que ce soit en matière de fusées, de capsules ou de matériel au sol, les États-Unis ne pouvaient se permettre d'y répondre avec Mercury ! Il leur faudra attendre décembre 1965, trois ans et demi plus tard avec une capsule autrement plus évoluée, pour faire voler simultanément deux équipages avec Gemini 7 et 6A. Reste à savoir, pour un programme habité ambitieux, mais aux moyens limités, quelle sera la prochaine prouesse…

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gothax
Merci! Éric … Palpitant … C’était des sacrés pilotes et techniciens. Y aura t il des Vostok qui vont se « voir » de près plus tard ?
gemini7
Encore merci pour cette trépidante histoire des cosmonautes russes, tu peux nous en pondre des centaines, des comme celle-là. On les adore.
Zimt
Quelle aventure, mais quelle aventure…!
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