À l'occasion du CES, la société Clicks a présenté son nouveau projet, le Communicator. L'idée : faire renaître l'esprit de BlackBerry avec un appareil sans fioriture spécifiquement conçu pour... la communication. Un pari qui, bizarrement, nous met l'eau à la bouche.

Oublions un instant les smartphones commercialisés à plus de 1000 euros, propulsés par une puce survitaminée qui ne servira probablement qu'à faire tourner un jeu spécifique ou à effectuer des tâches d'IA ici et là. Revenons un peu au basique. Parce qu'on a pas tous besoin d'une bête de course dans la poche.

Quand le smartphone se rationalise

Depuis quelque temps, le monde des smartphones est animé par un marché sous-jacent avec une tendance minimaliste, ou comme certains diraient "intentionnelle". Certains veulent volontairement limiter leurs usages. Mais plutôt que d'exploiter les options dédiées sur iOS et d'Android, ils préfèrent opter pour des appareils simples - ou dumb phones - comme le Light Phone 3, le Minimal ou le Punkt.

Et puis, il y a ceux qui n'ont pas envie de passer des heures sur TikTok ou Instagram, où les vidéos générées par l’IA se multiplient à vue d’œil, de suivre une énième polémique sur X, qui devient de plus en plus toxique, ou de regarder ses films et séries sur un écran de 6 pouces (là, mes yeux ne me donnent plus trop le choix….). Alors, à quoi bon attendre le prochain smartphone haut de gamme, sans doute encore présenté comme une révolution et vendu toujours plus cher, s’il ne correspond plus vraiment à ses besoins ? Mieux vaut peut‑être choisir un modèle plus en phase avec ses usages réels. Et le Clicks Communicator, comme certains modèles chez Unihertz, incarne précisément cette vision.

L'entreprise explique qu'en ciblant un très large public sans aucune distinction, les smartphones d'aujourd'hui se doivent d'être à peu près bons en tout. Mais aucun n'excelle particulièrement dans un domaine. Et parfois un appareil dédié permet de mieux concentrer ses efforts. C'est sans doute la raison pour laquelle les liseuses ont survécu aux tablettes et aux smartphones.

blackberry

Un marché de niche, qui revient en force

BlackBerry Q10, Q5, Classic, Passport, Z30, PRIV… j'ai testé pour Clubic plusieurs modèles et observé de près la descente de l'entreprise. Mais depuis l'arrêt officiel de BlackBerry en tant que fabricant de smartphones en 2016, puis la fin du support logiciel de BlackBerry OS en janvier 2022, plusieurs tentatives ont cherché à ressusciter l'expérience du clavier physique emblématique de la marque canadienne.

TCL, via sa licence BlackBerry Mobile (2016-2020), a d'abord tenté de moderniser la gamme avec des modèles Android comme les KEYone, KEY2 et KEY2 LE, qui conservaient le design iconique à clavier intégré mais peinaient à rivaliser avec les smartphones tout-écran. Malgré 850 000 unités vendues pour le KEYone, TCL a finalement abandonné la licence en août 2020, estimant que le marché n'était plus viable.

La start-up américaine OnwardMobility a ensuite promis un BlackBerry 5G ultra-sécurisé avec clavier physique dès 2020, mais après des retards répétés et la vente par BlackBerry de 600 millions de dollars de brevets matériels, le projet s'est effondré début 2022 sans qu'aucun appareil ne voie le jour.

Unihertz a conçu plusieurs modèles et s'apprête à lever le voile sur le Titan 2 Elite au Mobile World Congress. L'appareil sera livré sur Android 16 avec, pour une fois chez le fabricant, un vrai suivi logiciel jusqu'à Android 20. Chez Clicks, on travaille sur le Communicator. Ici, l'idée est encore une fois de reprendre l'ergonomie du BlackBerry, avec cependant un châssis plus moderne. Et c'est sur ce dernier projet que j'ai parié.

Si le discours marketing est plutôt bien léché, ne nous y méprenons pas, le Clicks Communicator n'existe pas. Il ne verra certainement pas le jour avant la fin de l'année. Cependant, le projet est intéressant à plusieurs niveaux. Surtout, il est mené à bien par une entreprise qui a passé les deux dernières années à commercialiser des claviers physiques pour les smartphones de dernière génération.

Le Clicks Communicator
Le Clicks Communicator

Un clavier physique au service de la productivité

Le cœur du Communicator, c'est son clavier physique. Alors oui, il s'agit d'un agencement QWERTY. Et au premier abord, certains penseront sans doute qu'il s'agit d'un frein majeur. Ça se tient. Sauf qu'en vérité, comme sur n'importe quel appareil Android, il devrait être facile d'y associer un clavier logiciel français.

Écrit-on plus rapidement sur un clavier physique que sur un clavier virtuel ? Probablement pas. Du moins pas dans les deux premières semaines. Après, certainement. Et puis, les anciens utilisateurs de BlackBerry vous le diront : la frappe est bien plus précise, et on ne passe pas la moitié de la saisie à corriger un mot sur deux. L'entreprise précise que ce clavier physique sera également tactile : il sera donc possible de faire défiler les contenus sans interagir continuellement avec l'écran.

Au-delà de la frappe elle-même, le Communicator intègrera les raccourcis clavier natifs déjà disponibles avec l'étui clavier commercialisé pour les iPhone, les Motorola Razr et les Google Pixels. L'appareil se transforme alors en un véritable outil de productivité. Les utilisateurs peuvent programmer des actions personnalisées en combinant la touche dédiée "Clicks Key" à une autre pour lancer une application, appeler un contact, exécuter une action programmée, activer un mode concentration… Nul besoin de balayer vos différents écrans de droite à gauche à la recherche d'une icône.

Une LED de notification et un launcher épuré

Autre clin d'œil aux années 2010 : la LED de notification intégrée au bouton latéral. Personnalisable en couleur et en animation, elle permettra d'identifier d'un coup d'œil les communications prioritaires sans déverrouiller - sans même toucher - l'appareil. Clicks explique vouloir permettre à l'utilisateur d'associer une couleur aux notifications provenant d'une application particulière ou d'un contact spécifique. Et ce petit détail - absent des smartphones de Unihertz - n'a l'air de rien, mais il change tout ! Mais seuls les initiés au BlackBerry savent !

Le Communicator s'appuie sur une interface logicielle co-développée avec Niagara Launcher, baptisée "Message Hub". En quelque sorte, c'est la nouvelle version du BlackBerry Hub autrefois disponible sur le système BlackBerry 10. Cette surcouche Android regroupe un ensemble de notifications de d'applications sélectionnées par l'utilisateur - Gmail, WhatsApp, Slack, SMS... - sur un écran d'accueil épuré, avec des options de tri rapide et de réponse directe sans devoir ouvrir une à une chacune des applications.

La barre d'espace du clavier intègre un déverrouillage par empreinte digitale permettant d'accéder directement à ce centre de messagerie unifié. De son côté, le bouton latéral de droite embarquant cette LED pourra être personnalisé. Un appui long pourra servir à initier la saisie vocale, l'enregistrement audio ou encore à démarrer une requête sur un chatbot IA.

Mais pourquoi parier sur un simple projet ?

Alors oui, au CES, on voit beaucoup de vapoware, autrement dit, de belles promesses qui ne se concrétisent jamais. Mais ce qui rend le Communicator particulièrement crédible, c'est le pedigree de ses créateurs. Le projet est co-fondé par Kevin Michaluk, alias CrackBerry Kevin, figure historique de la communauté BlackBerry, fondateur de Crackberry.com et du groupe Mobile Nations. Nous retrouvons aussi Michael Fisher (Mr Mobile), ancien journaliste tech devenu influenceur respecté dans le milieu mobile. Jeff Gadway, ancien directeur marketing chez BlackBerry, occupe le poste de CMO, tandis qu'Adrian Li Mow Ching, entrepreneur spécialisé dans les smartphones et la blockchain, assure la direction générale.

Mais surtout, il y a Joseph Hofer, l'ancien designer industriel de BlackBerry à qui l'on doit les claviers mythiques du Bold 9000, du Bold 9900 et du Passport. C'est lui qui a supervisé l'ergonomie du Communicator.

Faire un smartphone à clavier, c'est une chose, mais en faire un qui soit susceptible de répondre précisément aux attentes des anciens aficionados des smartphones canadiens, et avec les bons moyens techniques, c'en est une autre. Et Clicks semble combiner les bons atouts à jouer pour ce projet ambitieux. L'entreprise a su trouver son public en commercialisant ses étuis clavier depuis 2024.

Quelques caractéristiques techniques

Le Communicator ne sera probablement pas une bête de course, on l'a compris, ce n'est clairement pas le but. Et avec son écran AMOLED de 4 pouces, il ne conviendra certainement pas à tout le monde. D'ailleurs, en plus des adeptes de BlackBerry, et sans doute pour élargir sa base de clients potentiels, Clicks n'hésite pas à présenter l'appareil comme un complément à son smartphone habituel. On ne connait pas pour l'heure la version exacte du SoC qui y sera embarquée, mais il devrait vraisemblablement s'agir d'une puce de milieu de gamme gravée en 4nm. Celle-ci sera épaulée par 8 Go de mémoire vive.

Le Communicator disposera d'une batterie de 4000 mhA avec une recharge Qi 2 compatible Magsafe. En termes de stockage, nous retrouverons 256 Go d'espace avec, oui oui, un slot d'extension pour y glisser une carte microSD. Et comme tout bon smartphone rétro qui se respecte, une prise jack 3,5 mm sera même de la partie. Soyons honnêtes, côté photo, on n'attend pas grand-chose. Les BlackBerry n'ont jamais particulièrement brillé de ce côté. Sans plus d'informations, on y retrouvera quand même un capteur principal de 50 MP avec une stabilisation optique. À ce stade, aucune information n'a été partagée sur l'optique, le traitement logiciel, la taille des photosites, ou encore l'équilibre ISO/exposition. La caméra frontale, elle, est de 24 MP.

Le Clicks Communicator sera livré avec Android 16 et suffisamment puissant pour recevoir Android 20. L'entreprise promet 5 années de mises à jour de sécurité. L'appareil est "Android StrongBox ready", c’est‑à‑dire qu’il embarque un module matériel sécurisé dédié capable de stocker et protéger les clés cryptographiques les plus sensibles (authentification, clés de voiture, identités numériques), même si le système Android est compromis.

Le prix de vente indiqué est de 499 euros, ou 399 euros si vous acceptez de le réserver tout de suite pour financer le projet en faisant une avance (rétractable) de 199 euros sur le prix final. Quant à la date de sortie... il ne verra sans doute pas le jour avant le second semestre. Mais on a hâte, et on croise les doigts pour que le projet se réalise bel et bien !