Huit entreprises sur dix manquent de préparation aux cyberattaques qu'elles pourraient subir. Couplée à un système de cybersécurité, la cyber-assurance devient alors indispensable, mais les assureurs exigent désormais des preuves techniques de sécurité avant tout contrat.

Offre partenaire
Protection avancée des e-mails, des calendriers, des mots de passe, du réseau… de votre entreprise grâce à la suite d'applications professionnelles sécurisées.
Offre partenaire
C'est mathématique. À mesure que les cyberattaques touchant les TPE-PME se multiplient, le marché de la cyber-assurance, lui, gagne du terrain. Selon la FEVAD, 66 % des PME françaises ont subi une cyberattaque en 2024, dont 26% plusieurs attaques simultanées. Le coût moyen atteint 25 000 euros par incident. Parallèlement, le marché de la cyberassurance passe de 1 milliard d'euros en 2023 à 1,7 milliard en 2024, soit une augmentation de 70 %, d'après l'étude AMRAE Lucy en 2025. Mais la souscription n’est pas automatique. Les assureurs exigent des protections élémentaires avant d’accorder une couverture, et certains peuvent refuser d’indemniser si elles ne sont pas toutes réunies.
À quoi sert une cyber‑assurance d'entreprise ?
Une cyber‑assurance agit comme un soutien de deuxième niveau. Elle ne remplace pas la cybersécurité interne, mais elle aide l'entreprise à repartir quand tout s'arrête. Lorsqu'un rançongiciel bloque les serveurs, qu'une base client est volée ou qu'un employé ouvre un mail piégé, l'assureur intervient pour limiter les pertes. Son rôle est d'encadrer financièrement et techniquement la crise, pas de la prévention.
Concrètement, un contrat couvre plusieurs volets. Le premier concerne la remise en état du système d'information : restauration des postes, analyse de l'intrusion, effacement des traces malveillantes. L'assureur mandate souvent un prestataire agréé en cybersécurité, capable d'intervenir en urgence 24 heures sur 24. Le deuxième volet porte sur la continuité de l'activité. Certaines politiques remboursent les pertes d'exploitation liées à un arrêt total des outils numériques. D'autres incluent une prise en charge temporaire des services cloud ou des frais de localisation de matériel, le temps de rénovation.
Une partie du contrat concerne également la responsabilité de l'entreprise. Si des données personnelles fuient, la loi impose d'informer les autorités et les personnes concernées. L'assureur fournit alors un accompagnement juridique et prend en charge les coûts liés à ces démarches. Certaines offres couvrent même l'assistance en communication, utile quand il faut expliquer l'incident à des clients ou à la presse sans aggraver la situation.
En revanche, ces garanties sont encadrées. L'indemnisation dépend du niveau de préparation de l'entreprise et du respect des mesures de sécurité prévues au contrat. Un sinistre peut être refusé si des sauvegardes manquent, si les administrateurs d'accès ne sont pas protégés ou si les correctifs tardent à être installés. Les compagnies appliquent de plus en plus une logique proche de la prévention routière : elles refusent de couvrir un risque évitable. D'où l'intérêt, avant toute souscription, de vérifier que l'infrastructure répond aux critères techniques demandés.
Une cyber‑assurance ne se signe donc pas comme une assurance classique. Elle suppose un dialogue précis avec l'assureur, une évaluation du système d'information et un plan de remédiation immédiate si certaines failles ressortent.
Les guides de l’ANSSI et de Cybermalveillance.gouv.fr énumèrent les bonnes pratiques minimales de cybersécurité à mettre en place dans les TPE et PME : gestion des mots de passe, sauvegardes régulières, plans de réponse aux incidents, formation des collaborateurs… Les assureurs s’y réfèrent lorsqu’ils évaluent les entreprises via leurs questionnaires d’audit. Appliquer ces recommandations, c’est la condition qui permet au contrat de cyber‑assurance de jouer pleinement son rôle le jour où une attaque survient, en garantissant que l’entreprise a mis en place les protections jugées indispensables.
Les cinq prérequis techniques exigés par les assureurs en 2026
Avant de signer un contrat, les entreprises vérifient désormais la solidité technique de leurs clients pour réduire la fréquence des sinistres et éviter les indemnisations démesurées. Chaque société candidate fournit donc des preuves concrètes de sa maturité numérique. Ces exigences portent sur cinq points prioritaires et non négociables.
Une authentification forte et une gestion des accès rigoureuse
La première condition concerne l'accès aux comptes administratifs et aux services critiques. Les assureurs exigent une authentification multifactorielle (MFA)sur les messageries, plateformes cloud, VPN et outils comptables. Sans ce verrou supplémentaire, le contrat reste souvent inactif. Ils réclament également une cartographie claire des droits : qui peut accéder à quoi, combien de comptes disposent d'autorisations étendues, et comment ces droits évoluent lors d'un départ ou d'une mutation interne.
Des sauvegardes régulières et isolées
Les ransomwares ciblent désormais directement les environnements de sauvegarde. Les assureurs demandent donc des copies hors ligne et hors site, souvent sur des disques déconnectés ou des solutions cloud séparées du réseau principal.
Attention, une sauvegarde ne sert que si elle resteintégrée et restaurable. De nombreuses entreprises découvrent au moment de la crise que leurs copies automatiques ne contiennent plus les bonnes données.
Les assureurs exigent la preuve d'un test de restauration périodique : un exercice concret où l'entreprise redémarre un serveur ou une poste à partir de la sauvegarde pour prouver sa fiabilité.
Une surveillance et une détection d'intrusion continue
En tant que dirigeant, vous devez surveiller activement votre réseau et être capable de détecter les comportements suspects avant qu'ils ne dégénèrent. Cela passe par plusieurs types d'outils complémentaires.
- Un EDR (Endpoint Detection and Response) inspecte chaque poste de travail et serveur. Il repère les malwares, les tentatives d'exfiltration ou les connexions anormales sur un ordinateur précis ;
- Un XDR (Extended Detection and Response) va plus loin. Il croise les données venant des postes, des serveurs, de la messagerie, du réseau et parfois même du cloud. Cette corrélation permet de détecter des attaques sophistiquées qui passent inaperçues sur un seul type d'équipement ;
- Un SIEM (Security Information and Event Management) centralise tous les journaux d'événements. Il recherche des signaux d'alerte dans le trafic réseau, les connexions SSH inhabituelles ou les échecs répétés d'authentification ;
- Enfin, un SOC (Security Operations Center), interne ou externalisé, fait le travail humain. Des experts surveillent les alertes 24h/24, priorisent les incidents et déclenchent les mesures d'urgence. Pour une TPE-PME, un service managé chez un prestataire remplit parfaitement cette fonction.
Les assureurs vérifient donc deux points clés : l'existence d'au moins un de ces outils (EDR seul minimum, idéalement couplé à un SIEM ou un service SOC) et la traçabilité des incidents traités. Combien d'alertes par mois ? Qui les analyse ? Quel est le délai de réponse ?
Une gestion stricte des correctifs et des mises à jour
Les assureurs exigent un plan clair de mise à jourpour les systèmes, applications et équipements réseau.
Lors des audits, les entreprises interrogent directement les dirigeants informatiques : calendrier de gestion des correctifs, délais moyens entre notification et déploiement, gestion des logiciels obsolètes. Dans les structures sans DSI, ces points sont souvent un motif fréquent de refus de couverture.
Une sensibilisation régulière de l'ensemble du personnel
Les attaques les plus simples passent encore par un clic trop rapide. C'est pour cela que les assureurs exigent uneformation continue des collaborateurs.
L' ANSSI et Cybermalveillance.gouv.fr diffusent des kits gratuits destinés aux PME. Les assureurs représentent souvent leurs modules pour les inclure dans le plan de prévention du client.
Cette formation implique des campagnes de phishing simulé, une communication interne régulière et des rappels pratiques sur la gestion des mots de passe. Une entreprise qui prouve qu'elle entretient ces réflexes inspire plus confiance à son assureur qu'un simple dossier de conformité.