Télécharger sans DRM : le tour des plates-formes

Stéphane Ruscher
Spécialiste informatique
11 janvier 2007 à 18h07
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Quand le disque tourne mal

Le 4 août 2006, la loi DADVSI est entrée en vigueur après de nombreuses péripéties, volte-face, reports et autres coups de théâtre. Tout (et parfois n'importe quoi) a été dit sur cette loi et ses conséquences sur l'industrie du disque et la vie privée des internautes. La seule certitude qu'on puisse avoir à son sujet à l'heure actuelle, est qu'elle est extrêmement complexe et floue. La vision initiale du texte était limpide : la répression impitoyable pour tout le monde. Telle était la vision des majors, à une époque pas si lointaine où elles prônaient le tout sécuritaire, persuadées que leur modèle fondé sur les verrous numériques et les poursuites judiciaires étaient la seule solution pour enrayer le piratage.

Le texte final amendé, corrigé, adouci, endurci à nouveau sur certains points, témoigne au contraire du malaise qui s'est emparé de l'industrie du disque et des politiques. Les mesures techniques de protection (MTP ou DRM) sont de plus en plus contestées pour leur manque d'interopérabilité : un titre acheté sur l'iTunes Store sera illisible sur un baladeur Creative et vice versa. Les disques protégés contre la copie posent problème sur certains lecteurs, quand ils n'infectent pas l'ordinateur par un rootkit. Enfin, on ne compte plus les problèmes liés à la perte des licences permettant de lire un titre, notamment sur les plateformes utilisant le WMA protégé. Au delà des questions idéologiques, le modèle du tout DRM montre également et surtout ses limites économiques : en réalité, il ne profite vraiment qu'à , dont le succès de l'iPod et de l'iTunes Store ne se dément pas. Les autres plateformes légales, disons le franchement, se partagent des miettes : comment toucher un large public lorsque l'on vend de la musique incompatible avec l'écrasante majorité des baladeurs du marché, c'est à dire des iPods ?

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La réponse tient en deux lettres et un chiffre, une combinaison que les majors se refusent de prononcer : « MP3 ». Le seul format géré par la quasi totalité des baladeurs disponibles dans le commerce (à l'exception de Sony) ... mais également un de ceux dépourvus de DRM. Dès lors, aucun contrôle n'est possible : les titres peuvent être copiés librement d'un baladeur à un ordinateur et vice versa, gravés à volonté, redistribuables sur les réseaux P2P, bref, un cauchemar pour les maisons de disques, mais une réalité qui commence à faire son chemin : et si on pouvait à nouveau faire confiance aux acheteurs ?

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Le MP3 revient à la bouche des maisons de disque

Il y'a quelques semaines, VirginMega et FnacMusic, deux plateformes de téléchargement légal utilisant le format WMA protégé, ont créé l'événement en osant braver l'interdit pour diffuser deux titres au format MP3, « compatibles avec tout baladeur ». L'initiative est louable, d'autant plus qu'elle a été suivie depuis, les deux plateformes proposant désormais entre 150000 et 200000 titres en MP3, issus du catalogue de labels indépendants comme V2, PIAS ou XL Recordings.

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FnacMusic et VirginMega se mettent timidement au MP3


Certes, les titres mis en avant n'ont rien de bien vendeurs, mais c'est un début. Une expérience similaire a été menée outre atlantique par Music, qui a vendu des titres issus du catalogue des majors, à titre purement expérimental certes, mais qui montrent un changement de cap, d'une approche purement répressive à plus de confiance vis à vis de gens qui, après tout, achètent de la musique légalement. Mais au juste, pourquoi s'émeut-on de cette mise à disposition révolutionnaire (de la part des majors), alors que depuis des années, plusieurs plateformes diffusent en MP3 et sans DRM des milliers de titres de labels indépendants américains ou britanniques ? Alors que des milliers d'artistes mettent à contribution les réseaux P2P pour diffuser gratuitement, et avec leur accord, leur musique ? Alors que l'on semble découvrir les joies de l'interopérabilité comme une sorte d'expérience interdite, nous vous proposons un tour d'horizon de l'offre légale « alternative » disponible sur le net, une offre beaucoup plus variée que l'on peut le croire. Toutes les plateformes que nous vous présentons ici ont pour points communs l'absence de DRM sur les titres vendus, la légalité des catalogues disponibles (via des accords avec les maisons de disques et/ou les artistes, et non d'obscurs vides juridiques) et, surtout, la possibilité d'acheter des titres ou de s'abonner depuis la France.

Bleep : le précurseur

Impossible de parler de plateforme légale sans DRM sans parler de Bleep. Créé en 2003, Bleep est à l'origine la boutique numérique du label électronique Warp qui abrite des pointures du genre comme Aphex Twin, Autechre ou Boards of Canada. Peu à peu, le service s'est ouvert à d'autres grands noms de la musique électronique (F-Com, Ninja Tune ...), puis à l'ensemble des labels indépendants britanniques, avec ou sans rapport à la techno.

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Tarification et formats proposés

Bleep propose une formule proche d'iTunes : les titres sont vendus à l'unité et les albums entiers bénéficient d'un prix spécial. Les tarifs sont en revanche un peu plus élevés que chez : un album vous coutera les 9,99 euros habituels mais il faudra compter jusqu'à 1,40 euro pour un titre, du moins pour ce qui est du format MP3. Car, c'est là une des originalités de Bleep, la boutique vend également une partie de son catalogue au format FLAC, libre et sans perte, avec un petit bémol : il est impossible d'acheter un titre FLAC à l'unité. Les albums sont généralement vendus à 12,75€ et les Maxis à 6,99€. Cette option ravira les audiophiles, mais il faut préciser que les MP3 vendus par Bleep sont de très bonne qualité, encodés avec LAME en VBR 320k.

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Catalogue

Le catalogue est principalement axé sur la musique électronique mais on peut y trouver quelques artistes moins « pointus » : tous les albums de Björk sont disponibles, alors que les fans de rock indépendant y trouveront Franz Ferdinand, Arctic Monkeys, ou encore les compilations Nouvelle Vague. Notons enfin que pour des raisons de droit, il peut arriver que certains titres soient indisponibles pour un utilisateur français. C'est le cas des albums de The Strokes, distribués par un label indépendant outre manche (Rough Trade) mais par Sony BMG dans le reste du monde.

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Le catalogue est pointu mais s'est ouvert à un public plus large


Interface

L'interface de Bleep est assez étrange : toutes les opérations s'effectuent sur une seule page, sans défilement, et divisée en trois colonnes. La première vous permet de naviguer entre les labels, les artistes et les albums, la deuxième d'écouter et acheter les titres tandis que la dernière affiche votre panier d'achat. Le système d'écoute est sans aucun doute le meilleur rencontré sur une plateforme de téléchargement légal. Plutôt que de vous imposer un segment de 30 secondes pas toujours représentatif, il permet de zapper entre des plages de 30 secondes avec fondu en fermeture.

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Les petits malins ne pourront donc pas enregistrer l'intégralité du morceau, mais le système permet de s'en faire une idée nettement plus précise. La navigation un peu étroite entre des miniatures de pochettes ou des listes interminables d'artistes est en revanche un peu plus contraignante

Contenu éditorial

La nature minimaliste de Bleep influe également sur son contenu éditorial, ou plutôt l'absence de celui ci puisqu'il n'y en a absolument aucun, en dehors de la newsletter présentant régulièrement les nouveautés du site. C'est d'autant plus dommage que le catalogue très pointu du site est sans aucun doute rempli de petites perles qui gagneraient à être mises en avant autrement que par de minuscules vignettes. Bleep est donc, de ce point de vue, un site pour connaisseur, qui saura précisément ce qu'il cherche, ou pour curieux patient, qui pourra se laisser guider au hasard de ses clics. La possibilité d'écouter les morceaux quasiment en entier incite néanmoins au « butinage ».

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La quasi absence de contenu éditorial ne facilite pas la navigation


Services

Les services associés sont également rudimentaires : si l'utilisateur a la possibilité de télécharger l'ensemble des titres achetés sous forme d'archive ZIP, Bleep ne propose aucun gestionnaire de téléchargement (ce qui lui permet en contrepartie d'être indépendant du système d'exploitation), et ne permet pas de télécharger plusieurs fois un album acheté. Pensez donc à faire des sauvegardes régulières. Respectueux d'une certaine éthique, Warp ouvre son site à tous les navigateurs, la seule restriction concernant l'utilisation de Flash pour écouter les titres.

eMusic : le petit site qui monte

Emusic. Le nom est indéniablement à la mode et pour cause : ce service est tout simplement le n°2 du téléchargement légal, aux Etats Unis comme en Europe, derrière iTunes Store. Un petit n°2, certes, la part d'Apple étant gigantesque, mais eMusic réussit tout de même à éclipser Napster, , Rhapsody et consorts, qui bénéficient pourtant de catalogues plus importants et d'une compatibilité avec de nombreux baladeurs ... Quelle est donc la recette de son succès ?

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Tarification et formats proposés

Le modèle de tarification d'eMusic pourrait être qualifié d'hybride : le service ne propose pas d'achat à la carte mais des formules d'abonnement se déclinant comme telles :

  • eMusic basic : 40 titres par mois pour 12,99€
  • eMusic plus : 65 titres par mois pour 16,99€
  • eMusic premium : 90 titres par mois pour 20,99€

Des formules à l'année ou pour deux ans sont également disponibles. Néanmoins, à la différence d'autres services d'abonnement mensuel comme Napster ou Rhapsody, il s'agit réellement d'achat et non de location : l'utilisateur conserve les titres téléchargés une fois l'abonnement fini, puisqu'aucun DRM ne vient limiter l'utilisation de la musique. Cette formule présente un avantage certain : même si les prix du service tendent à augmenter, le coût au titre reste largement inférieur à ce que peut proposer un site à la carte comme iTunes. En revanche, la médaille a un revers et la formule ne sera vraiment intéressante que pour les gros consommateurs de musique, le crédit n'étant pas cumulé d'un mois à l'autre. Il faut donc s'abonner à eMusic en son âme et conscience, en étant sur de pouvoir épuiser son crédit mensuel.

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Au niveau des formats, la solution retenue est simple : du MP3 pour tout le monde. La qualité de ces fichiers est variable mais le minimum semble être 192 kbps, avec certains albums à 300 Kbps. Un format universel qui satisfait les utilisateurs de n'importe quel baladeur, donc, mais qui décevra peut être les adeptes d'autres formats comme Ogg Vorbis ou FLAC. Pour comprendre ce choix, il faut sans doute rappeler que, malgré ce que l'on a parfois tendance à penser, les choix d'eMusic ne sont absolument pas idéologiques mais uniquement commerciaux : le service propose du MP3 parce que ce format permet de vendre leur musique à un plus grand nombre de clients, et surtout aux utilisateurs d'iPod. Exit donc les DRM, mais également les formats « marginaux ».

Catalogue

On l'a vu, eMusic ne propose aucune des quatre majors du disque, mais de nombreux labels indépendants. Cette dénomination très floue englobe une variété incroyable d'artistes, allant d'illustres inconnus à des légendes dont certaines oeuvres ne font pas partie du catalogue des majors. On trouvera ainsi certains albums de Johnny Cash, Ray Charles, des enregistrements live d'artistes soul comme Otis Redding, des groupes alternatifs cultes (Pixies, Cocteau Twins, Mogwai ...), quelques uns des « chouchous » de la presse musicale « branchée » (Hot Chip, The Dears, Arcade Fire ...) ou encore une myriade d'artistes totalement inconnus dans nos contrées.

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Malgré l'absence des majors, le catalogue est riche et varié


eMusic existe depuis quelques années aux Etats Unis. Il était déjà possible de s'abonner au service mais une partie non négligeable du catalogue était réservée au public américain. La situation s'est nettement améliorée avec la version européenne du site : les « gros » labels indépendants européens que sont PIAS ou V2 sont désormais présents. On trouve même quelques artistes francophones, notamment l'intégrale de Miossec. Bref, le catalogue d'eMusic s'en tire très honorablement au niveau de la variété et de la notoriété des artistes présents et on peut affirmer qu'un amateur « éclairé » de musique y trouvera en partie son compte.

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Interface

La navigation sur eMusic adopte un modèle nettement plus traditionnel, dans la lignée de services comme iTunes, VirginMega ou Fnac Music, soit une vitrine mettant en avant des nouveautés, des recommandations personnelles en fonction de vos achats, des thématiques (les eMusic Dozens, sur lesquelles nous reviendrons) ou encore les titres les plus téléchargés.

Cliquer sur un artiste affiche une page contenant les albums disponibles, quant aux pages de chaque album, elles sont tout ce qu'il y'a de plus traditionnelles : possibilité de télécharger chaque titre individuellement ou l'album complet, écouter un extrait de 30 secondes de chaque titre ou encore lire les avis des utilisateurs. Tout cela paraît bien classique mais en y regardant de plus près, des subtilités apparaissent.

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Les albums proposés par eMusic ont en effet la particularité d'être riches en « tags » et il est ainsi possible de naviguer à travers le catalogue par label, par décennie ou encore par région géographique. Les sous genres sont également très détaillés, beaucoup plus que sur les autres services. Quasiment tous les critères de chaque album sont cliquables, là ou iTunes ne propose que la navigation par genre ou artiste.

Contenu éditorial

Cette richesse se remarque également dans le contenu éditorial très étoffé du site, et pour cause : eMusic utilise les metadonnées du site All Media Guide (base de données très complète de films ou de musique), et s'est adjoint les services de plusieurs critiques musicaux réputés, qui font office de « conservateurs » du site. Pour peu que l'on soit anglophone, eMusic s'avère être une mine d'informations, notamment à travers les nombreuses chroniques qui sauront aiguiller l'utilisateur, en plus des commentaires des abonnés, souvent pertinents eux aussi puisque le site attire essentiellement une clientèle de passionnés.

Les mises en avant sont également l'objet d'une attention toute particulière. Les eMusic Dozens proposent des sélections thématiques d'albums aux choix argumentés et au goût souvent exquis. D'autres « features » peuvent mettre l'accent sur un genre ou un artiste. Même s'il ne faut pas être dupe du caractère commercial du site, la présence de ce contenu éditorial fort et pertinent est un plus indéniable qui aide l'utilisateur à faire ses choix dans un catalogue touffu.

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Services

Le refrain commence à être lassant, mais eMusic se distingue encore au niveau des services proposés aux utilisateurs. Rien de bien extraordinaire, certes, mais il est tout de même possible de partager son profil avec d'autres abonnés, qui peuvent ainsi voir tous les titres que vous avez achetés. La page d'accueil vous présente également des « voisins » (neighbors) ayant des goûts similaires aux vôtres. Si vous sympathisez, vous pouvez alors les ajouter à vos amis (friends), un petit côté « web 2.0 » qui n'a rien de désagréable.

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eMusic propose un gestionnaire de téléchargement, disponible sur Windows et Mac OS X. Il vous permet d'ajouter des albums ou des titres à la file d'attente, de mettre en pause ou de reprendre des téléchargements interrompus. Une version Linux existe mais elle n'est plus développée depuis longtemps et nous avons essayé, sans succès, de la faire fonctionner.

Ce gestionnaire n'est cependant pas indispensable pour télécharger un album, même s'il est moins pratique de télécharger directement les titres. Détail très appréciable : en passant par le bouton « Your profile » puis « downloads », vous pourrez télécharger à nouveau tous les titres perdus, par exemple en cas de crash du disque dur. Seul regret : cette option n'est possible que pour les titres individuels, et il est impossible de télécharger à nouveau tout un album. Terminons par un bémol : les titres distribués sur eMusic n'incluent pas la pochette de l'album, vous obligeant à passer par un logiciel tiers comme ou Album Art Fixer. Signalons également qu'il est nécessaire d'ouvrir un compte sur eMusic pour pouvoir consulter le catalogue.

Jamendo : de la musique libre et gratuite

Contrairement aux deux sites précédents, Jamendo se distingue par deux points qu'il convient de signaler immédiatement : tous les artistes présents sur ce service sont totalement inconnus du grand public, et leur musique diffusée gratuitement. De la musique gratuite et légale ? Sans que les auteurs ne se sentent spoliés par le retour à l'époque féodale ? C'est possible grâce aux Creative Commons, qui sont aux oeuvres culturelles ce que la GPL est au logiciel : une licence permettant la distribution et même la modification libre des oeuvres, conçue pour les auteurs souhaitant plus de souplesse par rapport aux règles fixées par les maisons de disques et les sociétés de gestion. Jamendo diffuse uniquement les oeuvres libres, sous licence Creative Commons ou sous d'autres licences comme Art Libre.

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Tarification et formats proposés

La tarification est des plus simples puisque vous pouvez télécharger tout le catalogue gratuitement. Cela signifie-t-il que les artistes présents sur Jamendo doivent vivre d'amour et d'eau fraiche ? Pas du tout, puisque tout est fait pour inciter l'utilisateur à effectuer un don à l'artiste dont il apprécie la musique. Une large part de la somme perçue ira directement dans sa poche. Il y'aura évidemment quelques grincheux pour pester contre ce système et se demander « pourquoi payer alors qu'on peut télécharger gratuitement ? ». A ceux ci, on peut répondre que libre ne signifie pas forcément gratuit, et que ce système de don semble transparent, sans que l'on vous harcèle pour le faire. Les titres proposés peuvent être téléchargés au choix en MP3 (environ 200 kbps) ou en Ogg Vorbis (q8, environ 300 kbps).

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Catalogue

Parler du catalogue de Jamendo est assez délicat. Même en ayant parcouru le site pendant quelques semaines, et repéré quelques artistes aux productions tout à fait honorables, il faut bien avouer que les noms présents sur le site ne vous diront absolument rien et que si vous n'avez pas l'intention de découvrir des artistes totalement inconnus, vous pourrez passer votre chemin. Ceci dit, les styles représentés semblent très variés, et on peut prédire sans trop de difficultés que vous y trouverez certainement quelques titres à votre goût. La quantité de titres disponible n'a rien d'astronomique mais le site vient de dépasser la barre symbolique des 2000 albums en ligne.

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Tous les genres musicaux sont représentés sur Jamendo


Interface

La force de Jamendo réside dans son interface en adéquation totale avec le catalogue présent car elle répond à un problème simple : puisque Jamendo propose de la musique gratuite créée par des artistes inconnus du public, cela peut être une merveilleuse occasion de se laisser guider par ses goûts musicaux, et de télécharger ou écouter sans se soucier de la moindre contrainte financière. Le site fonctionne donc de manière communautaire : les utilisateurs inscrits de Jamendo attribuent des « tags » aux albums afin de les classer dans un genre (ou même une expression qui pourrait résumer l'ambiance de l'album). L'interface du site est entièrement bâtie autour de ces tags, plus ou moins gros selon le nombre d'albums qui les caractérisent, à l'image de ce que fait Last.FM ou Flickr.

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Une fois le tag sélectionné, on tombe sur une mosaïque plus traditionnelle de pochettes. Au survol d'une pochette, un menu déroulant apparaît, permettant de le télécharger, écouter, transmettre à un ami ou critiquer (si on est inscrit sur le site) en un clic. Cliquer sur une pochette envoie enfin à la page de l'album, sur laquelle on peut écouter chaque titre individuellement via un lecteur s'ouvrant dans une fenêtre pop-up, télécharger l'album, ou encore effectuer un don si cette option est activée par l'artiste.

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Contenu éditiorial

Jamendo mettant l'accès sur l'aspect communautaire, il n'y a pas, à proprement parler, de contenu éditorial, par exemple des sélections thématiques de titres réalisés par une rédaction. Le contenu de Jamendo est celui de ses utilisateurs, très vivaces, et notamment les nombreuses critiques des albums présents. Les adeptes de Jamendo ne se gênent pas pour s'enflammer, en bien ou en mal, sur tel ou tel album, et cette profusion de commentaires aide à faire son choix, facilité il est vrai par le fait que la musique peut être téléchargée gratuitement. Cette approche 100% communautaire est judicieuse et contribue à faire de Jamendo un service sympathique basé sur la meilleure critique musicale au monde : le bouche à oreille. Et si rien ne vous plaît, vous pouvez toujours passer de l'autre côté tout aussi gratuitement et proposer votre propre musique !

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Services

Jamendo ne propose pas de gestionnaire de téléchargement à proprement parler, mais se base au contraire sur ces outils qui sont aux majors ce que le crucifix ou la gousse d'ail est aux vampires : les logiciels de P2P, ceux là même qui se trouvent dans le collimateur de la loi DADVSI. Ainsi, pour télécharger les albums proposés par Jamendo, et qui ne sont pas hébergés sur un serveur centralisé, il faudra passer par eMule ou par un client BitTorrent.


Autre particularité du site : le Jamplayer, un lecteur audio qui s'ouvre dans une fenêtre pop-up lorsque vous écoutez un morceau. Ce lecteur, à l'interface quelque peu empruntée à iTunes, permet également d'écouter les listes de lecture créées par les autres utilisateurs du site ou des listes créées en fonction des tags des albums, à la manière de ce que proposent les services de recommandation communautaires comme Last FM.

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Enfin, le site propose un module intéressant de création d'un cadre contenant des liens vers l'écoute ou le téléchargement d'un album de Jamendo, à placer sur son site ou son blog. Quelques étapes permettent de choisir le format ou encore le thème de couleurs du bandeau et Jamendo génère le code que vous n'aurez plus qu'à copier dans votre page.

D'autres plateformes sans DRM

Si les trois plateformes présentées ici nous ont particulièrement séduit par leurs services, leur interface ou leur modèle de tarification, elles sont loin d'être les seules, que ce soit pour distribuer les titres de labels indépendants ou des artistes sous licence libre. Voici quelques autres destinations à prendre en considération dans votre pêche aux nouveaux talents.

Magnatune : ils ne sont pas méchants

Pionnier de la distribution de musique libre, Magnatune a pour slogan « We are not evil » (nous ne somme pas méchants). Le mal, c'est le système des majors contre lequel le fondateur de Magnatune est parti en guerre. Le concept de Magnatune est légèrement différent des autres services évoqués jusqu'ici : le site ne distribue pas la musique d'autres labels, mais ses propres signatures. Les artistes présents sur Magnatune diffusent leur musique librement, sous licence Creative Commons, mais ils passent à travers le filtre de la signature sur le « label ».

Par rapport à Jamendo, l'autre principale différence est le modèle économique proposé : Magnatune ne distribue pas ses morceaux gratuitement. Ils peuvent être écoutés dans leur intégralité en MP3 128k mais, pour se procurer des versions téléchargeables ou un CD audio, il faut payer. Là encore, Magnatune tord le cou aux idées reçues selon lesquelles seul un contrat avec une maison de disque peut apporter de l'argent à un artiste. Le prix est fixé par l'internaute qui effectue un don entre 4 et 14 euros. Un supplément de 4 euros est ajouté pour la version CD audio. Magnatune laisse également le choix du format des titres : MP3, AAC, Ogg Vorbis, FLAC ou même WAV si votre connexion le permet. Le tout bénéficie d'une interface classique et sobre mais efficace, notamment pour l'écoute des albums qui se fait via un lecteur Flash très agréable. En revanche, Magnatune ne propose pas vraiment de contenu éditorial autour des artistes présents, ni de critiques des titres par les utilisateurs. Précisons enfin, pour les utilisateurs de Linux, que la dernière version du lecteur audio Amarok intègre désormais le catalogue de Magnatune dans un onglet : il est ainsi possible d'écouter tous les albums dans leur intégralité en les parcourant de la même manière que votre bibliothèque audio (genre, artiste, album), ou d'effectuer directement un don pour commander l'album sous forme de téléchargement ou de CD Audio.

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TuneTribe : une approche hybride

Cofondé par Tom Findlay, du groupe Groove Armada, TuneTribe est un service méconnu chez nous mais qui gagnerait fortement à l'être, son approche étant assez originale. A l'origine, TuneTribe a pour vocation de proposer de la musique de labels indépendants ou d'artistes non signés, en MP3 et sans DRM. Néanmoins, afin de proposer la sélection musicale la plus large possible, le service s'est ouvert au catalogue des majors, diffusé en WMA protégé. Une trahison ? Peut être pour certains puristes, mais l'approche permet au moins de couper la poire en deux et de proposer une large partie de son catalogue aux utilisateurs d'iPod ou de baladeurs non compatibles avec les DRM de Microsoft, d'autant plus que d'un autre côté, TuneTribe permet aux artistes ne disposant pas de contrat avec un label de distribuer directement leur musique.

Le modèle choisi par TuneTribe est celui d'iTunes : achat à la carte de titres ou achat d'albums à un prix préférentiel. Attention cependant : même s'il est possible de commander la majorité des titres vendus depuis la France, les prix sont indiqués en Livres et nécessitent donc une conversion. Le catalogue proposé par TuneTribe est assez intéressant car il permet de disposer, à la carte, d'une partie des titres disponibles par abonnement sur eMusic, notamment les productions des labels indépendants britanniques (Rough Trade, XL, V2 ...). Nous ne commenterons évidemment pas la partie WMA protégée qui n'est pas le sujet qui nous intéresse mais sachez qu'on y trouve à peu de choses près le catalogue présent sur les autres disquaires proposant des DRM, à l'exception d'Universal Music qui n'a pas signé avec le site.

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Starzik : le TuneTribe français

Dans la lignée de TuneTribe, mais en français, Starzik propose également une partie de son catalogue en WMA protégé (les titres des majors) et une partie en MP3. L'interface du site n'est pas des plus réussies mais elle ne doit pas détourner l'utilisateur car la section MP3, clairement séparée du reste du site (un onglet MP3 SANS DRM est fièrement mis en avant) contient un choix assez large, et notamment quelques labels indépendants, et pas des moindres (Discograph, V2, Domino ...). Plus appréciable : les titres sans DRM sont disponibles en MP3 mais également en Ogg Vorbis, en AAC ou en FLAC.

Au niveau de la tarification, Starzik propose un mélange de formule à la carte (1 titre pour 0,99€ et un album pour 9,99€) et de forfaits à la tarification malicieuse : à 38€ (42 crédits) et 150€ (170 crédits), il vous en coutera exactement la même somme que les contraventions prévues par la loi DADVSI ! Des forfaits plus modestes proposent 11 crédits pour 10€ et 33 crédits pour 30€. Bref, on est assez loin du rapport quantité/prix proposé par eMusic.

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Airtist : une plateforme à surveiller

Exclusivement consacré à des artistes émergeants, sous licence libre ou inscrits à la SACEM, Airtist propose des téléchargements à la carte et au format MP3 mais à un prix très bas de 0,20€ le titre, ce qui incite à la curiosité. Tout comme Jamendo, vous y trouverez quasi exclusivement des artistes totalement inconnus du grand public, à quelques exceptions près, comme Salif Keita.
Le catalogue n'est pas encore des plus étendus, mais le site propose une interface très réussie, tant du point de vue esthétique que du point de vue pratique. Les pages sont agrémentées de belles bannières (détails d'instruments, photos de paysages ...) et le survol des différents genres change doucement la couleur du fond. La navigation présente également une originalité : une barre d'onglets regroupe les artistes dont vous avez précédemment visité la page, ce qui permet d'y revenir en un clic. Des extraits de chaque titre sont disponibles et s'écoutent depuis un lecteur ouvert dans une fenêtre pop-up. A ce sujet, on regrettera peut-être l'accumulation de ces derniers, entre le lecteur et les différentes pages d'artistes. Globalement, l'impression laissée par le service est positive et il faudra garder un oeil sur cet acteur.

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Neo Music Store : téléchargements, disques et concerts

Terminons ce tour d'horizon par le rennais NeoMusicStore. Là encore, il s'agit d'un site réservé aux labels indépendants et aux artistes non signés. Le site propose une large sélection de genres mais semble plutôt orienté musique électronique. Les formats de téléchargement sont variés et diffèrent selon les artistes : MP3, AAC, WAV ou FLAC sont au programme. Rien de bien extraordinaire à première vue, mais le site est plutôt bien conçu et élégant.

NeoMusicStore ne vend pas que des téléchargements mais aussi des disques (CD et vinyles), des places de concerts ou du merchandising sur les artistes présents, et propose également la création d'espaces communautaires dans la lignée de MySpace. Enfin, tout comme Jamendo, il permet la diffusion de la musique sur son blog ou site perso, en passant par un code à intégrer à ses pages.

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Conclusion

Nous avons été convaincus par la variété du catalogue proposé par ces plateformes aventureuses, et souvent par la qualité de leurs services ou de leur interface. Du fait de leur catalogue plutôt obscur pour le grand public, télécharger sur ces plateformes tient plus ou moins de l'exploration. Dans le cas d'eMusic, l'aventure a un coût plutôt élevé et il faut alors être certain de dépenser la totalité de ses crédits chaque mois. Une formule « light » serait peut être bienvenue. Bleep est un site plus ciblé, en particulier vers les connaisseurs en musique électronique, même si le catalogue s'est diversifié. Le service proposé est agréable et on apprécie la présence du format FLAC pour certains albums, mais l'absence de contenu éditorial et l'interface trop minimaliste décourageront peut être le néophyte qui ne saura pas quoi écouter. Jamendo offre une réponse assez intéressante au problème : en basant son interface sur les tags, il favorise peut être davantage la découverte, d'autant plus que le modèle gratuit ne comporte aucun risque de déception, au plus une légère perte de temps. Dans tous les cas, il s'agit de plateformes utilisables depuis n'importe quel système d'exploitation à condition de disposer d'un navigateur et, dans certains cas, du plug-in Flash. Les formats proposés sont également compatibles avec la quasi totalité des baladeurs : pour une interopérabilité quasi totale, on choisira le MP3, alors que les possesseurs des quelques baladeurs compatibles (notamment les iAudio de Cowon) pourront se tourner vers le FLAC ou l'Ogg Vorbis lorsqu'il est proposé.

On le voit, l'offre sans DRM disponible est en réalité assez vaste dès que l'on sort du catalogue des majors, et la récente mise à disposition de nombreux titres sur VirginMega ou FnacMusic la rend encore plus attractive. Si on partait de l'idée reçue selon laquelle la bonne musique vient des indépendants et la « soupe » de Sony BMG ou Universal, la question serait réglée. Bien entendu, tout n'est pas aussi simple : quoiqu'on puisse reprocher aux majors sur leur attitude arrogante et parfois archaïque, ces maisons de disques ont également à leur catalogue des artistes prestigieux, ou distribuent parfois des albums de labels indépendants qui deviennent de ce fait indisponible sur une plateforme comme eMusic.

De récentes rumeurs font état d'une des quatre majors qui s'apprêterait à diffuser une partie de son catalogue sans DRM (on parle d'EMI, suite à leur décision d'arrêter momentanément la production de CD protégés). La solution est peut être là : on ne voit pas les DRM disparaître intégralement du jour au lendemain. Leur efficacité a peut être été mise en doute ces derniers temps, mais on peut comprendre qu'une maison de disque soit frileuse à l'idée de distribuer des « grosses sorties » sans la moindre protection. Mais l'issue du problème passe peut être par la confiance vis à vis des acheteurs. eMusic ou Bleep semblent avancer sur cette ligne, en proposant un catalogue qui s'adresse essentiellement à de gros consommateurs de musique, des gens qui aiment les disques, sans doute les plus faciles à détourner des réseaux P2P à condition de leur proposer un service de qualité. Nul doute qu'en ouvrant la partie la plus « érudite » de leur catalogue, les majors y trouveraient leur compte. Il n'y a que peu de risque à proposer de la musique sans DRM à des gens qui achètent déjà beaucoup de disques.

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La confiance est également au centre des plateformes diffusant des artistes sous licence libre : il y'a certainement quelque chose à chercher du côté du modèle de Jamendo ou Magnatune qui laissent écouter l'intégralité des titres qu'ils proposent, et s'appuient sur la bonne volonté des utilisateurs en espérant que s'ils aiment la musique qu'ils écoutent, ils seront incités à l'acheter. Jamendo va même encore plus loin en proposant le téléchargement gratuit, là où s'arrête Magnatune. Cette idée a du mal à faire son chemin chez les défenseurs des majors, qui estiment qu'un album téléchargé illégalement est une vente perdue. L'auteur Cory Doctorow, fervent pourfendeur des DRM, exposait récemment son modèle économique dans cet article de Forbes, en expliquant qu'une vente perdue correspondait à quelqu'un qui lirait son livre et le conserverait sans l'acheter. La majorité, en revanche, liraient le livre mais ne le garderaient pas, ne le trouvant pas à leur goût, ce qu'il exclut des ventes perdues, puisque de toute façon, ces gens ne l'auraient pas acheté. Restent ceux qui le liraient, et qui décideraient de l'acheter. Tant que ces derniers sont plus nombreux que les ventes perdues, l'auteur s'y retrouve. On n'imagine pas Universal diffuser le prochain Black Eyed Peas ou U2 gratuitement, mais il serait peut-être temps que les maisons de disque se rendent compte que le blocage se situe peut être au niveau de la confiance qu'ils accordent à leurs clients : le verrouillage à tous les niveaux peut devenir contreproductif lorsqu'il empêche un acheteur honnête d'effectuer des opérations aussi inoffensives que copier la musique achetée vers le baladeur de son choix, ce qu'empêchent non seulement les mesures de protection actuelles (à moins de divers bricolages), mais également la loi depuis l'application du premier décret de la loi DADVSI. De là découle peut être la lenteur du décollage des plateformes légales. Une chose est sure : la loi ne va certainement pas clore le débat et on va encore beaucoup parler de DRM et d'interopérabilité en 2007.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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