SpaceX va installer des antennes 5G au sol partout aux États-Unis, pour faire de Starlink Mobile un vrai concurrent d’AT&T, de Verizon et de T-Mobile. Qualcomm équipera ces dizaines de milliers de sites à partir de 2027, et parle du plus gros contrat 5G de son histoire.

Jusqu’ici, Starlink Mobile passait par l’espace. Le service relie des smartphones ordinaires aux satellites de SpaceX en orbite basse, là où votre téléphone ne capte aucune antenne-relais, grâce aux fréquences d’opérateurs partenaires. Pour vendre ses forfaits sous sa marque, l’entreprise d’Elon Musk construira aussi un réseau terrestre. Il s’agit d’antennes-relais classiques, installées sur des pylônes et des toits, avec le satellite en renfort dans les zones blanches. Qualcomm a signé avec SpaceX un accord de plusieurs années pour fournir les unités radio, les processeurs qui traitent le signal et le logiciel de ces stations, sans dévoiler le montant. En Europe, SpaceX ne détient aucune fréquence pour bâtir un tel réseau, et les grands opérateurs du continent s’organisent pour lui disputer celles du satellite.
Des antennes Qualcomm sur des dizaines de milliers de sites américains
Dans chaque panneau radio, SpaceX installera la plateforme Dragonwing QRU100 de Qualcomm, pour piloter une antenne Massive MIMO à 64 voies d’émission et 64 voies de réception. Avec autant de petites antennes dans un même panneau, l’opérateur sert davantage de téléphones à la fois et dirige mieux le signal vers chacun d’eux. Le traitement du signal sera ensuite confié à une seconde puce, la QDU100, avec un logiciel fourni par Qualcomm. « Dès que le déploiement commencera, l’an prochain, il va monter en puissance très rapidement », souligne Durga Malladi, vice-président exécutif de Qualcomm.
SpaceX dispose des fréquences pour faire tourner ces antennes. En 2025, l’entreprise a racheté à EchoStar ses licences américaines dans la bande des 2 GHz pour environ 17 milliards de dollars, puis elle a annoncé le mois dernier l’achat de fréquences à 800 MHz. Ces ondes basses traversent mieux les murs, et SpaceX promet un signal jusque dans les bâtiments.
Au départ, SpaceX voulait devenir opérateur virtuel, en revendant sous sa marque la capacité d’un réseau existant. Mais AT&T, T-Mobile et Verizon auraient refusé de lui louer le leur, selon Yahoo Finance. D’après le Washington Post, l’entreprise a alors discuté avec EchoStar pour exploiter son opérateur Boost Mobile. Comme l’explique Michael Nicolls, vice-président senior de Starlink, « nous ne devrions plus vivre à une époque où les appels coupent encore, à la maison comme en déplacement ». Starlink promet de réunir satellites et antennes au sol dans un seul réseau national, une première d’après le dirigeant.
Avec ce contrat, Qualcomm gagne un client de poids dans les antennes-relais, un marché où il affronte Marvell, Broadcom et Intel. Le groupe équipe aussi des réseaux 5G au Japon et au Vietnam, et a signé avant SpaceX avec Verizon, Dish et Vodafone, d’après CNBC. Qualcomm et SpaceX parlent d’un premier pas vers une 6G pilotée par l’IA, mais le chantier lancé en 2027 portera bien sur la 5G.
Starlink Mobile en Europe, lié aux opérateurs partenaires
De ce côté de l’Atlantique, SpaceX ne peut pas reproduire son modèle américain. En France, l’Arcep délivre aux opérateurs mobiles les fréquences des antennes-relais, et SpaceX ne possède aucune licence de ce type. Pour arriver sur votre smartphone, Starlink Mobile doit donc passer par un opérateur partenaire. Au Royaume-Uni, Virgin Media O2 propose le service depuis février, et Deutsche Telekom prévoit de le lancer en 2028 dans dix pays européens.
En France, aucun opérateur n’a signé avec Starlink. Orange a choisi Skylo pour ses SMS par satellite, et Paris n’a pas répondu, cet été, quand Starlink s’est dit prêt à connecter gratuitement les zones touchées par les incendies.
Pour se passer de ces partenaires, SpaceX devrait obtenir des fréquences satellite valables dans toute l’Union européenne. Dans la bande des 2 GHz, utilisée pour relier directement un satellite à un smartphone, les licences des deux américains Viasat et EchoStar expirent en mai 2027, et EchoStar n’a pas le droit de céder la sienne à SpaceX. La Commission européenne veut en outre limiter à un tiers de la bande la part que Starlink et Amazon Kuiper pourront se disputer, et réserver un autre tiers aux communications gouvernementales, dont la future constellation européenne IRIS². Son projet de règlement, présenté en mai, doit encore être adopté par le Parlement européen et les États membres. En attendant, Bruxelles prévoit de prolonger de deux ans, sur demande, les licences actuelles.
Sans attendre ce vote, Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone ont signé en octobre une lettre d’intention pour une candidature commune à ces fréquences. Deutsche Telekom pourrait ainsi enchérir contre SpaceX, son partenaire pour Starlink Mobile en Europe.