Amazon veut, elle aussi, connecter les smartphones à ses satellites. Le géant de l’e-commerce se lance officiellement dans la course du « direct-to-device », et risque bien de faire trembler Starlink.

Amazon Leo, la constellation qui vise à apporter une connexion Internet haut débit dans les zones reculées grâce à des antennes, compte déjà plus de 390 satellites en orbite et vise une mise en service dès cette année.
Mais avant même d’avoir stabilisé ce front, l’entreprise ouvre une seconde ligne d’attaque : le mobile. Elle vient de déposer une demande auprès de la Commission fédérale des communications (FCC) pour déployer plus de 5 000 satellites capables de se connecter directement aux téléphones des utilisateurs.
Un réseau mobile signé Amazon
Concrètement, ce futur réseau doit permettre d’appeler, d’envoyer des messages, de naviguer sur Internet ou encore de déclencher une alerte d’urgence, directement depuis un smartphone classique, même là où aucune antenne terrestre ne capte. Mais ce n’est pas tout, puisqu’Amazon vise aussi les objets connectés et la connectivité embarquée dans les véhicules.
Pour y parvenir, la société fondée par Jeff Bezos peut s’appuyer sur les fréquences acquises lors de son rachat de Globalstar en avril dernier, pour 11,6 milliards de dollars. Mais le chemin s’annonce semé d’embûches. Car Starlink domine allègrement ce marché naissant, avec des partenariats déjà opérationnels aux États-Unis via T-Mobile, et au Royaume-Uni avec Virgin Media O2.
La firme a également investi 20 milliards de dollars dans l’acquisition de fréquences auprès d’EchoStar afin de muscler son propre service mobile.

Qui l'emportera ?
À noter qu’Amazon doit également composer avec un handicap de taille : contrairement à SpaceX, le groupe ne dispose pas de son propre lanceur. Car la fusée New Glenn de Blue Origin reste clouée au sol depuis l’explosion de son pas de tir en mai. Un contretemps qui a déjà contraint Amazon à demander un délai à la FCC pour le déploiement de sa constellation Leo (et qui profite à une certaine Ariane 6).
Mais Amazon dispose malgré tout d’un atout de poids. Avec 255 milliards de dollars d’actifs, elle peut se permettre de prendre son temps, quand SpaceX doit composer avec des besoins en capitaux bien plus pressants. De même, la firme peut miser sur son infrastructure mondiale gigantesque pour soutenir ses nouvelles offres.
Reste, malgré tout, à voir si cette technologie trouvera preneur. Chez l’opérateur T-Mobile, le patron Srini Gopalan a révélé que l’usage satellite ne représentait que 0,0002 % du trafic total, concentré essentiellement autour des parcs nationaux.
Le direct-to-device consiste à connecter un smartphone standard directement à un satellite, sans antenne parabolique ni terminal dédié. Techniquement, le satellite joue le rôle d’une « tour cellulaire » très éloignée, avec des contraintes fortes sur la puissance d’émission du téléphone et la sensibilité des antennes côté satellite. À la différence d’un accès satellite classique (type modem/box satellite), le D2D vise surtout la couverture ponctuelle : messages, appels limités, alertes d’urgence, et un débit généralement inférieur à une connexion haut débit dédiée. La latence et la continuité de service dépendent aussi de la densité de la constellation et du passage des satellites au-dessus de l’utilisateur.
Les fréquences déterminent si un smartphone peut communiquer sans matériel spécial, car ses modems et antennes sont conçus pour des bandes cellulaires précises. Disposer de droits d’usage sur ces bandes (souvent via licences) permet d’émettre légalement et de limiter les interférences avec d’autres réseaux (cellulaires, GPS, autres satellites). Certaines bandes offrent de meilleures performances en couverture (meilleure pénétration, portée) au prix de moins de capacité, tandis que d’autres privilégient le débit mais exigent des conditions radio plus favorables. Sans fréquences adaptées et coordonnées au niveau réglementaire, un service D2D peut être bridé, géographiquement limité, ou bloqué par les autorités.
La FCC est l’autorité américaine qui attribue et encadre l’usage du spectre radio et autorise l’exploitation de systèmes satellitaires visant le marché américain. Elle impose des obligations techniques (risques d’interférences, partage du spectre, sécurité) et des jalons de déploiement : un opérateur doit mettre en orbite et rendre opérationnelle une partie de sa constellation dans des délais donnés. Une demande de délai sert à éviter la perte d’autorisations ou de priorités de fréquences si le calendrier industriel dérape. En pratique, ces décisions influencent la crédibilité du projet, la capacité à lever des fonds, et l’avantage concurrentiel face aux constellations déjà opérationnelles.