En Empire du Milieu, la bulle autour de l’IA gonflait à vue d’œil. Elle donne aujourd’hui de sérieux signes d’essoufflement.

Une tendance commence à être très marquée dans le secteur de l'IA en Chine. ©rawf8 / Shutterstock
Une tendance commence à être très marquée dans le secteur de l'IA en Chine. ©rawf8 / Shutterstock

Depuis des mois, les avertissements se multiplient en Occident. Économistes et investisseurs se posent la même question : les entreprises de l’IA valent-elles vraiment autant ? Car leur valeur a littéralement explosé, portée par des investissements colossaux dans les puces et les centres de données. Mais les bénéfices, eux, se font encore et toujours attendre. Et certains y voient un air de déjà-vu, évoquant notamment la bulle Internet du début des années 2000, quand l’enthousiasme avait fini par l’emporter sur la raison.

Si pour l’heure, les investissements monstres continuent de pleuvoir aux États-Unis, une nouvelle enquête de Reuters fait état d’une réalité bien différente du côté de la Chine. 

Des indices majeurs en chute libre

En effet, le STAR50, l’indice de la bourse de Shanghaï qui réunit les grands noms chinois de l’IA et des puces électroniques, a perdu 40 % de sa valeur depuis juillet. Ce sont près de 480 milliards de dollars qui se sont évaporés. Et le mouvement ne s’arrête pas là : le CSI300, qui rassemble les plus grandes entreprises du pays, a reculé d’environ 20 % depuis son sommet de juin.

Pour rappel, les indices peuvent être considérés comme des thermomètres de la Bourse, car ils regroupent les entreprises d’un même secteur et mesurent l’évolution de leur valeur globale. Et quand ils plongent, cela signifie que les investisseurs n’y croient plus autant. L’enjeu est immense en Chine, où l’IA pèse à elle seule 42 % de la valeur de la Bourse du pays d’après Goldman Sachs.

D’autant que cette dégringolade n’a été déclenchée par aucun élément précis, mais plutôt par un enchaînement de facteurs. Aujourd’hui encore, une entreprise du STAR50 vaut encore environ cent fois ses bénéfices annuels, contre trente pour son équivalent américain du Nasdaq. Mais ce n’est pas tout : les impôts à payer sur les gains, les doutes sur la demande réelle d’IA, et la crainte que les États-Unis interdisent le matériel chinois dans leurs centres de données sont également au cœur des craintes. 

Simple trou d’air ou tendance de fond ?

Et les entreprises les plus en vue paient le prix fort. Unitree, le fabricant de robots humanoïdes a déjà perdu la moitié de sa valeur. C’est aussi le cas des fabricants de puces MetaX et Moore Threads. Quant aux spécialistes des composants optiques Innolight et Eoptolink, ils ont dévissé d’environ 60 %, alors que Washington envisage de leur fermer les portes de ses centres de données.

Une désillusion qui risque de freiner la suite, puisque cela risque de freiner certaines entreprises dans leurs ambitions d’introduction en Bourse. Pour rappel, DeepSeek et Moonshot AI, deux des leaders chinois de l’IA, se préparent à devenir publics.

Reste à voir si cette tendance négative perdurera, car les experts ne s’accordent pas : tandis que le réputé investisseur Dong Baozhen estime que la bulle est en train d’éclater, Goldman Sachs et BNP Paribas, eux, y voient plutôt des occasions d’acheter des actions à bas prix. Si c’est effectivement le premier qui a raison, cette dynamique pourrait à terme affecter les marchés occidentaux.

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Que mesure exactement un indice boursier sectoriel comme le STAR50, et pourquoi une baisse est-elle prise au sérieux ?

Un indice boursier sectoriel regroupe un panier d’entreprises représentatives d’un domaine (ici, IA et semi-conducteurs) pour suivre leur valeur globale. Sa variation reflète surtout l’évolution des anticipations des investisseurs sur la croissance, les marges futures et le risque. Quand un indice chute nettement, cela traduit souvent une réévaluation collective : les perspectives paraissent moins solides ou les prix étaient jugés trop élevés. Ce n’est pas un verdict sur la technologie elle-même, mais sur sa valorisation financière à un instant donné. Une baisse prolongée peut aussi rendre le financement des entreprises plus coûteux, car lever des capitaux devient moins favorable.

Qu’est-ce que le ratio cours/bénéfices (P/E) et que signifie « valoir 100 fois ses bénéfices » ?

Le ratio cours/bénéfices (Price/Earnings, ou P/E) compare la valeur en Bourse d’une entreprise à ses bénéfices annuels : il indique combien les investisseurs paient pour 1 euro (ou 1 dollar) de profit. Dire qu’une entreprise “vaut 100 fois ses bénéfices” signifie qu’à bénéfices constants, il faudrait théoriquement 100 ans de profits pour “couvrir” sa valorisation (en simplifiant). Un P/E élevé peut se justifier si l’on attend une forte croissance des bénéfices, mais il rend aussi l’action plus sensible aux déceptions. Si la demande ralentit ou si les coûts explosent (GPU, data centers), le marché a tendance à comprimer ce multiple. Comparer des P/E entre régions ou indices doit néanmoins tenir compte des différences de secteurs, de comptabilité et de maturité des entreprises.

Pourquoi une introduction en Bourse (IPO) devient-elle plus difficile quand le marché se retourne sur l’IA ?

Une introduction en Bourse (IPO) sert à lever des fonds en vendant une part de l’entreprise au public, à un prix censé refléter ses perspectives. Quand le marché devient plus prudent, les investisseurs exigent des valorisations plus basses, ou réclament des preuves plus concrètes de revenus et de rentabilité. Cela peut pousser une entreprise à reporter son IPO pour éviter une levée de fonds “diluante”, c’est-à-dire vendant trop d’actions pour trop peu d’argent. Les IPO sont aussi très sensibles au climat général : volatilité élevée, baisse des indices du secteur et comparables en chute rendent la fixation d’un prix crédible plus compliquée. Enfin, un marché dégradé réduit souvent la liquidité, ce qui augmente le risque d’une première cotation ratée.