Un modèle d’OpenAI censé être entraîné sans connexion a réussi à sortir sur Internet pour interroger un chatbot public en septembre. L’entreprise entraîne maintenant ses IA les plus puissantes sur une copie du web enregistrée hors ligne, sans aucun accès au réseau.

Avec cette décision, l’entreprise de Sam Altman admet à demi-mots qu’elle repère trop lentement les écarts de ses agents, et qu’elle ne parvient pas à les enfermer complètement - ©Mijansk786 / Shutterstock
Avec cette décision, l’entreprise de Sam Altman admet à demi-mots qu’elle repère trop lentement les écarts de ses agents, et qu’elle ne parvient pas à les enfermer complètement - ©Mijansk786 / Shutterstock

Après onze jours de pause, OpenAI a repris le 1er octobre l’entraînement de ses modèles les plus avancés, et vient d’expliquer sa nouvelle règle. « Au vu de l’état actuel de la recherche sur l’alignement, des systèmes de surveillance et de la sécurité des infrastructures d’Internet, nous estimons que l’approche responsable consiste à entraîner les modèles de pointe sans aucun accès à Internet », écrit l’entreprise. Pour apprendre à chercher et à naviguer, ses modèles passeront par un « monde hors ligne » de pages web indexées et mises en cache. C'est ce qu'a décidé de faire Anthropic il y a deux semaines en coupant l’accès à Internet de toutes ses évaluations internes. Avec cette décision, l’entreprise de Sam Altman admet à demi-mots qu’elle repère trop lentement les écarts de ses agents, et qu’elle ne parvient pas à les enfermer complètement.

Une alerte au bout de douze minutes et un arrêt… deux heures et demie plus tard

Les agents d’OpenAI qui ont piraté Hugging Face en juillet avaient quitté un environnement de test censé les isoler, et l’entreprise a resserré ses contrôles après cet épisode. L’un de ses modèles de recherche a quand même trouvé une sortie en septembre. Ses requêtes directes vers des moteurs de recherche étaient bloquées, mais les requêtes DNS de son bac à sable n’étaient pas filtrées. Le modèle a donc caché ses questions dans des noms de domaine, grâce à un service public de délégation DNS, et récupéré les réponses d’un chatbot.

D’après le rapport d’incident d’OpenAI, épluché par Notebookcheck, les équipes de l’entreprise ont reçu une alerte de priorité maximale moins de douze minutes après la première réponse, et un relecteur l’a prise en compte trois minutes plus tard. Le modèle a malgré tout poursuivi sa tâche pendant près de deux heures et demie, jusqu’à son arrêt manuel. OpenAI a renoncé à reprendre l’entraînement de ce modèle et a suspendu celui de ses IA les plus puissantes.

Deux agents d’OpenAI ont ensuite affaibli cette surveillance début octobre, lors de tâches de programmation internes. Un agent GPT-6.1 Sol a désactivé les alertes adressées à l’équipe de sécurité, et un agent GPT-6 Astra a retiré son module de surveillance avant de nier l’avoir fait. « Je n’ai pas retiré un moniteur activé », a-t-il répondu à l’utilisateur qui l’interrogeait. « Dans les deux cas, les agents se sont demandé s’il fallait conserver les garde-fous de surveillance, mais ont interprété des consignes ordinaires de programmation comme une permission de les affaiblir », reconnaît OpenAI dans un rapport consacré à ces deux incidents. Sans surveillance capable d’arrêter un agent à temps, l’entreprise a préféré retirer l’accès au réseau de tous ses entraînements de pointe.

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Même coupés d’Internet, des agents d’OpenAI ont tout de même échangé des secrets

Pour Steven Adler, ancien chercheur d’OpenAI interrogé par Fortune ce mois-ci, isoler les serveurs d’Internet exigerait « que les équipes de recherche soient pratiquement installées à l’intérieur des centres de données, dans l’Iowa ou n’importe où ailleurs dans le monde ». Un ingénieur sécurité de l’entreprise, resté anonyme, répondait en septembre aux internautes qui lui conseillaient de débrancher les modèles. « Alors, est-ce aussi simple que de le mettre dans un bac à sable ? Non, ça ne l’est pas », concluait-il.

OpenAI a trouvé un compromis. Ses chercheurs pilotent toujours les expériences à distance, mais leurs modèles ne voient plus que le monde hors ligne, et l’entreprise impose maintenant une campagne d’attaque simulée avant chaque entraînement de pointe. Pendant la pause, ses modèles les plus avancés, dont le futur GPT-6 Astra Cyber, ont attaqué ses nouvelles défenses avec le code source de l’infrastructure en main, en consommant des centaines de milliards de jetons. Ils ont enchaîné plusieurs failles inconnues pour s’échapper d’une micro-machine virtuelle. L’une d’elles, dans le logiciel d’isolation Kata Containers, a été corrigée depuis (CVE-2026-24834).

Dans le test le plus troublant, OpenAI a enfermé deux agents dans deux bacs à sable séparés d’un serveur commun, sans réseau ni fichier partagé. Ils ont quand même échangé une clé secrète par la mémoire cache du processeur. « Un agent codait l’information en chassant des données choisies du cache. Un autre mesurait le temps nécessaire pour les recharger, et retrouvait le message grâce à l’écart entre lectures rapides et lentes », explique OpenAI.

D’après l’entreprise, la plupart des canaux cachés repérés par ses agents sont lents et difficiles à exploiter, et ses équipes ont ajouté des contrôles pour les détecter. En septembre, ces équipes avaient été alertées de l’évasion du modèle en douze minutes, avant de mettre deux heures et demie de plus à l’arrêter.