Check Point Research a identifié Aokigahara, un nouvel infostealer, un voleur d'informations qui cible les identifiants et les sessions de Claude, ChatGPT ou GitHub Copilot. Le malware vise aussi les accès cloud et les secrets des développeurs.

Claude, ChatGPT, Gemini… les sessions des assistants d’IA attirent désormais les voleurs de données. © Samuel Boivin / Shutterstock
Claude, ChatGPT, Gemini… les sessions des assistants d’IA attirent désormais les voleurs de données. © Samuel Boivin / Shutterstock

Baptisé Aokigahara, ce nouvel infostealer, un logiciel malveillant conçu pour siphonner en silence les données d'un appareil infecté, a été découvert par Check Point Research, qui le révèle ce vendredi 23 octobre. Comme ses semblables, il renifle les cookies, les mots de passe enregistrés dans le navigateur et les portefeuilles crypto. Mais il a aussi ajouté les comptes d'IA à son menu. Claude, ChatGPT Desktop, Cursor ou Gemini CLI sont dans son viseur, avec une cible bien précise, le jeton de session, cette petite clé numérique stockée sur l'appareil qui vous garde connecté sans redemander votre mot de passe. Une fois volée, elle suffit en théorie à se glisser dans votre compte. Et sur l'ordinateur d'un développeur, le butin peut vite prendre des allures de trousseau complet, du code source jusqu'au cloud.

Un infostealer qui a pris goût aux assistants d'IA

Le principe d'un infostealer, ou voleur d'informations en français, est tout sauf nouveau. Lumma Stealer, Vidar, Agent Tesla ou Raccoon Stealer font partie des plus connus. Une fois installé sur une machine, il fouille et ramasse tout ce qui a de la valeur. Aokigahara regroupe ce qu'il trouve dans des archives chiffrées, puis il expédie le tout vers son serveur de commande et de contrôle, la tour de contrôle d'où ses opérateurs pilotent le malware. Ce qui le distingue, c'est un module, autrement dit une brique du programme chargée d'une mission bien précise. Baptisé « aisessions », un nom qui ne laisse guère de place au doute, vous serez d'accord, il est entièrement dédié aux outils d'intelligence artificielle.

Aokigahara s'intéresse particulièrement à Claude, ChatGPT Desktop, Codex, GitHub Copilot, Gemini CLI, Cursor et Windsurf. Le malware y cherche des fichiers d'authentification, jetons et données de configuration. Un jeton, c'est un peu le bracelet qu'on vous passe au poignet à l'entrée d'un festival, c'est-à-dire que tant qu'il reste valide, personne ne vous redemande votre billet. Ici, personne ne vous redemande votre mot de passe.

Connectés à nos documents, à notre code et à nos services, les assistants d’IA sont devenus des portes d’entrée convoitées. © PPstock / Shutterstock
Connectés à nos documents, à notre code et à nos services, les assistants d’IA sont devenus des portes d’entrée convoitées. © PPstock / Shutterstock

Une fois la porte franchie, l'intrus ne met pas seulement la main sur un compte. Il y trouve l'historique des conversations, les documents téléversés, parfois du code ou des informations confidentielles d'entreprise. Il y a aussi un abonnement payant qu'un inconnu pourrait consommer à vos frais, ou revendre comme accès piraté. Des échanges sensibles pourraient même servir de levier pour faire chanter leur propriétaire. Check Point reste prudent à ce sujet. Ses chercheurs ne peuvent pas confirmer que les identifiants volés aient été revendus ou réutilisés, et aucune tentative d'extorsion n'a été observée. Une certitude, en revanche, l'outil a été délibérément conçu pour les récolter.

Sur le poste des développeurs, le butin change d'échelle

Aokigahara ne s’arrête pas aux seuls chatbots que le grand public a en partie bien pris en main. Il s’intéresse aussi aux identifiants Git, qui ouvrent l’accès aux dépôts de code, ces espaces où les équipes stockent et partagent leurs programmes. Il fouille les fichiers liés à SSH, le protocole qui permet de piloter un serveur à distance, ainsi que les identifiants et configurations AWS, Azure et Google Cloud, les clouds d’Amazon, Microsoft et Google sur lesquels tournent sites, applications et bases de données d’entreprise. Même les logiciels dans lesquels s’écrit le code, comme VS Code ou les outils JetBrains, sont dans son viseur. Du coup, un seul ordinateur de développeur peut renfermer à lui seul les clés du code, du cloud et des assistants d’IA

Check Point précise toutefois que les volets IA et développement fonctionnent comme des modules séparés, et rien ne prouve que les pirates les enchaînent au sein d'une même attaque. Leur cohabitation reste révélatrice. Pendant des années, les infostealers ont visé les mots de passe, les sessions de navigateur, les données financières et la crypto. Leurs cibles épousent désormais notre manière de travailler, et l'IA en fait clairement partie.

Pour Eli Smadja, responsable de la recherche chez Check Point Research, les attaquants suivent « inévitablement les utilisateurs » là où ils travaillent. Les sessions d'IA ne sont donc plus de simples données d'application secondaires. Ce sont des accès sensibles, au même titre qu'un compte cloud. Protéger ce que l'on confie à un chatbot ne règle qu'une partie du problème. Il faut aussi protéger les jetons qui y donnent accès et, dès qu'un appareil est compromis, passer les sessions d'IA en revue comme les accès navigateur ou cloud. Votre chatbot mérite désormais un cadenas.