SpaceX vient de lancer Starfall, une capsule qui doit permettre de fabriquer et de tester des produits en orbite avant de les ramener sur Terre. Mais l’entreprise reste encore très discrète sur son vaisseau.

Vue d'artiste de Starfall. ©SpaceX
Vue d'artiste de Starfall. ©SpaceX

Ce mardi 20 octobre, une fusée Falcon 9 a transporté la charge utile partagée Bandwagon-5 en orbite. À son bord, 32 dispositifs différents, dont une certaine Starfall. Et si SpaceX a expliqué que le déploiement était terminé quelques heures après le décollage, elle n’en a pas dit plus sur son intrigant vaisseau.

Une capsule en forme de disque

Pourtant, Starfall a volé pour la première fois le 23 juin dernier. SpaceX n’avait alors révélé la présence de la capsule que peu avant le décollage, avec pour seul document une image de synthèse. Mais cette fois, elle figurait noir sur blanc sur la page officielle de la mission, aux côtés des clients payants. 

Mais à quoi ressemble ce mystérieux vaisseau ? De la forme d’un gros disque, il mesure 3,1 mètres de diamètre pour seulement 0,75 mètre d’épaisseur. Il pèse environ 2 100 kilogrammes et peut ramener jusqu’à une tonne de charge utile sur Terre. Pas de quoi remplacer une capsule habitée, mais assez pour rapatrier des expériences ou des petites productions.

Son rôle ? » Starfall permet un accès abordable et régulier à un environnement de microgravité, offrant des opportunités uniques pour la fabrication en orbite, la recherche scientifique et les essais », explique SpaceX. Dans une évaluation environnementale publiée en mai, la Federal Aviation Administration (FAA), régulateur américain de l’aviation, décrit l’engin comme une capsule dotée d’un bouclier thermique en fibre de carbone. Elle s’oriente grâce à de petits propulseurs à gaz froid (comme ceux du Tesla Roadster), puis freine sa descente avec des parachutes.

Mais à quoi sert Starfall ?

Starfall serait pensé comme un laboratoire en apesanteur accessible « en tant que service » : une entreprise y enverrait ses expériences ou ses productions, et les récupérerait sur Terre après la rentrée de la capsule. Une fonction très utile à l’approche de la retraite de la Station Spatiale internationale (ISS). L’idée est de faire de la microgravité une prestation courante, comme on loue aujourd’hui un lanceur.

Mais ce n’est pas tout. La capsule pourrait, en théorie, transporter du fret entre deux points du globe en passant par l’espace. Elle pourrait également servir les projets de data centers orbitaux de SpaceX, car ces installations auront besoin, tôt ou tard, d’allers-retours pour remplacer ou réparer des composants. 

Il s’agit d’un marché en pleine expansion. Sur ce même lancement, Le Falcon 9 a embarqué la capsule W-7 de Varda Space Industries, une start-up qui vise exactement le même marché. Environ trois fois plus petite que Starfall, elle doit tester si l’apesanteur peut améliorer la solubilité d’un médicament contre le cancer. SpaceX, elle, dispose bien entendu d'un avantage non négligeable : en plus de posséder le vaisseau, elle gère aussi les lancements.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Qu’est-ce que la microgravité en orbite, et pourquoi est-elle utile pour fabriquer ou tester des produits ?

La microgravité désigne un état où tout est en chute libre autour de la Terre, ce qui réduit fortement les effets du poids et de la sédimentation. Cela change la façon dont se comportent les fluides, les mélanges, les cristaux ou certaines réactions chimiques, parfois avec moins de défauts ou une meilleure homogénéité. En R&D, cet environnement sert à observer des phénomènes difficiles à isoler au sol, ou à qualifier des composants dans des conditions proches de l’espace réel (vide, cycles thermiques, rayonnements). L’intérêt industriel est de produire de petites séries à forte valeur ou de valider des procédés avant de les adapter sur Terre. La contrainte principale reste le coût et la logistique du retour des échantillons, qui conditionnent l’intérêt économique.

À quoi sert un bouclier thermique en fibre de carbone sur une capsule de retour, et en quoi est-ce différent d’un simple “revêtement” ?

Un bouclier thermique est un système de protection qui encaisse l’échauffement extrême lors de la rentrée atmosphérique, quand l’air comprimé devant l’engin monte à très haute température. La fibre de carbone est souvent utilisée sous forme de composites capables de résister à de fortes contraintes thermiques et mécaniques, parfois avec des matériaux ablatifs qui se consument pour évacuer la chaleur. Ce n’est pas un simple revêtement décoratif : c’est une partie critique de l’architecture, dimensionnée selon la vitesse de rentrée, l’angle d’attaque et la masse. Si ce système est mal conçu, l’échauffement peut dégrader la structure ou l’avionique. Le choix du matériau influence aussi la réutilisation, les inspections et les coûts entre deux missions.

Que sont des propulseurs à gaz froid, et pourquoi les utiliser pour orienter une capsule avant la rentrée ?

Des propulseurs à gaz froid expulsent un gaz stocké sous pression à travers une tuyère, produisant une poussée faible mais très contrôlable. Ils ne brûlent pas de carburant : c’est simple, propre et généralement très fiable, au prix d’une efficacité moindre que des moteurs chimiques. Sur une capsule, ils servent surtout au contrôle d’attitude (pointer et stabiliser l’engin) pour présenter correctement le bouclier thermique et gérer la trajectoire de rentrée. Ils sont adaptés aux manœuvres fines où l’on privilégie la précision et la sûreté plutôt que la puissance. Leur limitation principale est la quantité de gaz embarquée, qui impose un budget de manœuvres.