Le projet européen 6G-CARE va tester pendant trois ans les réseaux de nouvelle génération dans la santé, au plus près des patients. Ambulances connectées, rééducation à distance ou apnée du sommeil : six pays serviront de terrain d’essai.

Le projet européen 6G-CARE veut montrer ce que la 6G peut changer dans la santé, au plus près des patients. © JitendraJadhav / Shutterstock
Le projet européen 6G-CARE veut montrer ce que la 6G peut changer dans la santé, au plus près des patients. © JitendraJadhav / Shutterstock

La 6G n'est pas encore dans nos poches, mais le projet européen 6G-CARE, dévoilé ce mercredi 14 octobre, entend déjà lui réserver une place dans la santé. Coordonné par le Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST) pour une durée de trois ans, il réunit des hôpitaux, secouristes, opérateurs télécoms et chercheurs autour d'un parti pris, qui est de délaisser le laboratoire pour confronter la connectivité de demain à de vrais patients, de vrais secouristes et de vraies équipes soignantes. Au menu, six pays, six problèmes bien établis, et même un volet français consacré à l'apnée du sommeil.

La 6G appelée en renfort d'une santé sous tension

Si l'Europe veut faire entrer les réseaux mobiles de demain dans le soin, c’est d'abord parce que ses systèmes de santé sont sous pression. La population vieillit, les coûts augmentent et le personnel manque, alors que les patients réclament des soins plus rapides, plus personnalisés et accessibles quel que soit leur lieu de résidence. L'idée de 6G-CARE est de faire voyager l'expertise plutôt que les gens. Un réseau capable de transmettre des images, vidéos et données médicales en temps réel permet par exemple de montrer, depuis une ambulance, les blessures d'un patient à un spécialiste situé à des centaines de kilomètres. Encore faut-il prouver que cela fonctionne en conditions réelles, et pas seulement en laboratoire.

Si le pilotage de 6G-CARE est luxembourgeois, l'équipe, elle, est européenne. Le LIST a réuni 18 partenaires issus de neuf pays, la France, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, l'Espagne, la Grèce, le Luxembourg, le Royaume-Uni et la Slovaquie. On y croise des hôpitaux, des services d'urgence, des opérateurs télécoms, des entreprises technologiques et des centres de recherche. Le nom du projet abrège un intitulé anglais qui annonce la couleur, 6G-enabled Connected and Autonomous Response for eHealth, autrement dit une réponse connectée et autonome au service de la santé numérique, rendue possible par la 6G. Côté financement, l'Union européenne met la main à la poche via Horizon Europe, son grand programme de recherche et d'innovation, et la SNS JU, un partenariat public-privé consacré aux futurs réseaux mobiles. Chiara Mazzone, chargée de programme à la SNS JU, évoque l'une des ambitions clés de la structure, avec des réseaux façonnés par les besoins réels de la société. Elle rappelle que la santé est un secteur particulièrement exigeant, où fiabilité, confiance et résilience doivent être intégrées dès le développement et la validation des futures technologies 6G.

Au LIST, Sébastien Faye, le coordinateur du projet, ramène le sujet à hauteur d'humain. La question qui guide l'équipe est la suivante : qu'est-ce que la connectivité de nouvelle génération, « et à terme la 6G », changera pour un patient, une infirmière ou un ambulancier ? Pour lui, connectivité et intelligence doivent agir ensemble pour rendre les soins plus fiables, plus rapides et plus proches des lieux de vie. L'équipe veut ainsi identifier les situations où une connectivité avancée, qui intègre nativement l'IA, fait réellement la différence. D'où le choix de tester ces outils avec les professionnels qui s'en serviront chaque jour.

Avec 6G-CARE, l’Europe veut tester ce que les réseaux de nouvelle génération peuvent apporter aux équipes soignantes. © Photoroyalty / Shutterstock
Avec 6G-CARE, l’Europe veut tester ce que les réseaux de nouvelle génération peuvent apporter aux équipes soignantes. © Photoroyalty / Shutterstock

En France, le projet 6G-CARE se penche sur l’apnée du sommeil

En France, on suit tout ça de très près, notamment avec Linde Homecare, spécialiste des soins à domicile, qui explique que 6G-CARE veut mieux accompagner les personnes souffrant d'apnée du sommeil, dont la respiration s'interrompt à répétition pendant la nuit. Leur traitement de référence, la pression positive continue (PPC), repose sur un masque relié à un appareil qui envoie de l'air sous pression pour garder les voies respiratoires ouvertes. Or beaucoup de patients le délaissent dès les premiers mois. Le projet veut donc adapter la thérapie au profil de chacun pour limiter ces abandons.

Au Luxembourg, des résidents de maisons de soins feront leur rééducation sans quitter leur lieu de vie, en étant guidés en direct par un kinésithérapeute qui, grâce à une vue 3D immersive, suivra chaque mouvement en temps réel, presque comme s'il était dans la pièce. Au Royaume-Uni, enfin, des unités mobiles apporteront les évaluations de l'autisme au plus près des personnes neuroatypiques, par exemple dans une salle communale, plutôt que de les laisser patienter des mois pour un rendez-vous en clinique au bout d'un long trajet.

Le deuxième grand chantier, c'est l'urgence. Alors dans la région de Barcelone, les ambulances enverront en temps réel les informations sur l'état du patient à l'hôpital pendant le trajet. Du coup, à son arrivée, l'équipe soignante saura déjà à quoi s'attendre. Au Luxembourg, le dispositif de vue 3D utilisé pour la kiné servira aussi aux ambulanciers, qui pourront consulter un spécialiste à distance directement sur les lieux. Utile, par exemple, pour décider vite où envoyer un grand brûlé, puisque ces patients doivent être transférés vers des centres spécialisés en France ou en Belgique. En Belgique, justement, les secouristes intervenant en extérieur bénéficieront d'une connexion fiable où qu'ils se trouvent, ainsi que d'outils d'aide au diagnostic. Il existe un dernier scénario, plus extrême, en Crète, où les séismes et les inondations peuvent couper les réseaux de communication. Là, des unités réseau mobiles, capables de rétablir une connexion sur place, épauleront des drones et des capteurs portés par les patients pour surveiller leur état et coordonner les équipes de secours.

Au-delà des démonstrations, 6G-CARE devra présenter des résultats mesurables : des secours plus rapides, des outils assez simples pour que les soignants les adoptent sans peine, et moins de déplacements inutiles pour les patients comme pour le personnel. Moins de kilomètres parcourus, c'est aussi moins d'émissions de carbone. Les données de santé comptant parmi les plus sensibles qui soient, la protection de la vie privée, la sécurité et la confiance seront pensées dès la conception des outils, et non ajoutées après coup. Les enseignements tirés dans les six pays seront ensuite partagés, pour que d'autres régions puissent reprendre ce qui a fait ses preuves. Le timing est bien choisi : prévu sur trois ans, le projet devrait livrer ses conclusions à l'approche de la commercialisation des premiers réseaux 6G, annoncée pour 2030 au plus tard. En France, la filière se structure d'ailleurs déjà autour de la plateforme France 6G, lancée fin 2025 par l'Institut Mines-Télécom pour fédérer industriels, chercheurs, PME et start-up autour de la recherche et des futures normes.