Brandon Thomas vient de mettre en ligne WordCraft, GridCraft et DeckCraft. Ces trois logiciels libres et gratuits sont des clones de Word, Excel et PowerPoint, écrits en Rust avec l’aide de Claude Opus 5.5. Mais d’après leurs feuilles de route publiées sur GitHub, aucun n’est prêt à remplacer l’original au quotidien.

Un habitué d’Acrobat peut installer PdfCraft, et un graphiste PhotoCraft à la place de Photoshop - Capture d'écran ©ArtCraft / Mélina LOUPIA pour Clubic
Un habitué d’Acrobat peut installer PdfCraft, et un graphiste PhotoCraft à la place de Photoshop - Capture d'écran ©ArtCraft / Mélina LOUPIA pour Clubic

Ancien ingénieur de Square et ex-patron de Storyteller.ai, Brandon Thomas a diffusé début octobre sept applications gratuites calquées sur la suite créative d’Adobe. Un habitué d’Acrobat peut installer PdfCraft, et un graphiste PhotoCraft à la place de Photoshop. Le développeur en veut à Adobe pour ses frais de résiliation anticipée. « Ils m’ont facturé les frais de résiliation à plusieurs reprises, et je les déteste depuis », a-t-il écrit sur Reddit. La justice américaine reprochait justement ces frais cachés à l’éditeur quand elle l’a poursuivi en juin 2024, et Adobe a accepté en mars 2026 un accord de 150 millions de dollars. Sur le Discord d’ArtCraft, des utilisateurs lui ont ensuite réclamé des clones de Microsoft Office. Au bureau, un clone de Word ne sert à rien si les fichiers .docx des clients et des collègues sont mal affichés.

Des clones pilotables par une IA

ArtCraft est le studio fondé par Brandon Thomas, et ses dépôts GitHub contiennent un fichier CLAUDE.md et un fichier AGENTS.md, avec les consignes destinées aux agents d’IA chargés d’écrire le code. Les logiciels sont eux-mêmes conçus pour être utilisés par des agents. Dans WordCraft, les 422 commandes du traitement de texte sont reliées au ruban, aux raccourcis clavier, à la ligne de commande et à un serveur MCP.

MCP est le protocole ouvert d’Anthropic, et avec lui, un agent IA peut piloter un logiciel sans passer par l’écran. Un agent peut lire et écrire des plages de cellules dans GridCraft ou ajouter un graphique à un classeur, et plus de 200 commandes de DeckCraft sont scriptables pour les présentations. Concrètement, un assistant IA peut remplir un budget ou mettre en forme un rapport, puis contrôler son travail par une simple inspection du document, sans la moindre capture d’écran.

Pour Brandon Thomas, ces logiciels sont des réimplémentations « en salle blanche », construites à partir des spécifications publiques des formats et de l’observation des logiciels de Microsoft, sans une ligne de son code. Dans une salle blanche classique, une équipe étudie l’original et une autre écrit le code sans l’avoir vu, rappelle l’ingénieur Pasquale Pillitteri sur son blog. Ici, un seul développeur travaille avec un modèle entraîné sur d’immenses quantités de code et de documentation publics.

D’après la feuille de route de WordCraft, 88 % des fonctions du ruban de Word sont disponibles, mais le logiciel n’est qu’à 60 % environ de ce qu’il faut pour remplacer Word au travail - Capture d'écran ©ArtCraft / Mélina LOUPIA pour Clubic
D’après la feuille de route de WordCraft, 88 % des fonctions du ruban de Word sont disponibles, mais le logiciel n’est qu’à 60 % environ de ce qu’il faut pour remplacer Word au travail - Capture d'écran ©ArtCraft / Mélina LOUPIA pour Clubic

Une gratuité encore loin de la parité

Brandon Thomas avait d’abord promis une parité totale avec les logiciels d’Adobe en un mois, avant de revoir sa copie. « Atteindre 99 % de parité prendra un moment, mais je suis sûr que cela se comptera en mois, pas en années », a-t-il corrigé ensuite.

D’après la feuille de route de WordCraft, 88 % des fonctions du ruban de Word sont disponibles, mais le logiciel n’est qu’à 60 % environ de ce qu’il faut pour remplacer Word au travail. Pour GridCraft, 513 des 523 fonctions de calcul d’Excel sont prises en charge, pour une maturité estimée à 50 % seulement, et DeckCraft est au stade du développement précoce, à 80 % du chemin vers une première version alpha.

L’interface de WordCraft est disponible en français, mais la correction orthographique et grammaticale n’est proposée qu’en anglais et en polonais. Avant une version bêta, l’équipe prévoit encore des tests sur de vrais fichiers .docx et la conservation des graphiques et des SmartArt à l’enregistrement.

ArtCraft vend par ailleurs des jetons pour des modèles de génération d’images et de vidéos, et Brandon Thomas compte sur ces revenus pour financer ses clones. Le studio affiche douze applications sur son site, avec SoundCraft pour l’audio et CADCraft pour la conception assistée par ordinateur, et le développeur a nommé AutoCAD et SolidWorks pour la suite.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Qu’est-ce que le protocole MCP (Model Context Protocol) et à quoi sert-il pour piloter un logiciel ?

MCP (Model Context Protocol) est un protocole ouvert conçu pour connecter un agent d’IA à des outils et applications via une interface structurée. L’idée est de remplacer les interactions “visuelles” (cliquer, lire l’écran) par des appels de commandes et des échanges de données explicites, plus fiables et automatisables. Concrètement, l’agent peut demander l’état d’un document, déclencher une action (créer un graphique, modifier un style) et vérifier le résultat en relisant la structure du fichier. Ce type d’intégration facilite les scripts, l’automatisation et le contrôle qualité sans recourir à des captures d’écran ou à de la reconnaissance d’interface.

Que signifie une “réimplémentation en salle blanche” (clean-room) et quelles sont ses limites juridiques et techniques ?

Une réimplémentation “en salle blanche” vise à reproduire le comportement d’un logiciel sans réutiliser son code source, en s’appuyant sur des spécifications publiques et l’observation de l’original. Le but est de limiter les risques de violation du droit d’auteur sur le code, tout en atteignant une compatibilité fonctionnelle. En pratique, c’est difficile : certains comportements sont implicites, dépendants de détails non documentés, et les formats complexes accumulent des cas particuliers. Sur le plan juridique, cela réduit un risque (copie de code) mais n’efface pas tous les sujets potentiels, notamment autour des marques, de brevets éventuels ou de la compatibilité revendiquée dans la communication produit.

Pourquoi la compatibilité .docx/.xlsx/.pptx est-elle un point technique difficile pour des clones de Microsoft Office ?

Les formats Office modernes reposent sur Office Open XML (OOXML), une collection de fichiers XML compressés, avec de nombreuses options de mise en page, styles, objets (graphiques, SmartArt) et métadonnées. Même si le standard est public, l’écosystème réel inclut des extensions, des comportements hérités et des subtilités d’interprétation qui influencent l’affichage et l’impression. Le défi n’est pas seulement d’ouvrir un fichier, mais de garantir un rendu identique et une “fidélité aller-retour” : réenregistrer le document sans casser la mise en forme ni perdre d’objets. C’est typiquement là que se jouent l’utilisabilité au quotidien et la crédibilité en environnement professionnel.