Une cyberattaque a visé cette nuit les systèmes frigorifiques Danfoss de nombreux supermarchés français. Chez Intermarché, Leclerc et Super U, des rayons surgelés entiers ont été vidés, et la facture pourrait se chiffrer en millions d'euros.

Environ 150 magasins Intermarché seraient touchés par la cyberattaque visant les systèmes frigorifiques Danfoss. © Alexandre Boero / Clubic
Environ 150 magasins Intermarché seraient touchés par la cyberattaque visant les systèmes frigorifiques Danfoss. © Alexandre Boero / Clubic

L'attaque informatique qui frappe les supermarchés Intermarché, Leclerc et Super U est grave, en plus d'être relativement inédite, puisqu'elle ne s'en prend ni aux caisses ni aux fichiers clients, mais aux frigos. D'après les informations de BFMTV, des pirates auraient déclenché à distance un dégivrage forcé sur des installations équipées de régulateurs Danfoss, avec une température réglée sur 50 °C, en pleine nuit. Au réveil, certains magasins ont découvert des stocks à jeter et une ardoise qui donne le vertige.

Cyberattaque inédite chez Intermarché, Leclerc et Super U, les congélateurs se sont mis à chauffer

Dans un supermarché, les frigos et les congélateurs dépendant d'un système de régulation, une sorte de thermostat central connecté, qui pilote leur température. Il programme aussi le dégivrage, une opération de routine qui réchauffe brièvement les équipements pour faire fondre le givre qui s’y forme, par exemple deux heures sur 24. Mais dans la nuit de dimanche à lundi, les pirates auraient détourné cette fonction pour la déclencher en continu, avec une consigne réglée à 50 °C.

Pendant des heures, les meubles froids auraient donc chauffé au lieu de refroidir. Selon une source du secteur, une bouffée d’air chaud s’est échappée à l’ouverture des frigos et des congélateurs. Lundi, un rayon de glaces affichait par exemple 26 °C en température. Autant dire qu'ici, tout doit passer à la poubelle.

D’après nos confrères, les hackers ont ciblé des versions anciennes du logiciel de régulation Danfoss, celles antérieures à la version 4. Or le groupe danois, l’un des grands noms mondiaux du froid commercial, équipe un très grand nombre de magasins en France, ce qui pourrait expliquer qu’autant d’enseignes aient été touchées la même nuit. Ces boîtiers n’en sont d’ailleurs pas à leur première alerte. Des chercheurs en cybersécurité, notamment chez Claroty, y avaient déjà repéré des failles, des portes d’entrée mal verrouillées. Danfoss les a depuis refermées grâce à une mise à jour, encore faut-il que les magasins l’aient installée. Rien ne permet toutefois d’affirmer, à ce stade, que ce sont ces failles-là qui ont servi cette nuit.

Des rayons vides, comme ici dans un Intermarché. © Alexandre Boero / Clubic
Des rayons vides, comme ici dans un Intermarché. © Alexandre Boero / Clubic

Les enseignes dénoncent une attaque inédite

Intermarché figure parmi les enseignes les plus touchées, avec quelque 150 magasins potentiellement concernés. Des Metro et des commerces indépendants, comme des boucheries, pourraient aussi faire partie des victimes. Tout dépend de l'heure de l'attaque, car là où elle aurait commencé vers minuit, tous les produits concernés auraient été détruits, alors que des magasins touchés plus tard auraient pu en sauver une partie. À Haguenau, en Alsace, l'Intermarché aurait perdu tous ses surgelés, soit 50 000 euros de marchandise. Le Leclerc de la même ville aurait dû jeter aussi ses produits frais, pour une perte estimée à 220 000 euros. À l'échelle nationale, la note pourrait atteindre plusieurs millions d'euros.

Chez les distributeurs, forcément, c'est la grogne. Sur X, le patron de Coopérative U juge inédite et inacceptable une attaque contre des équipements essentiels à la conservation des produits frais et à l'approvisionnement alimentaire. En interne, Système U admet que dans les pires cas, tous les produits frais ont dû être jetés. Intermarché, dans une note à ses magasins, confirme bien une attaque survenue chez Danfoss et promet de traiter en priorité leurs commandes exceptionnelles. Des cellules de crise ont été mises en place, et une réunion a lieu en ce moment même entre Danfoss, Axima et d'autres spécialistes du froid. Rien n'a filtré, pour le moment, sur l'identité ou les motivations des pirates.