La start-up française WhiteLab Genomics vient de lever 22 millions d'euros. Une bonne nouvelle pour celle dont l'IA conçoit les vecteurs des médicaments génomiques de demain, dont certains ont déjà atteint le cerveau lors d'essais in vivo.

Acheminer un traitement jusqu'aux bonnes cellules, et seulement à elles : c'est le défi que WhiteLab Genomics veut relever grâce à l'IA. © Ole.CNX / Shutterstock
Acheminer un traitement jusqu'aux bonnes cellules, et seulement à elles : c'est le défi que WhiteLab Genomics veut relever grâce à l'IA. © Ole.CNX / Shutterstock

Concevoir des médicaments génomiques grâce à l'IA, c'est l'objectif de WhiteLab Genomics, qui a officialisé ce mardi 6 octobre une levée de 26 millions de dollars (22 millions d'euros) en Série B. La start-up, née à Paris en 2019, passée par Y Combinator et lauréate du programme French Tech 2030, s'intéresse surtout au trajet du traitement, à savoir comment le livrer aux bonnes cellules, et seulement à elles. Ses résultats obtenus in vivo, autrement dit sur du vivant, laissent entrevoir des pistes face à certaines des maladies neurologiques les plus redoutées.

Comment l'IA de WhiteLab a forcé la porte du cerveau

Pour faire un peu de pédagogie, certes bien nécessaire, il faut savoir que le principe des médicaments génomiques est de glisser des instructions génétiques au cœur des cellules, pour en modifier le fonctionnement. Leur intérêt clinique est aujourd'hui largement démontré, mais il y a encore un casse-tête logistique à régler. Il faut en effet que le « colis » arrive à bon port. C'est tout le rôle des vecteurs, des coursiers microscopiques. Les virus adéno-associés (AAV) figurent parmi les plus utilisés, et les chercheurs ont appris à les transformer en livreurs.

Pour dessiner de meilleurs coursiers, WhiteLab s'appuie sur ALFRED, sa plateforme d'IA maison. Au lieu de tout tester à la main, l'outil passe en revue les pistes possibles et désigne les plus prometteuses, que les chercheurs vérifient ensuite en laboratoire, puis sur le vivant. L'objectif est de gagner du temps, de réduire les coûts et de limiter les risques. Avec l'Institut du Cerveau, à Paris, ALFRED a ainsi imaginé de nouveaux AAV. Lors des tests in vivo, ces vecteurs ont franchi la barrière hémato-encéphalique, un filtre naturel entre le sang et le cerveau qui protège ce dernier mais bloque aussi de nombreux médicaments. Une fois passés, ils ont surtout ciblé le cerveau, sans signal détectable dans le foie, un organe où ce type de vecteur a tendance à s'accumuler.

Pour les patients, c'est évidemment très prometteur. Car mieux viser le système nerveux central, c'est-à-dire le cerveau et la moelle épinière, ouvrirait les médicaments génomiques à des maladies qui s'y logent, par exemple Alzheimer, Parkinson, la maladie de Charcot (SLA), mais aussi certaines maladies génétiques rares, comme les maladies de surcharge lysosomale. Dans ces dernières, les cellules n'arrivent plus à éliminer certains déchets et finissent par s'encombrer. Les cancers du cerveau sont aussi concernés, à commencer par le glioblastome, l'une des tumeurs cérébrales les plus agressives. Pour David Del Bourgo, le cofondateur et PDG de WhiteLab, « l'essentiel est de savoir si ces concepts fonctionnent dans les organismes vivants ». Et sur ce terrain, il assure que la société a « déjà présenté des résultats très probants ».

La fière équipe de WhiteLab Genomics. © WhiteLab Genomics
La fière équipe de WhiteLab Genomics. © WhiteLab Genomics

Après les virus, l'IA de WhiteLab s'attaque aux nanoparticules lipidiques

Concernant la levée de fonds (26 millions de dollars, on le rappelle), le tour de table est mené par le fonds AVP. Deux nouveaux venus s'y joignent avec Yaday Health, basé à Miami, et Blast Club, le club d'investisseurs du très médiatique Anthony Bourbon et Samuel Guez. Omnes Capital et Debiopharm Innovation Fund remettent au pot. David Del Bourgo dit vouloir « changer d'échelle » sur plusieurs technologies et bâtir un portefeuille d'actifs biologiques validés, à développer seule, ou avec des laboratoires. Les AAV conçus par son IA ont un autre atout. Leurs séquences, très éloignées de l'existant, offrent un potentiel de brevets différenciants et ont été pensées pour une future production à grande échelle. D'où l'intérêt des investisseurs…

La start-up ne compte en plus pas s'arrêter aux virus. Son IA planche désormais sur un autre type de transporteur, sans virus cette fois. Il s'agit des nanoparticules lipidiques, qui sont de minuscules capsules de lipides (des graisses) qui enveloppent le traitement pour le protéger. Ce sont elles qui ont été popularisées par les vaccins à ARN messager, ça rappelle des souvenirs. WhiteLab s'intéresse aussi au contenu du colis, avec des promoteurs synthétiques. Placés devant le gène thérapeutique, ces courts fragments d'ADN jouent le rôle d'interrupteurs : ils décident dans quelles cellules, et à quel moment, le gène s'allume. L'objectif est de concevoir en même temps le véhicule et sa cargaison, plutôt que d'améliorer chacun dans son coin. François Robinet, qui représente le fonds AVP, vante une IA qui fonctionne « réellement in vivo, et pas seulement sur le papier ».

Côté business, WhiteLab, déjà implantée à Paris, Boston et Montréal, va étoffer ses équipes bostoniennes, développer sa présence sur la côte Ouest américaine, poursuivre son expansion en Europe et explorer le Japon et la Corée du Sud. L'entreprise, qui est à un tournant, mais désormais le cap sur le congrès annuel de la Société européenne de thérapie génique et cellulaire (ESGCT), où elle présentera de nouvelles données issues de ses travaux avec Sanofi, Cytiva, l'Institut du Cerveau et l'Institut Imagine.