Netflix met fin à son contrat avec David Fincher, après les départs de Shawn Levy et des frères Duffer. La plateforme de streaming semble délaisser les réalisateurs de prestige au profit des séries, du live et du sport.

Mais à quoi joue Netflix ? L'époque des longs contrats avec des réalisateurs prestigieux semble terminée pour la plateforme, qui vient de mettre fin à son partenariat avec David Fincher, quelques semaines après le départ de Shawn Levy pour Disney. Ces séparations concernent des cinéastes à l'origine de plusieurs de ses plus beaux succès critiques, et elles ressemblent fort à un changement de cap. Moins de grands noms sous contrat, et davantage de séries à petit budget, de direct et de sport pour Netflix, qui revoit ses priorités au moment où Paramount et Warner Bros. Discovery s'apprêtent à fusionner.
Netflix voit partir ses réalisateurs vedettes
Pas plus tard que jeudi, comme le rappelle The Verge, Netflix a annoncé la fin de son accord avec David Fincher, signé en 2020 pour quatre ans et qui aura finalement duré deux années de plus. Le contrat réservait à la plateforme américaine l'exclusivité de ses nouveaux projets en streaming, à commencer par Mank. Déjà producteur exécutif des séries à succès House of Cards et Mindhunter, le cinéaste était censé tenir les abonnés en haleine. À l'époque, il plaisantait même en disant que l'accueil critique de Mank et ses résultats en salles décideraient des films que Netflix le laisserait tourner ensuite.
La critique a suivi, et hélas, le box-office beaucoup moins. Mank a bien obtenu dix nominations aux Oscars et même deux statuettes, mais le film avec Gary Oldman n'a rapporté qu'environ 100 000 dollars en trois semaines de salles, pour un budget de 25 millions. Sur Netflix, il n'a passé qu'une journée dans le top 10 des films les plus regardés, et à la dixième place. The Killer, en 2023, a bien démarré en tête du classement, mais ses 452 000 dollars de recettes ont très peu pesé face à ses 175 millions de budget. Prochain test pour David Fincher : Les Nouvelles Mésaventures de Cliff Booth, qui passera deux semaines en salles à partir de fin novembre, avant d'arriver sur Netflix le 23 décembre.
Vous l'avez compris, David Fincher est loin d'être le seul à partir. Shawn Levy, qui a travaillé en exclusivité avec Netflix pendant près de dix ans (Stranger Things, The Adam Project, Shadow and Bone), a signé le mois dernier un contrat global avec le concurrent Disney, qu'il présente comme un retour aux sources. Il est difficile de ne pas y voir aussi l'effet d'une dernière saison de Stranger Things qui a déçu le public, comme la critique. C'est un peu la même chose pour les emblématiques frères Duffer, les créateurs de la série fantastique, partis chez Paramount en août 2025. Leur série The Boroughs, est sortie sur Netflix en mai avec des audiences correctes, mais la plateforme l'a annulée un mois seulement après son lancement. Netflix s'est également séparé de Noah Baumbach, le réalisateur de Marriage Story, dont les films suivants, White Noise et Jay Kelly, n'ont pas vraiment marqué les esprits.
Netflix veut davantage fidéliser qu'impressionner
Officiellement, il n'y a pas de quoi s'inquiéter pour Netflix. Dans une interview donnée cette semaine, le co-PDG du service, Ted Sarandos, explique que Shawn Levy et les frères Duffer voulaient surtout se consacrer au cinéma. Il est vrai que le premier sortira Star Wars: Starfighter en mai prochain, et les seconds un film pour Paramount en 2028. La priorité de Netflix semble dans tous les cas être davantage dans des séries à petit budget, mais aussi dans les événements en direct, et le sport. Le format épisodique s'est montré bien plus efficace que les films pour donner aux abonnés une raison de revenir.
D'où cette avalanche de téléréalités aux concepts parfois déroutants, de Squid Game : le défi à The Golden Ticket, tirée de l'univers du célèbre Willy Wonka, en passant par The New Stanford Prison Experiment. On est loin des séries d'horreur que Mike Flanagan produisait pour Netflix avant qu'Amazon ne le recrute en 2022. Mais tant que le public regarde, la plateforme ne semble pas s'en soucier. Après des années de films coûteux qui n'ont pas toujours fait progresser le nombre d'abonnés, Netflix veut prendre des paris moins risqués.
Le cinéma de prestige sur Netflix, ce n'est pourtant pas fini. Le contrat de Guillermo del Toro court toujours, et le premier Narnia : Le Neveu du magicien, attendu en février prochain et réalisé par Greta Gerwig, est traité comme un véritable événement, avec sept semaines en salles avant son arrivée en streaming. Cette dernière tournera aussi un second volet. Une suite de KPop Demon Hunters est en préparation, et Rian Johnson, en pause après avoir rempli son contrat de 450 millions de dollars pour deux suites de À couteaux tirés (avec Daniel Craig), pourrait bien revenir avec de nouveaux projets. Le service y perdra peut-être un peu de son image haut de gamme, mais c'est peut-être ce qui l'aidera à tenir face au futur géant né de la fusion entre Paramount et Warner Bros. Discovery.