Un internaute peut obtenir en quelques secondes, à partir d’un simple nom, le numéro de téléphone de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon sur un moteur de recherche pirate, a révélé RTL. Ses exploitants ont regroupé dans une base unique les données volées à des millions de Français lors de fuites successives.

Les créateurs de ce site, dont la radio précise qu’elle a choisi de taire le nom, offrent vingt recherches gratuites contre une simple adresse e-mail, puis facturent l’accès 20 euros par mois. Au fil de leurs requêtes, les journalistes de la station ont aussi obtenu le numéro d’Édouard Philippe et trouvé des adresses associées à Éric Zemmour et à François Ruffin. Les figures de la présidentielle de 2027 partagent ici le sort de millions d’anonymes. Leurs informations issues de piratages sont consultables en dehors du dark web, en quelques clics, sur des services qui donnent du fil à retordre à la justice.
Des fichiers piratés réunis dans un seul moteur
Les spécialistes de la cybersécurité parlent de « lookups » pour désigner ces moteurs sauvages. Leurs créateurs récupèrent ou achètent le plus souvent des fichiers dérobés par d’autres pirates à des entreprises ou à des administrations. Ils les regroupent ensuite dans une base que l’utilisateur interroge à partir d’un nom ou d'un numéro de téléphone. Selon la personne recherchée, il peut obtenir un IBAN ou un numéro de sécurité sociale, mais aussi une plaque d’immatriculation, voire l’adhésion à une fédération sportive. Ces outils sont souvent proposés sous forme de robots automatisés, sur Telegram ou Discord, avec quelques requêtes gratuites avant un abonnement payant.
Les exploitants de lookups puisent dans les fuites à répétition pour alimenter leurs bases. Ces derniers mois, des pirates ont dérobé des données chez France Travail et à l’administration fiscale, mais aussi chez des opérateurs télécoms et des fédérations sportives. Le mois dernier, souvenez-vous, un attaquant a récupéré les IBAN et les adresses postales de 143 000 bénéficiaires d’une aide régionale à l’énergie, lors de la cyberattaque contre l'ASP.
Pour un escroc spécialisé dans l’hameçonnage ou les faux appels de conseillers bancaires, ces moteurs sont une mine d’informations. En quelques clics, il peut connaître la banque et le numéro de téléphone de sa cible. Au moment de l’appeler, il rend alors son scénario beaucoup plus crédible.
« Aujourd’hui, cela concerne de fait près de neuf Français sur dix », estime Clément Domingo, hacker éthique spécialisé dans la lutte contre les cyberattaques, interrogé par RTL. « Le plus inquiétant, c’est qu’il n’est même plus nécessaire d’aller sur le véritable dark web. En payant quelques euros, n’importe qui peut accéder à ces données et s’en servir pour espionner son voisin ou des responsables politiques », ajoute-t-il.
Un recel passible de cinq ans de prison
Bien entendu, les utilisateurs de ces moteurs courent un risque pénal. Quiconque détient ou exploite ces données en connaissant leur origine peut être poursuivi pour recel, et le Code pénal punit ce délit de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende.
En juin, une enquête de franceinfo avait dévoilé un autre moteur de ce type, et plusieurs responsables politiques avaient alors signalé la plateforme à la justice. Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, avait saisi les autorités judiciaires. Le député Renaissance Éric Bothorel avait signalé à son tour trois lookups. « Il faut le redire avec force, le recel de données volées est un crime », avait-il prévenu. Le fondateur de ce moteur affirmait de son côté ne rien pirater lui-même et proposer une procédure de suppression des données sur demande.
D’après les informations de RTL, la brigade de lutte contre la cybercriminalité (BL2C) de la police judiciaire parisienne a ouvert une enquête sur le site consulté par la radio. Le parquet de Paris avait ouvert plusieurs enquêtes sur ce type de services dès le mois d’avril, selon Le Monde. Dans l’une de ces procédures, un jeune homme de 19 ans a été mis en examen puis placé en détention provisoire le 14 mai. Mais, met en garde Clément Domingo, « lorsqu’un de ces sites ferme, deux ou trois autres réapparaissent presque aussitôt ». On n’est pas sorti du sable.