Le représentant démocrate Raja Krishnamoorthi a demandé au ministère américain des Transports d'enquêter sur des vidéos de conducteurs de Tesla endormis au volant en Full Self-Driving (FSD). Il a envoyé cette demande trois semaines avant un vote européen prévu le 6 octobre sur l'extension du FSD à toute l'Union.

Des vidéos de conducteurs de Tesla diffusées au moment où l’Europe doit se prononcer sur le FSD - ©Flystock / Shutterstock
Des vidéos de conducteurs de Tesla diffusées au moment où l’Europe doit se prononcer sur le FSD - ©Flystock / Shutterstock

Quatre conducteurs de Tesla ont raconté à NBC News que leur véhicule continuait de rouler pendant leur sommeil, grâce à l'Autopilot ou au FSD. Pour tromper les caméras embarquées censées détecter leur somnolence, ils ont utilisé des lunettes de soleil ou des lunettes de vue. 43 vidéos de ce genre ont été mises en ligne cette année, dont 17 après une première enquête de NBC News en août, tandis que la police a verbalisé ou poursuivi treize autres conducteurs sans qu'aucune vidéo ne soit retrouvée. Selon le régulateur fédéral américain de la sécurité routière, au moins 467 collisions et 14 décès en 2024 étaient liés à ce mauvais usage.

Cette coïncidence de calendrier n'est pas du plus bel effet, à la veille du vote du comité technique européen sur l'adoption du FSD supervided au sein de l'UE.

Un dépassement de vitesse contesté avant le vote du 6 octobre

Un vote du comité technique européen des véhicules est prévu le 6 octobre sur l'extension du FSD supervisé à toute l'Union. Les Vingt-Sept États membres siègent au sein de ce comité, sous la règle de la majorité qualifiée, soit 55 % des pays représentant 65 % de la population.

Ce vote porte notamment sur la fiabilité de la surveillance du conducteur. Cette surveillance est exigée par le règlement R171, sous forme de suivi du regard, des gestes et de la position de la tête, avec des alertes progressives en cas d'inattention. Or les vidéos américaines montrent comment cette surveillance peut être déjouée avec de simples lunettes de soleil.

Nous vous rapportions que petit à petit, l'Europe approuvait le système, à commencer par les Pays-Bas qui ont validé le FSD supervised au niveau national le 10 avril, suivis par la Lituanie le 20 mai, l'Estonie le 29 mai, le Danemark le 9 juin, la Belgique le 10 juin, puis la Slovénie le 8 septembre. Ensemble, ces six pays ne représentent que 8,9 % de la population de l'Union, loin du seuil des 65 % requis pour la majorité qualifiée.

Tesla a programmé le FSD pour dépasser une limitation de vitesse affichée lorsque la circulation le justifie. Dans une lettre du 30 avril, l'autorité suédoise des transports a averti que le dépassement systématique des limites légales risquerait d'affaiblir le cadre juridique. Le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, avait opposé deux objections en juillet, car le FSD avait roulé jusqu'à 70 km/h dans une zone limitée à 50 km/h et la surveillance de l'attention du conducteur était jugée insuffisante.

La France a lancé, début septembre, l'évaluation de deux véhicules dont les résultats sont attendus ce mois-ci. De leur côté, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne n'ont annoncé aucune validation nationale.

Une seconde réunion du comité technique est prévue début décembre, si la majorité qualifiée n'était pas atteinte le 6 octobre - ©DCStockPhotography / Shutterstock
Une seconde réunion du comité technique est prévue début décembre, si la majorité qualifiée n'était pas atteinte le 6 octobre - ©DCStockPhotography / Shutterstock

Des chiffres de sécurité accueillis avec scepticisme

Le 3 septembre, Tesla a mis en ligne un tableau de bord public qui affiche un taux d'accident 4,1 fois inférieur à la conduite manuelle sur cent millions de kilomètres parcourus en FSD entre avril et août, aux Pays-Bas, au Danemark, en Belgique, en Estonie et en Lituanie. Selon ce tableau de bord, il y a eu trois collisions sur autoroute et neuf hors autoroute durant cette période, contre 137 et 490 pour la conduite manuelle. À l'échelle mondiale, Tesla annonce 10,5 milliards de kilomètres cumulés en FSD et un taux de réussite supérieur à 99 % sur 230 000 scénarios testés.

Mais à bien y regarder, ces statistiques proviennent uniquement de la flotte d'ingénierie de Tesla, qui choisit seule quelles données publier, selon quelle méthode, sans audit indépendant. « Ces chiffres sont certainement préoccupants », a déclaré Dudley Curtis, du Conseil européen de la sécurité des transports. Pour Stein-Helge Mundal, régulateur norvégien, ces données sont « auto-produites ». L'agence néerlandaise RDW indique de son côté ne pas fonder ses décisions sur des statistiques marketing.

En juin, on vous relayait une enquête de Reuters selon laquelle Tesla avait transmis aux régulateurs néerlandais et suédois des statistiques de sécurité fondées sur le remplacement théorique de tout le parc automobile américain par des véhicules équipés du FSD.

Une seconde réunion du comité technique est prévue début décembre, si la majorité qualifiée n'était pas atteinte le 6 octobre.

En attendant, Tesla n'a, à l'heure où nous écrivons ces lignes, pas encore répondu à NBC News.