L'autorité néerlandaise RDW vient d'approuver le système d'aide à la conduite de Tesla. Une première en Europe, mais qui mérite d'être replacée dans son contexte.

Concession Tesla à Amsterdam © Shutterstock
Concession Tesla à Amsterdam © Shutterstock

Les propriétaires de Tesla européens attendaient ce moment depuis des années. Le 10 avril, l'autorité néerlandaise RDW a accordé son homologation au Full Self-Driving Supervised (souvent abrégé en FSD). Moins de 24 heures plus tard, le déploiement par mise à jour over-the-air débutait aux Pays-Bas. Sur le papier, c'est une victoire. Dans les faits, plusieurs nuances s'imposent.

Un logiciel « différent » de la version américaine

La RDW n'a pas approuvé le FSD que connaissent les conducteurs américains. L'autorité le précise noir sur blanc dans son communiqué : « Les versions logicielles et les fonctionnalités des voitures américaines et européennes ne sont pas comparables. » Les Néerlandais reçoivent la version 14.2.2.5, une mouture spécifiquement adaptée aux exigences réglementaires européennes.

La différence fondamentale tient au cadre juridique. Aux États-Unis, Tesla déploie ses mises à jour sans approbation préalable grâce au système d'autocertification. En Europe, chaque fonction doit passer par une homologation officielle. La procédure a pris plus de 18 mois. La RDW a testé le système sur ses propres pistes et sur les routes publiques néerlandaises avant de rendre son verdict.

L'approbation s'appuie sur le règlement UN R-171, complété par une exemption Article 39 du règlement européen 2018/858. Tesla devra soumettre des rapports de performance au moins une fois par an et signaler tout incident critique. Le conducteur reste juridiquement responsable à chaque instant. Le système surveille l'attention du regard et la disponibilité des mains pour reprendre le volant.

BMW et Ford avaient déjà des approbations similaires

Dans son annonce sur X, Tesla Europe affirme qu'« aucun autre véhicule ne peut faire ça ». La RDW elle-même contredit cette affirmation dans son communiqué. L'autorité rappelle que BMW dispose déjà d'une approbation pour la conduite mains libres sur autoroute avec changement de voie automatique. Ford a obtenu une exemption Article 39 pour son système BlueCruise, qui permet également de lâcher le volant sur autoroute.

La différence avec le FSD de Tesla tient à l'étendue des situations couvertes. Le système de Tesla prend en charge la conduite urbaine, les ronds-points, les intersections et le stationnement. Ses concurrents se limitent aux portions autoroutières. Une avancée réelle, mais pas l'exclusivité que le marketing de la marque laisse entendre.

La suite du calendrier reste incertaine. Tesla annonce viser une « harmonisation européenne cet été ». Concrètement, la RDW doit notifier la Commission européenne, puis les 27 États membres devront voter à la majorité. Certains analystes estiment que l'Allemagne et la France exigeront leurs propres évaluations nationales, repoussant le déploiement généralisé à fin 2026, voire 2027.

Pour la France, rien n'est acquis. Les démonstrations organisées en décembre dernier dans dix villes françaises relevaient de l'opération de communication, pas de l'homologation. Les régulateurs français n'ont pas encore statué. En attendant, le FSD reste désactivé sur les Tesla hexagonales, et le restera jusqu'à nouvel ordre.

La RDW insiste par ailleurs sur un point crucial : FSD Supervised n'est pas un système de conduite autonome. C'est un système d'assistance au conducteur, aussi avancé soit-il. Le conducteur doit rester attentif, ses mains disponibles pour reprendre le volant à tout instant. Le système surveille en permanence la direction du regard et désactive la fonction si l'attention faiblit. Tesla vend du rêve autonome, les régulateurs européens rappellent la réalité juridique.