En mai 2026, Tesla a transmis à la NHTSA 207 signalements d’accidents liés à l’Autopilot ou au Full Self-Driving, le total mensuel le plus élevé depuis la création du dispositif fédéral en 2021. Le parc de véhicules équipés progresse chaque année, sans que Tesla publie de données vérifiables sur les kilomètres parcourus sous supervision automatisée.

Depuis 2021, tous les constructeurs qui équipent leurs véhicules de systèmes d’aide à la conduite avancée doivent déclarer chaque accident survenu dans les trente secondes suivant l’activation du dispositif à la NHTSA, l’agence américaine de la sécurité routière. Le régulateur retient cinq critères, qu’il s’agisse d’un airbag déclenché, d'un véhicule remorqué, d’une blessure, d'un décès ou d'un choc avec un piéton ou un cycliste. Elle suit les crashs liés à l’Autopilot depuis 2016, année du premier accident mortel associé au système, et a reçu depuis plusieurs milliers de signalements de la part de l’ensemble des constructeurs.
207 en un mois, plus que toute l’année 2021
Tesla a recensé 157 accidents liés à l’Autopilot sur l’ensemble de l’année 2021, puis 207 pour le seul mois de mai 2026, soit davantage que les douze mois de 2021 réunis. Depuis 2019, l’entreprise totalise 3 763 signalements auprès de la NHTSA, soit environ 85 % de l'ensemble des déclarations reçues pour ce type de technologie, tous constructeurs confondus. Sur les six premiers mois de chaque année depuis 2022, Tesla a comptabilisé 180, puis 261, puis 269, puis 476, et enfin 826 accidents pour la même période en 2026, soit une hausse d’environ 73 % par rapport à 2025. En 2025, l'entreprise a franchi pour la première fois le seuil des 1 000 signalements annuels, avec 1 043 accidents recensés. La NHTSA révise cependant ces chiffres à la hausse à mesure que des rapports tardifs complètent le dossier, et a par exemple relevé de 139 unités l’estimation d’un mois antérieur après la publication de nouvelles données. Le chiffre de 207 est donc un plancher, pas un plafond.
Le nombre de kilomètres parcourus sous supervision automatisée augmente chaque année, car de plus en plus de conducteurs activent l'Autopilot ou le FSD. Personne, en dehors de Tesla, ne peut vérifier si le taux d’accidents rapporté au kilomètre baisse ou augmente, faute de données indépendantes sur le kilométrage total accumulé sous ces systèmes. Tesla avance, dans son propre rapport de sécurité détaillé du FSD, un accident grave tous les 2,9 millions de miles parcourus, soit environ 4,6 millions de kilomètres, sous supervision automatisée. Ces statistiques proviennent uniquement des données internes de l’entreprise, sans vérification indépendante possible.

Le silence de Tesla et la méfiance des régulateurs
Depuis 2019, Tesla caviarde le récit de 99,9 % de ses 3 763 signalements transmis à la NHTSA, et retire la mention de la version logicielle exacte, Autopilot ou FSD. Impossible alors de faire la distinction entre les deux systèmes dans les statistiques officielles. Faute de description exploitable, la NHTSA classe la majorité des cas en gravité inconnue. GM, Ford, Honda et Toyota, soumis aux mêmes obligations fédérales, ne caviardent quasiment aucun récit d'’accident.
Par ailleurs le ministre des Transports Philippe Tabarot a personnellement refusé d’autoriser le Full Self-Driving en France, en dénonçant des excès de vitesse tolérés par le logiciel et un manque de vigilance en zone urbaine. Plusieurs pays européens ont pourtant déjà validé une version du FSD adaptée à leurs propres réglementations, à commencer par les Pays-Bas puis le Danemark, en avril et juin derniers. Le régulateur néerlandais a précisé, au moment de son homologation, que les logiciels américain et européen ne sont pas comparables entre eux.
Tesla a répondu au régulateur américain qu’une publication des données caviardées lui causerait un préjudice financier. Une autre enquête de la NHTSA porte sur la manière dont l’entreprise déclare ces accidents.