Tesla a publié un tableau de bord chiffré pour défendre son système FSD Supervised, à quelques semaines d'un vote européen sur son homologation. Pendant ce temps, la France amorce un revirement spectaculaire après un échange entre Elon Musk et Philippe Tabarot.

À bord d'une Tesla, le FSD Supervised gère seul la conduite en pleine ville, pendant que le conducteur garde les mains posées sur ses genoux, prêt à reprendre le contrôle à tout moment. © Tesla
À bord d'une Tesla, le FSD Supervised gère seul la conduite en pleine ville, pendant que le conducteur garde les mains posées sur ses genoux, prêt à reprendre le contrôle à tout moment. © Tesla

Depuis le 1er septembre, Tesla multiplie les prises de parole autour de son système de conduite assistée FSD Supervised, homologué dans cinq pays européens et jugé quatre fois plus sûr que la conduite manuelle? selon ses propres données. Un vote à l'échelle de l'Union européenne pourrait se tenir le 6 octobre. Et la donne pourrait changer plus vite que prévu, puisqu'un échange direct entre Elon Musk et le ministre des Transports Philippe Tabarot a visiblement rebattu les cartes côté français, ouvrant même la voie à de nouveaux essais sur route. Mais le sujet est un peu compliqué et mérite bien quelques explications.

Le FSD Supervised affiche des résultats spectaculaires en Europe

En début de semaine, Tesla Europe a publié sur X un long bilan de son système FSD Supervised, donc de conduite autonome complète, actuellement approuvé aux Pays-Bas, au Danemark, en Belgique, en Estonie et en Lituanie. Plus de 70 000 conducteurs l'utilisent au quotidien, pour plus d'un million de kilomètres parcourus chaque jour sur les routes européennes. De quoi, selon le constructeur, réduire nettement le risque d'accident par rapport à la conduite manuelle. Tesla appuie aussi son propos sur un chiffre en rappelant que 19 400 personnes sont mortes sur les routes européennes en 2025, soit environ 53 par jour, imputant une écrasante majorité de ces drames à l'erreur humaine. Une façon, pour la marque, de présenter son système comme une réponse technologique à un problème avant tout comportemental. Mais continuons.

Pour appuyer ce discours, Tesla a mis en ligne un impressionnant tableau de bord de preuves. C'est ce même document, ayant servi de preuve à l'homologation néerlandaise, que le constructeur a partagé avec tous les États membres de l'Union européenne en avril, peu après cette homologation. On y trouve des baisses spectaculaires des accidents majeurs selon le type de route (jusqu'à -69 % sur les grands axes non-autoroutiers), des déclenchements de freinage d'urgence automatique en net repli, jusqu'à -84 % selon les cas, et des collisions lors des changements de voie quasiment éliminées.

Reste que ces chiffres sortent tout droit des laboratoires de Tesla, et qu'ils ne font pas l'objet d'une validation indépendante à ce stade. Le constructeur reconnaît que ses données européennes proviennent d'une flotte d'ingénieurs et non de clients ordinaires, et que certains résultats restent fragiles, comme sur les petites routes où le système ferait, sur un point précis, à peine moins bien qu'un conducteur humain, un résultat que Tesla attribue lui-même à un échantillon encore trop réduit. Et une autre précision utile pour ne pas se tromper de débat : le FSD Supervised reste classé au niveau 2 sur l'échelle de l'autonomie, ce qui signifie que le conducteur doit rester attentif et responsable à tout moment, la voiture ne conduit jamais toute seule au sens strict.

La France change de cap sur le FSD Supervised de Tesla

Un rebondissement, justement, vient de la France. Le 2 septembre, une visioconférence entre Elon Musk et Philippe Tabarot a dessiné comme un net changement de ton. Quelques semaines plus tôt seulement, le ministre des Transports jugeait encore les garanties de sécurité insuffisantes. Après l'appel, il a évoqué hier sur X un « échange constructif » et annoncé l'ouverture d'une nouvelle étape : celle des essais sur route, rendue possible par la mise à disposition de deux véhicules équipés du FSD Supervised.

Mais selon nos informations, le constructeur teste en réalité son système sur les routes françaises depuis 2024. Il a mené plus de 5 000 trajets accompagnés depuis décembre 2025. La nouveauté tiendrait donc surtout à l'indépendance de l'UTAC (un groupe français référent dans les essais et homologations), qui évaluerait pour la première fois le système sans dépendre des seules données transmises par Tesla. Notons aussi que le constructeur n'a jamais été formellement interdit de circuler en France cet été, contrairement à ce qui a pu circuler, et qu'avec 4,3 millions de kilomètres parcourus chaque jour par des Tesla compatibles dans l'Hexagone, l'activation généralisée du FSD éviterait, en théorie, 66 collisions par mois.

Rien n'est encore joué, car c'est à Bruxelles, lors du vote du 6 octobre prochain, que se décidera si le FSD Supervised peut circuler librement dans toute l'Union européenne. Mais le calendrier a du sens. En quelques jours, Tesla a publié ses données de sécurité les plus détaillées et a vu la France, jusque-là réticente, accepter d'ouvrir un dialogue technique et de tester le système sur route. Une succession d'annonces qui ressemble fort à une opération de séduction bien orchestrée à l'approche de l'échéance. Reste une question : les régulateurs européens y verront-ils une preuve de sécurité solide, ou une habile mise en scène ?