Orange a annoncé, mercredi, avoir rejoint un consortium d'opérateurs pour tirer un nouveau câble sous-marin entre La Réunion et l'Afrique du Sud. Cofinancée par l'Union européenne, l'autoroute numérique promet plus de débit, moins de latence et une meilleure connectivité sur l'île.

Un câble sous-marin de télécommunications posé sur le fond océanique. Ce type d'infrastructure, semblable à celui que doit déployer le projet ReuNION entre La Réunion et l'Afrique du Sud, achemine l'essentiel du trafic Internet international. © Boukhatala Chamseddine / Shutterstock
Un câble sous-marin de télécommunications posé sur le fond océanique. Ce type d'infrastructure, semblable à celui que doit déployer le projet ReuNION entre La Réunion et l'Afrique du Sud, achemine l'essentiel du trafic Internet international. © Boukhatala Chamseddine / Shutterstock

C'est en dévoilant son nom de code, ReuNION, qu'Orange a annoncé, ce mercredi 2 septembre 2026, la construction à venir de ce câble qui doit doter La Réunion d'une infrastructure sous-marine de nouvelle génération. Le consortium dont fait partie Orange réunit l'opérateur historique et ses confrères Telco OI, Réunicable et La Réunion Connectée. Doté de 16 paires de fibres et d'une capacité de 20 Tbit/s chacune, le câble sous-marin en question ouvrira une route plus directe vers l'Afrique du Sud. Il doit aussi diversifier les voies parfois menacées de connectivité internationale de l'île et participe au renouvellement des infrastructures régionales, dont plusieurs approchent de la fin de leur durée de vie opérationnelle.

Orange, en première ligne sur l'atterrage du câble qui reliera La Réunion à l'Afrique du Sud

Dans le consortium chargé de bâtir le câble ReuNION, Orange a accepté le rôle de « landing party », c'est-à-dire de l'opérateur qui fait littéralement atterrir le câble sur le sol réunionnais et le raccorde aux réseaux terrestres. Concrètement, cela passe par l'obtention des autorisations auprès des autorités locales, et par des travaux de génie civil menés directement en bord de mer.

Vient ensuite l'aménagement d'une station d'atterrissement sécurisée, puis l'interconnexion du câble avec les infrastructures numériques de l'île. Cette étape, très technique, passe presque inaperçue, mais elle change tout, puisque c'est elle qui transforme un simple fil de verre posé au fond de l'océan en une ressource réellement exploitable par les opérateurs et les utilisateurs réunionnais.

La route du câble ReuNION. © Orange
La route du câble ReuNION. © Orange

Sur le terrain, les missions se répartissent déjà. Orange Marine se chargera du déploiement du câble en mer, tandis que sa conception et sa fabrication reviendront à Alcatel Submarine Networks (ASN), conformément aux exigences techniques et réglementaires du projet.

Dans ce consortium, figurez-vous que Free occupe aussi une place à part. L'opérateur y participe via Telco OI, la coentreprise qui réunit le groupe Iliad (sa maison-mère) et le groupe Axian. La société de Xavier Niel précise qu'elle disposera d'une paire de fibres dédiée une fois le câble mis en service, de quoi absorber la croissance de ses abonnés locaux, alors que le trafic de données à La Réunion pourrait passer de 2,6 Tbit/s en 2025 à 6,4 Tbit/s en 2030, pendant que le câble SAFE actuellement en service, datant de 2002, arrive effectivement en fin de vie.

Un coup de pouce financier pour un câble jugé stratégique par l'Union européenne

Un tel chantier ne se lance pas sans un solide coup de pouce financier. Et c'est Bruxelles, autrement dit la Commission européenne, qui a choisi de soutenir ReuNION en passant par le programme Connecting Europe Facility (CEF), consacré aux infrastructures numériques considérées comme stratégiques. Le projet a également décroché un financement au titre du Fonds européen de développement régional (FEDER). Deux soutiens qui pèsent lourd pour un câble de cette envergure.

Reste maintenant à passer à l'action. Avant de poser le câble, les équipes doivent d'abord étudier précisément les fonds marins pour choisir le meilleur tracé et obtenir les autorisations administratives nécessaires. Pendant ce temps, la fabrication du câble démarrera de son côté, dans les usines dédiées à ce type d'infrastructure. Une fois ces deux étapes bien avancées, le câble pourra enfin être posé au fond de l'océan. Le chantier se précisera en tout cas au fil des mois, à mesure que chaque étape sera franchie.

Voici le câblier Sophie Germain d'Orange Marine. @ Orange

Jean-Louis Le Roux, EVP Orange International Networks, insiste sur le fait que « ce futur câble est clef pour le développement numérique de la Réunion », qui étend cet enjeu à toute la région d'ailleurs, en évoquant la croissance du trafic et un besoin de résilience. À l'échelle mondiale, Orange est aujourd'hui impliqué dans plus de 40 câbles sous-marins, et l'entreprise totalise aujourd'hui près de 450 000 kilomètres de fibres déployées ; le groupe s'appuie aussi sur Orange Wholesale, qui exploite un réseau de points d'atterrage sur l'ensemble de ses territoires, de quoi consolider sa position de leader mondial sur ce segment stratégique du numérique. La mise en service du câble est prévue en 2028.