Un film semble couvert de grain sur votre nouveau téléviseur OLED ? Des bandes apparaissent dans les scènes sombres ou certaines zones de l'écran paraissent moins uniformes que d'autres ? La dalle n'est pas nécessairement en cause : la source, les traitements du téléviseur et l'écran lui-même peuvent produire des défauts qui se ressemblent au premier coup d'œil.

Avant d’accuser la dalle de votre OLED, encore faut-il savoir si le problème vient de l’écran, du traitement vidéo… ou simplement du contenu. © Matthieu Legouge
Avant d’accuser la dalle de votre OLED, encore faut-il savoir si le problème vient de l’écran, du traitement vidéo… ou simplement du contenu. © Matthieu Legouge

Passer à un grand téléviseur OLED réserve parfois une petite surprise. Sur certains films, l'image paraît soudain plus granuleuse que sur l'ancien écran. Ailleurs, ce sont des bandes verticales, des zones légèrement teintées ou une texture inhabituelle qui attirent l'œil. De quoi rapidement soupçonner un problème de dalle.

Pourtant, tout ce qui ressemble à une irrégularité n'en est pas une. Avant de parler de mura, de dirty screen effect ou même de marquage, il faut d'abord déterminer si ce que l'on voit vient du contenu, du traitement effectué par le téléviseur… ou réellement de l'écran.

Ce grain que vous voyez peut parfaitement appartenir au film

Commençons par le cas le plus simple : le grain cinématographique. Les œuvres tournées sur pellicule possèdent naturellement cette texture, dont l'apparence dépend notamment du film utilisé, des conditions de tournage et du traitement appliqué au master. Certaines productions tournées en numérique ajoutent également du grain en postproduction pour obtenir un rendu particulier.

Sur un grand écran 4K, cette texture peut simplement devenir plus facile à percevoir. Cela ne signifie pas que l'OLED « ajoute » du grain : le téléviseur affiche une caractéristique déjà présente dans la source.

Le grain cinématographique, naturel sur pellicule ou ajouté en postproduction, peut devenir très visible sur un grand écran 4K. L’OLED ne le crée pas : il restitue une texture déjà présente dans la source. Ci-contre, le Panasonic Z95B. © Matthieu Legouge
Le grain cinématographique, naturel sur pellicule ou ajouté en postproduction, peut devenir très visible sur un grand écran 4K. L’OLED ne le crée pas : il restitue une texture déjà présente dans la source. Ci-contre, le Panasonic Z95B. © Matthieu Legouge

La qualité de cette dernière joue évidemment un rôle. Un Blu-ray UHD disposant d'un débit élevé peut conserver très finement le grain du master. En streaming, la compression doit composer avec cette texture complexe : elle peut en gommer une partie ou, lorsque le débit devient insuffisant, produire ses propres fourmillements, blocs et autres artefacts.

Un premier indice permet déjà de faire le tri : si le phénomène évolue avec les plans et les objets affichés, il vient soit du contenu, soit du traitement vidéo. S'il reste fixé au même endroit de l'écran, la dalle devient davantage suspecte.

Le traitement d'image peut lui aussi fabriquer des artefacts

Entre la source et la dalle, il existe un troisième suspect : le téléviseur lui-même !

Une accentuation excessive de la netteté peut souligner artificiellement le grain, les contours et les défauts de compression. Les algorithmes de réduction du bruit peuvent, à l'inverse, lisser certaines zones puis donner aux textures fines une apparence instable ou pâteuse. La mise à l'échelle d'une source de faible qualité peut également rendre certains défauts beaucoup plus visibles sur un grand écran 4K.

Les contenus mis à l'échelle peuvent rendre certains défauts plus visibles. © Matthieu Legouge

Les traitements de mouvement peuvent enfin provoquer des artefacts autour des objets ou dans les scènes complexes. Il ne s'agit alors pas de grain au sens strict, mais l'utilisateur peut facilement les interpréter comme un problème d'affichage. C'est pourquoi il vaut mieux neutraliser temporairement ces traitements avant de tirer une conclusion. Quelques manipulations suffisent ensuite à départager rapidement les trois suspects.

Bandes, taches, DSE : quand la dalle entre réellement en jeu

La situation change lorsqu'une irrégularité reste exactement au même endroit sur l'écran, quel que soit le contenu affiché. On entre alors dans le domaine de l'uniformité de la dalle.

Sur un écran idéal, une mire grise devrait présenter exactement la même luminance et la même teinte sur toute sa surface. Dans la réalité, les tolérances de fabrication entraînent des variations, et deux exemplaires d'un même téléviseur peuvent présenter des résultats sensiblement différents.

Le terme japonais mura, qui signifie irrégularité, est employé dans l'industrie pour désigner certaines variations de luminance ou de couleur d'une zone de l'écran à une autre. Les fabricants disposent de techniques de compensation, souvent regroupées sous le terme DeMura, pour corriger une partie de ces écarts lors de la fabrication et du fonctionnement du panneau.

Le Sony Bravia 8 II et sa dalle QD-OLED. © Matthieu Legouge

Dans la pratique, l'utilisateur rencontrera surtout différentes manifestations : des bandes verticales dans les faibles niveaux de gris, des variations de teinte sur les grandes surfaces uniformes ou encore du dirty screen effect (DSE), cette impression de zones plus sombres ou nuageuses qui devient particulièrement perceptible lors d'un travelling sur un fond homogène.

Le banding vertical dans les scènes proches du noir reste notamment un phénomène bien connu sur OLED. Son intensité peut cependant beaucoup varier d'un exemplaire à l'autre, y compris au sein d'un même modèle. C'est cette variabilité qui alimente ce que les amateurs appellent parfois la « loterie de dalle ».

Mura ou marquage OLED ? Ce n'est pas la même chose

Une zone fixe à l'écran ne signifie pas non plus automatiquement que votre téléviseur souffre de burn-in. Une irrégularité d'uniformité est liée au comportement du panneau et peut être présente indépendamment de ce que vous avez regardé. Le marquage, lui, correspond à une usure différentielle des pixels après l'affichage prolongé ou répété d'éléments statiques. Il peut ainsi reprendre la forme d'un logo de chaîne, d'une barre d'interface ou d'un autre élément resté longtemps au même endroit.

Autrement dit, une bande verticale visible dans les scènes très sombres n'est pas nécessairement du marquage, pas plus qu'une zone légèrement teintée sur une mire uniforme.

Le test de deux minutes pour départager les trois suspects

Pas besoin de passer une soirée à scruter des mires dans le noir. Deux vérifications simples permettent déjà d'isoler l'origine la plus probable du phénomène.

  • Neutralisez les traitements d'image.
    Passez temporairement sur un mode Cinéma ou Filmmaker, puis désactivez les traitements susceptibles de modifier fortement l'image : accentuation de la netteté, réduction du bruit, traitement des artefacts de compression et interpolation de mouvement.

    Si le phénomène disparaît ou change nettement d'apparence, le traitement vidéo était probablement en cause.
  • Changez de contenu ou, mieux encore, de source.
    Lancez une autre scène, une autre application ou un autre appareil.

    Si l'irrégularité disparaît ou se déplace avec les éléments de l'image, elle appartient vraisemblablement au contenu. Si la même bande, la même tache ou la même variation de teinte reste exactement au même endroit sur plusieurs sources, la dalle devient le principal suspect.

Ce défaut mérite-t-il vraiment une intervention ?

Identifier une irrégularité de la dalle ne signifie pas nécessairement qu'elle gênera le visionnage. Pour cause, les mires à très faible niveau de gris sont particulièrement efficaces pour révéler le banding OLED, surtout dans une pièce totalement sombre. AVForums a par exemple observé sur son exemplaire du LG C6 (modèle de 65 pouces, avec une dalle différente de celle du 77 pouces que nous avons testée) de faibles bandes verticales sur des mires à 5 et 10 % de gris, également perceptibles dans certaines scènes sombres, mais beaucoup moins visibles dès qu'un peu de lumière ambiante était présente.

Les résultats peuvent aussi varier sensiblement d'un exemplaire à l'autre. Sur le LG G6, AVForums décrit une uniformité très homogène avec seulement de faibles bandes à 5 % de gris en pièce noire, tandis que certains propriétaires rapportent des exemplaires sensiblement moins uniformes. C'est précisément ce qui rend les jugements sur « l'uniformité d'un modèle » délicats : deux téléviseurs identiques sur le papier peuvent ne pas se comporter exactement de la même manière.

Le sujet reste d'ailleurs d'actualité. En février 2026, TFTCentral s'est penché sur un problème de banding dans les gris très sombres observé sur certaines nouvelles dalles Tandem WOLED. Le phénomène apparaît essentiellement à très faible luminance et son intensité varie fortement selon les exemplaires. Les générations WOLED précédentes ne sont d'ailleurs pas totalement épargnées.

Cela rappelle surtout qu'une mire est un outil de diagnostic, pas une situation de visionnage normale, comme nous l'énonçons régulièrement dans nos tests de téléviseurs. Un léger banding visible uniquement dans une pièce noire sur un gris proche du noir n'a pas la même importance qu'une bande que l'on retrouve systématiquement dans les scènes nocturnes d'un film ou d'un jeu.

Le LG OLED C6 de 77 pouces est équipé d'une dalle Tandem OLED, là où la version de 65 pouces se contente d'une dalle WOLED classique. © Matthieu Legouge

Certains défauts peuvent également évoluer après les premiers cycles de fonctionnement et de compensation du téléviseur. Il vaut donc mieux juger un OLED sur son comportement dans des contenus réels plutôt qu'après quelques minutes passées à traquer la moindre variation sur des mires.

Enfin, constater une légère non-uniformité ne garantit pas automatiquement un échange. Les fabricants et les services après-vente peuvent considérer qu'un certain niveau de variation reste dans les tolérances du produit, notamment lorsqu'il n'est visible que dans des conditions de test particulières.

Une fois les traitements et la source éliminés, le véritable critère devient donc beaucoup plus simple : est-ce que cette irrégularité reste suffisamment visible dans vos films, séries ou jeux pour perturber réellement l'image ? Si oui, le recours au SAV devient beaucoup plus légitime.

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