Avec l'entrée en vigueur de la facturation électronique obligatoire dès mardi, des millions d'entreprises françaises se ruent vers les plateformes agréées. Les commerçants, taxis, VTC et même certains particuliers vont devoir désormais composer avec cette nouvelle obligation fiscale.

Toutes les entreprises françaises doivent être en mesure de recevoir leurs factures électroniques via une plateforme agréée depuis le 1ᵉʳ septembre 2026. © Andrey_Popov / Shutterstock
Toutes les entreprises françaises doivent être en mesure de recevoir leurs factures électroniques via une plateforme agréée depuis le 1ᵉʳ septembre 2026. © Andrey_Popov / Shutterstock

À compter de ce mardi 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises doivent être capables de recevoir leurs factures à l'aide d'une plateforme agréée par l'État. C'est presque le début d'une nouvelle ère, sauf que derrière la communication officielle, le terrain ne raconte pas tout à fait la même chose. Certains commerçants et chauffeurs de taxi ou VTC traînent des pieds, tandis que des loueurs de meublés découvrent, parfois in extremis, qu'ils sont eux aussi concernés. Pour éviter de provoquer une trop grande pagaille, l'administration promet ainsi une bienveillance de circonstance. On vous explique tout.

Facturation électronique obligatoire, mais où en sont vraiment les entreprises françaises ?

Pour comprendre ce qui va changer avec cette réforme de la facturation électronique, il faut d'emblée savoir qu'elle impose deux obligations distinctes. D'abord, il y a l'e-invoicing. À partir de ce 1er septembre, toute entreprise assujettie à la TVA doit pouvoir recevoir des factures électroniques, quelle que soit sa taille. Ensuite, il y a l'e-reporting, qui consiste à transmettre à l'administration fiscale les données de transaction et de paiement, même si pour l'instant seules les grandes entreprises et les ETI sont concernées. Les PME et micro-entreprises, elles, n'auront l'obligation d'émettre électroniquement qu'à partir de septembre 2027.

Sur le terrain, la dynamique s'est nettement accélérée ces derniers mois, c'est un fait. Selon les données communiquées le 31 août par Indy, plateforme utilisée par plus de 300 000 indépendants, 3,8 millions d'entreprises sont désormais inscrites sur une plateforme agréée, contre seulement 1,1 million en mai dernier, soit près d'une entreprise sur deux. Une progression spectaculaire, qui ne masque toutefois pas les fortes disparités selon les professions.

Dans le détail, les commerçants (58 % inscrits) et les taxis-VTC (55 %) ferment la marche, loin derrière les freelances et les agents immobiliers (71 % chacun) ou les professionnels de santé (68 %). C'est assez logique, puisque ces métiers, souvent absorbés par la gestion quotidienne de la caisse ou par les courses sur la route, ont naturellement moins de temps à consacrer à l'administratif. La dématérialisation vient un peu bousculer de vieilles habitudes.

Reste à savoir concrètement où cliquer. Les entreprises ont deux options. Elles peuvent soit passer directement par une plateforme agréée par l'État, ou continuer à utiliser leur logiciel habituel (caisse, facturation, comptabilité), à condition qu'il s'agisse d'une solution compatible, elle-même obligatoirement raccordée à une plateforme agréée pour transmettre les données. Autre nouveauté à ne pas manquer : quatre mentions inédites doivent désormais figurer sur chaque facture, dont le numéro Siren du client et la catégorie de l'opération facturée.

Le e-reporting impose aux entreprises concernées de transmettre à l'administration fiscale les données de transaction et de paiement, via leur plateforme agréée. © Andrey_Popov / Shutterstock

Qui est vraiment concerné par cette révolution administrative ?

La réforme touche un public bien plus large qu'on ne l'imagine. Peu importe le statut juridique, la taille ou le chiffre d'affaires réalisé, dès lors qu'une structure est assujettie à la TVA, elle entre dans le champ d'application du texte. C'est simple. C'est le cas, par exemple, des micro-entrepreneurs. Si, grâce à un dispositif appelé la franchise en base, ils n'ajoutent pas de TVA sur leurs factures et n'en reversent donc pas à l'État, ils restent malgré tout rattachés à ce régime fiscal. Eux aussi doivent pouvoir recevoir et émettre leurs factures au format électronique. Au total, ce sont plus de 10 millions d'acteurs économiques qui basculent, d'une manière ou d'une autre, dans ce grand chantier numérique

Grégory Berthet, conseiller principal en stratégie chez Bill Up, explique que « certains particuliers qui louent des biens meublés sont donc eux aussi concernés. » C'est peut-être plus surprenant, mais certains particuliers peuvent eux aussi être concernés, en effet. C'est le cas des loueurs de biens meublés, ceux qui utilisent des plateformes comme Airbnb ou Booking par exemple, dès lors qu'ils sont assujettis à la TVA, et même s'ils bénéficient d'une exonération sur leurs prestations.

Mais pour ceux qui découvrent la nouvelle à la dernière minute, il est possible de souffler un coup. L'expert se veut rassurant sur ce point précis : la mise en conformité est loin d'être aussi lourde qu'elle en a l'air. Il suffit en fait de sélectionner une plateforme agréée, ou de vérifier que son logiciel habituel y est bien raccordé, pour pouvoir recevoir ses factures électroniques. Cette formalité, selon Bill Up, peut se régler en quelques minutes seulement.

La facturation électronique, un démarrage à deux vitesses selon les métiers. © Andrey_Popov / Daniel Drew

Et en cas de retard, l'administration sort-elle le bâton ?

Il y a une bonne nouvelle pour les retardataires ! La Direction générale des Finances publiques (DGFiP) a publié un guide de démarrage qui dit clairement les choses. La période de lancement se fera dans une logique de bienveillance, sans pour autant que le calendrier légal ne bouge d'un pouce. Dans les faits, une facture reçue par e-mail, PDF ou papier reste valable si elle correspond à une opération réelle, même après le 1er septembre, et le droit à déduction de la TVA n'est pas automatiquement perdu pour autant. La réforme change les modalités de transmission, mais pas les règles de fond. L'existence de l'opération, la dette commerciale ou le paiement restent appréciés comme avant.

Même le système technique a été pensé pour encaisser les couacs de lancement. Si l'annuaire national, chargé d'orienter chaque facture vers la bonne plateforme, venait à tomber en panne, les plateformes agréées peuvent s'appuyer sur des données déjà récupérées pour ne pas bloquer l'ensemble des échanges. Et pour les entreprises perdues face à toutes ces nouvelles règles, un numéro d'assistance dédié a été mis en place, le 0 806 807 807.

Attention cependant à ne pas se méprendre. Cette souplesse administrative n'annule rien, ni le calendrier, ni les obligations elles-mêmes. Elle offre simplement un peu d'air aux entreprises de bonne foi, à condition qu'elles puissent le prouver, à l'aide par exemple d'un contrat signé avec une plateforme, d'échanges avec son prestataire informatique, ou de mesures transitoires documentées. À défaut, les sanctions peuvent être une amende par facture en cas de non-respect de l'obligation d'émission électronique, un régime de sanction spécifique pour le e-reporting, et une mise en demeure de trois mois avant amende en l'absence de plateforme agréée pour la réception.

En clair, la France entre officiellement dans l'ère de la facture 100 % numérique, sans pour autant mettre tout le monde à la porte dès le premier jour. De quoi laisser un peu d'air aux commerçants et aux chauffeurs de taxi ou VTC qui bricolent encore leur configuration, à condition, bien sûr, de ne pas transformer cette souplesse passagère en excuse permanente pour ne jamais vraiment s'y mettre.