À quelques jours de la rentrée, le ministère de l'Éducation nationale confirme que plusieurs académies restent perturbées par une récente cyberattaque. Toulouse et Nantes sont par exemple privées d'ENT et de messagerie.

La rentrée scolaire va se faire sous tension, puisque la récente cyberattaque contre l'Éducation nationale n'est pas totalement résolue. © Alexandre Boero / Clubic
La rentrée scolaire va se faire sous tension, puisque la récente cyberattaque contre l'Éducation nationale n'est pas totalement résolue. © Alexandre Boero / Clubic

Dans un communiqué publié ce vendredi soir, le ministère de l'Éducation nationale fait le point sur les cyberattaques qui secouent ses systèmes depuis plusieurs semaines. Si la grande majorité des académies ont retrouvé un fonctionnement normal, deux d'entre elles, Toulouse et Nantes, restent à la peine, avec des messageries professionnelles et des environnements numériques de travail toujours inaccessibles aux familles. Une situation embarrassante à quelques jours de la rentrée seulement, et qui donne un peu plus d'épaisseur encore à la vague de piratages touchant l'ensemble de l'appareil d'État français depuis plusieurs mois.

Toulouse et Nantes, deux académies encore paralysées par la cyberattaque ayant récemment frappé le ministère de l'Éducation nationale

Perturbé par ces intrusions, la dernière ayant été révélée cet été, le ministère de l'Éducation nationale explique ce 28 août avoir procédé à une remise à zéro générale de l'ensemble des accès aux services et applications, plutôt que de traquer l'intrus compte par compte, lui qui est resté trop longtemps dans les tuyaux. Concrètement, l'ensemble des identifiants et mots de passe donnant accès aux services et applications a été réinitialisé, coupant net tout accès. La bonne nouvelle, si l'on peut dire, c'est que cette opération n'a provoqué aucun dégât sur les systèmes. 28 des 30 académies françaises fonctionnent donc de nouveau normalement, avec un retour à la routine habituelle pour Pronote et les environnements numériques de travail.

À Toulouse, en revanche, la messagerie professionnelle et les applications métiers restent coupées jusqu'à nouvel ordre. Les différents chefs d'établissement, directeurs d'école et inspecteurs ont été prévenus et travaillent en lien étroit avec le rectorat, sans que cela ne remette en cause la préparation des emplois du temps. Les familles, elles, n'ont pas d'accès à l'ENT pour l'instant. Cela veut dire que les emplois du temps seront distribués façon old school, sur papier et à la main, dès la rentrée.

À Nantes, c'est un peu plus flou. L'accès aux messageries n'est que partiel, selon l'appareil ou la configuration utilisée. Pendant ce temps, les équipes poursuivent les opérations de sécurisation, avant un retour progressif des autres services. Là aussi, les familles restent pour l'instant privées d'environnement numérique de travail, avec un retour au papier envisagé en cas de non-rétablissement avant la rentrée. Notons que dans les deux académies, la paie des personnels tombera bien à la date habituelle. Le ministre Édouard Geffray a tenu à saluer l'engagement des personnels, mobilisés sans relâche depuis plusieurs jours pour préparer cette rentrée dans des conditions particulières, ainsi que la coordination étroite entre les services du ministère et l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI).

Hélas, les cyberattaques se succèdent pour l'État français. © HJBC / Shutterstock
Hélas, les cyberattaques se succèdent pour l'État français. © HJBC / Shutterstock

Une rentrée sous tension, dans un été noir pour la cybersécurité de l'État

Les attaques contre le ministère de l'Éducation nationale, survenues ces derniers mois, ont largement contribué à dresser un tableau catastrophique de la cybersécurité de nos grands ministères en France. L'institution avait déjà été visée fin juillet, avec les données d'un grand nombre d'agents potentiellement aspirées. L'administration française encaisse coup sur coup, avec des attaques ou intrusions contre ou au sein de la direction générale des Finances publiques (DGFiP), de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), de l'Insee, de la messagerie Tchap des fonctionnaires... La liste des victimes s'allonge à un rythme qui commence sérieusement à inquiéter, jusqu'au sommet de l'État.

Le cas le plus marquant reste celui de la DGFiP, qui a reconnu mi-août le vol des données personnelles et fiscales d'environ 678 000 contribuables, particuliers et professionnels confondus. Un groupe se présentant sous le nom de ZeroBytes a revendiqué l'intrusion, menée à l'aide d'identifiants usurpés dès le mois de juin. La compromission des comptes avait bien été repérée et bloquée sur le moment, mais pas le vol de données lui-même, découvert seulement à la revendication de l'attaquant, mi-août. Le même groupe affirme même détenir une seconde base, cadastrale cette fois, qui pourrait concerner plus de deux millions de titulaires supplémentaires.

Alors un point commun revient souvent dans ces dossiers, à savoir cette dette numérique, colossale, accumulée depuis des années, sur des systèmes d'information parfois vieux de plusieurs décennies, qui jusqu'il y a quelques mois ignoraient, souvent par manque de moyens financiers, ce qu'était l'authentification à facteurs multiples, pourtant l'une des bases de la cybersécurité. Malgré ce climat tendu, le ministère essaie de rassurer sur l'essentiel : la cloche sonnera bien à l'heure prévue partout en France, cyberattaque ou pas. Pas sûr que cela calme les sceptiques. Pour les données d'un grand nombre de Français hélas, il est déjà trop tard.