Microscopes, bras robotisés, lasers de calcul quantique : le Model Hardware Standard veut brancher les agents IA sur le monde physique. Anthropic rejoue le pari du MCP, dans un secteur qui n'a pas attendu pour se normaliser.

© Anthropic
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En novembre 2024, Anthropic publiait dans une relative indifférence un protocole ouvert baptisé MCP, censé brancher les assistants IA sur les logiciels du quotidien. Vingt et un mois plus tard, le standard connecte ChatGPT comme Gemini, fédère des milliers de serveurs et vit sous l'aile de la Linux Foundation. L'entreprise annonce ce 27 août vouloir rejouer le coup avec les machines. Son Model Hardware Standard (MHS), ouvert en avant-première de recherche, promet de mettre des agents IA aux commandes des appareils de laboratoire et d'usine.

Un pilote universel pour parler aux machines

Le principe rappelle furieusement les débuts de l'USB : chaque appareil doté d'une interface programmable reçoit un pilote MHS qui traduit ses commandes en primitives simples, du type « lire la température » ou « régler la température ». Le pilote embarque aussi une fiche d'identité rédigée en langage naturel (le poids d'un bras robotisé, ses limites de sécurité, ce qu'il peut mesurer), de quoi permettre à un agent de manipuler une machine qu'il n'a jamais vue. Là où une intégration maison réclame des semaines de travail, Anthropic revendique des branchements en quelques heures. Une prise universelle, en somme.

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Les premiers cobayes donnent le ton : Genentech a fait orchestrer par Claude un dosage de protéines sur trois appareils de laboratoire. QuEra affirme de son côté qu'un agent a appris à reverrouiller le laser de ses ordinateurs quantiques, avec 99,3 % de réussite sur 700 essais (des chiffres maison, à prendre comme tels). Anthropic reconnaît d'ailleurs les limites de l'exercice : chez Genentech, Claude a confondu des bulles de mousse avec un bug logiciel, et les chercheurs ont dû lui expliquer la physique du problème. Chez The Next Web, Alek Kemeny, membre de l'équipe technique, résume l'ambition sans détour : « ce que le MCP a fait pour le logiciel, le MHS le fera pour le monde du matériel ». L'accès passe pour l'instant par une liste d'attente, avant une publication en open source promise à l'issue de la phase de test. L'exercice devient une habitude maison, après le standard ouvert Agent Skills en décembre et les connecteurs taillés pour les logiciels créatifs au printemps.

La robotique, elle, a un train d'avance

Car le monde physique ne découvre pas la normalisation : ROS, né en 2007, sert de colonne vertébrale logicielle à une bonne partie des robots de la planète. OPC UA règne sur le dialogue entre automates industriels, et le VDA 5050 orchestre les chariots autonomes de l'industrie automobile européenne. Côté robots mobiles, le standard d'interopérabilité de MassRobotics, publié en version 1.0 en mai 2021, intéresse jusqu'à l'ISO. Autrement dit, faire parler des machines entre elles, l'industrie sait faire depuis longtemps.

La comparaison s'arrête pourtant là où le MHS commence : ces standards font communiquer des machines entre elles, quand celui d'Anthropic vise la couche du dessus, celle où un agent raisonne, ajuste et improvise (il s'appuie d'ailleurs sur le MCP plutôt qu'il ne remplace l'existant). Et une partie du secteur préfère visiblement monter à bord : Universal Robots, Doosan Robotics ou Hugging Face figurent parmi les partenaires de la préversion, aux côtés d'AWS et de Raspberry Pi. Côté européen, le calendrier ajoute une couche de contexte : à partir de janvier 2027, le Règlement Machines de l'UE encadrera les fonctions de sécurité pilotées par IA. La question de savoir qui répondra d'un bras robotisé guidé par un fichier mal renseigné promet déjà de beaux débats juridiques.