Le premier vendeur mondial de mémoire HBM pose la première pierre de son usine américaine et enterre au passage le cycle de la mémoire. La pénurie durerait jusqu'à fin 2030, et les acheteurs de barrettes apprécieront.

SK Hynix © Shutterstock
SK Hynix © Shutterstock

West Lafayette, Indiana, jeudi 27 août : Kwak Noh-jung inaugure le chantier de la première usine américaine de SK Hynix et profite du déplacement pour livrer à Nikkei une prophétie soigneusement calibrée. La pénurie mondiale de mémoire durerait selon lui jusqu'à fin 2030, sans « aucun signal » de surproduction ni de retournement à l'horizon. Le tout pendant que la flambée du prix de la DRAM dépasse allègrement les 170 % sur un an.

Quatre milliards de dollars et une prédiction à quatre ans

Le décor d'abord : le Purdue Research Park accueillera une usine d'assemblage avancé à plus de 4 milliards de dollars, précise Reuters. Les salles blanches doivent ouvrir au second semestre 2028, pour une production en volume de HBM4E au troisième trimestre 2029. La HBM, pour rappel, empile ses puces mémoire comme un mille-feuille pour coller au plus près des accélérateurs d'IA (ce qui explique pourquoi NVIDIA, Microsoft et Google figurent parmi les clients que SK Hynix veut désormais servir sur place). Le site doit devenir la base américaine du groupe pour cette mémoire d'ici 2030.

Au micro, le patron assume une lecture qui ferait sourire les historiens du secteur : les puces mémoire « ne sont plus de simples commodités » à l'ère de l'IA. La demande resterait supérieure à l'offre au-delà de 2030, et le fameux cycle d'expansion-contraction qui rythme cette industrie depuis des décennies appartiendrait au passé. Une ligne qu'il tient depuis l'introduction en Bourse du groupe au Nasdaq, le 10 juillet dernier (26,5 milliards de dollars levés, un record pour une entreprise étrangère), où il annonçait déjà que 2027 serait « la pire année de l'histoire du secteur » côté offre. Le message a le mérite d'être limpide.

Quand le vendeur jure qu'il n'y a pas de bulle

Counterpoint créditait SK Hynix de 58 % du marché mondial de la HBM en valeur au premier trimestre, loin devant Samsung et Micron (21 % chacun). NVIDIA venait par ailleurs, la veille, de promettre 70 % de croissance sur son prochain exercice. La demande existe donc bel et bien, et le patron de Micron tient un discours voisin sur une offre incapable de suivre.

Le 25 juin, dix-sept plaignants ont pourtant déposé une action collective pour entente présumée sur les prix de la RAM devant un tribunal fédéral californien. Ils accusent SK Hynix, Samsung et Micron d'avoir étranglé la production grand public sous couvert de virage vers la HBM, avec une envolée d'environ 700 % des prix en quatre ans à la clé. Une analyse de Bank of America versée au débat contredit au passage les promesses de retour de l'offre. Et pour ceux qui trouveraient l'hypothèse d'une entente farfelue, la Commission européenne avait déjà infligé 331 millions d'euros d'amende au cartel de la DRAM en 2010, SK Hynix compris (l'histoire ne repasse pas toujours les plats, mais elle garde les tickets de caisse).

Entre un fournisseur dominant qui a tout intérêt à prolonger le récit de la rareté et des plaignants prompts à crier au complot, la vérité se jouera devant le juge. Les projections du secteur, elles, tablent encore sur une hausse de 50 % des prix de la DRAM au troisième trimestre. Pas exactement le profil d'une accalmie.