Chez Amazon, certains employés d'entrepôt sont devenus techniciens satellites, grâce à un programme de formation maison. Deux d'entre elles ont vu une partie de leur propre travail s'envoler vers l'espace il y a quelques mois.

Nadine Finegold assemble un panneau solaire destiné aux satellites Amazon Leo, à Kirkland, dans l'État de Washington. Ancienne employée d'entrepôt, elle est devenue technicienne satellite grâce au programme Career Choice. © Amazon
Nadine Finegold assemble un panneau solaire destiné aux satellites Amazon Leo, à Kirkland, dans l'État de Washington. Ancienne employée d'entrepôt, elle est devenue technicienne satellite grâce au programme Career Choice. © Amazon

Il y a forcément un peu de communication là-dedans, il n'empêche que c'est une belle histoire que nous raconte Amazon. Nadine Finegold empilait encore des colis dans un centre de distribution en 2018. Huit ans plus tard, elle assistait, émue, au décollage d'une fusée transportant des satellites qu'elle avait elle-même contribué à assembler. « C'est presque magique, on a l'impression de toucher les étoiles », confiait-elle. Son parcours, comme celui de sa collègue Jessica Hubbell, montre que la diversification des activités chez Amazon (comme dans d'autres entreprises d'ailleurs) entre la logistique et l'aérospatial, rend possible les reconversions les plus improbables, grâce notamment à un programme interne.

De la préparation de commandes à l'assemblage de satellites, l'incroyable reconversion de salariées chez Amazon

Le dispositif de formation continue mis en place par Amazon, Career Choice, prend en charge les frais de scolarité de ses salariés désireux de se reconvertir. Depuis sa création, plus de 300 000 employés à travers le monde en ont profité pour changer de trajectoire professionnelle, d'après le géant du e-commerce, dans des secteurs parfois très éloignés de leur poste d'origine. Le parcours de Nadine Finegold en est un bon exemple. Après trois ans en centre de distribution, puis quatre années comme chauffeuse routière formée par Amazon, elle a décidé de s'inscrire au programme en septembre 2024, en étant la seule non-technicienne de sa promotion, face à des ingénieurs venus de toute l'Amérique du Nord.

Pour Nadine Finegold et Jessica Hubbell, la passerelle a pris la forme d'un partenariat entre Amazon et le Lake Washington Institute of Technology, dans l'État de Washington. Sur place, un cursus de six mois, entièrement financé par l'entreprise, leur a appris à assembler des structures aérospatiales, câbler des circuits électroniques, manier la fibre optique ou encore raccorder les systèmes électriques embarqués à bord des appareils, bref, tout ce qu'il faut savoir pour construire, littéralement, un satellite pièce par pièce. « Amazon a tout payé et m'a donné un vrai coup de pouce », résume Nadine. Diplômée en mars 2025, elle reçoit une offre d'embauche d'Amazon Leo deux jours plus tard à peine, la formation ayant visiblement fait mouche auprès des recruteurs.

Jessica Hubbell teste un composant satellite dans le laboratoire de simulation spatiale d'Amazon Leo, où les conditions extrêmes de l'espace sont reproduites. © Amazon
Jessica Hubbell teste un composant satellite dans le laboratoire de simulation spatiale d'Amazon Leo, où les conditions extrêmes de l'espace sont reproduites. © Amazon

Le résultat fut positif aussi pour Jessica, recrutée avant même d'avoir terminé sa formation. Arrivée chez Amazon dans un entrepôt du Colorado où elle emballait des cartons, avant de rejoindre le Texas puis l'État de Washington, elle travaille aujourd'hui dans le laboratoire de simulation spatiale d'Amazon Leo, où elle teste la résistance des composants aux conditions extrêmes de l'espace, vide, pression, chaleur, froid et vibrations comprises. « Ces satellites, une fois là-haut, on ne peut plus les récupérer. Tout doit être parfait », résume-t-elle, consciente que chaque boulon vérifié compte double.

Un secteur spatial qui recrute massivement des techniciens qualifiés

Le 29 mai 2026, les deux anciennes employées d'entrepôt ont même eu l'occasion de voir leur travail prendre littéralement son envol. Depuis Cape Canaveral, elles ont assisté au lancement réussi de la mission LA-07, qui a placé un nouveau lot de satellites Amazon Leo en orbite, où ils ont rejoint les plus de 375 exemplaires déjà déployés autour de la Terre. « Savoir que quelque chose que j'ai touché, que j'ai construit de mes mains, orbite autour de la Terre en ce moment même, ça compte énormément », a confié Nadine Finegold après le décollage.

Tout cela s'accompagne d'un investissement massif, puisqu'Amazon a dépensé plus de 200 millions de dollars pour développer ses infrastructures à Cape Canaveral. Parmi elles, on retrouve un bâtiment d'intégration verticale, qui est un hangar où la fusée est assemblée à la verticale, étage par étage, avant son transport jusqu'au pas de tir, ainsi qu'un nouveau système capable d'acheminer ces lanceurs déjà assemblés sur plusieurs kilomètres, sans les démonter. Mais tout cet arsenal industriel, aussi impressionnant soit-il, ne sert à rien sans les mains capables de le faire fonctionner au quotidien. Encore faut-il recruter et former les techniciens qui viendront assembler, tester et entretenir fusées comme satellites.

L'idée reçue voudrait que les métiers du spatial soient réservés aux ingénieurs et autres scientifiques. Mais en réalité, comme l'explique le vice-président des affaires publiques d'Amazon, Brian Huseman, les besoins se concentrent surtout sur des postes techniques très concrets, l'assemblage de précision, les tests, l'électricité et la logistique, des compétences que Career Choice permet de développer sans diplôme d'ingénieur en poche. Amazon multiplie les partenariats pour alimenter ce vivier de compétences, activement recherché face à une concurrence acharnée avec Starlink. Une manière, pour le géant du e-commerce, de construire sa propre filière de recrutement dans un secteur en pleine expansion, tout en offrant à ses employés d'entrepôt une trajectoire professionnelle qu'ils n'auraient peut-être jamais imaginée en poussant leurs premiers chariots de colis.