Une mère de famille de la Loire a porté plainte en février après avoir découvert qu’un homme adulte aurait usurpé l’identité d’une fillette de 10 ans sur Xooloo, une messagerie sécurisée pour les enfants. L’homme, originaire de la région lyonnaise, a depuis été mis en examen.

La mère met en cause le système de « classes » de Xooloo
La mère a remarqué plusieurs contacts communs entre le profil suspect et sa fille, dont une enfant rencontrée pendant des vacances dans un centre aéré. Elle soupçonne le système de « classes » et de relations communes de Xooloo d’avoir servi de porte d’entrée à l’homme adulte. Elle a signalé cette hypothèse aux enquêteurs, sans pour autant la confirmer. Géraldine Debard-Feyeux, journaliste au Progrès, a interrogé Grégory Véret, cofondateur de Xooloo avec sa sœur Aurore, sur cette question, sur la vérification de l’âge, sur la modération des images et sur d’éventuels précédents.
Selon le cofondateur, un individu ne peut pas intégrer une classe par l’intermédiaire d’un seul enfant. Plusieurs jeunes utilisateurs auraient nécessairement dû lui communiquer leur code. En revanche, Xooloo ne sait pas encore expliquer comment cette intrusion est précisément survenue. « Il y a un concours de circonstances qui est très étonnant », a reconnu Grégory Véret. Il a affirmé qu’il s’agissait du premier cas de cette nature porté à la connaissance de Xooloo, et a indiqué que l’alerte de la mère avait immédiatement placé « tous les voyants au rouge ». Le compte suspect a été rapidement suspendu, mais un profil « fantôme » peut être maintenu visible afin de ne pas alerter son utilisateur pendant que les enquêteurs agissent.

Les limites de Xooloo sur la vérification de l’âge de ses utilisateurs
Grégory Véret a admis que rien n’empêche techniquement un adulte de créer un compte en se décrivant comme un mineur. « La plateforme ne peut pas vérifier que la personne est un adulte », a-t-il précisé. Même limite pour les images à caractère sexuel. Leur détection et leur floutage ne sont pas automatiques, et une protection doit être activée sur l’appareil, une étape que Xooloo intègre au parcours destiné aux parents.
Par ailleurs, le Global Privacy Enforcement Network réunit 27 autorités de protection des données, dont la CNIL française. Ce réseau a examiné 876 sites et applications populaires auprès des mineurs en novembre dernier. Le réseau a détecté du contenu inapproprié sur un tiers des plateformes examinées. Sur les plateformes dotées d’un contrôle d’âge, 88 % ne demandaient qu’une déclaration volontaire à l’inscription, un contrôle que les enquêteurs ont contourné dans 72 % des cas testés.
Pour ce type de contenu, les parents peuvent aussi signaler un profil ou un échange directement sur Pharos, la plateforme de la police nationale accessible en continu pour les faits de pédocriminalité en ligne.
L'’homme mis en cause dans cette affaire, localisé dans la région lyonnaise et employé comme préparateur de commande dans un groupe de transport, a été mis en examen pour corruption de mineur, sollicitation pour la diffusion de son image et incitation à un acte de nature sexuelle par un moyen de communication électronique. Il est présumé innocent à ce stade de la procédure. Le Progrès indique que son avocate, sollicitée pour recueillir sa version, n’avait pas donné suite au moment de la publication de son enquête.
Après cette mise en examen, Sarah El Haïry, haute-commissaire à l’Enfance, a jugé la situation « glaçante ». Elle a affirmé que les prédateurs mentaient, usurpaient des identités et contournaient les dispositifs de sécurité pour s’infiltrer dans des espaces destinés aux enfants. « La sécurité numérique des enfants est une priorité absolue », a-t-elle ajouté.
La mère a depuis retiré ses enfants du système de classes. Ils continuent d’utiliser Xooloo, mais chaque nouveau contact est désormais ajouté avec elle.
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