Quarante-deux mille hectares envolés en France avant même la mi-juillet, et un navigateur satellite qui apprend enfin à montrer les flammes : l'Europe glisse une vue incendies dans Copernicus, au moment précis où tout le monde en a besoin.

Cet été, les images satellites des feux de Gironde ont autant informé qu'affolé, entre cartes officielles et bricolages générés par IA. Repérer un incendie sur l'imagerie du programme européen Copernicus réclamait pourtant jusqu'ici un vrai savoir-faire de spécialiste. Ce ne sera plus le cas : le navigateur officiel du programme propose depuis le 4 août une visualisation « feux » activable en un clic sur les images Sentinel-2.
Un script communautaire promu au rang d'option officielle
La nouvelle couche traduit l'image en langage de pompier : flammes actives en blanc et jaune, végétation en train de brûler en rouge, surfaces déjà calcinées en brun sombre et en noir. Derrière cette lecture immédiate se cache QuickFire, un script écrit dès 2017 par Pierre Markuse, dont les initiés copiaient-collaient le code dans l'option de visualisation personnalisée du navigateur (neuf ans de manipulation manuelle, tout de même). Simon Proud, responsable scientifique de la prochaine génération de Sentinel-2 à l'Agence spatiale européenne, a poussé pour que ce raccourci devienne une option par défaut. Faute de communiqué officiel, la nouvelle a d'ailleurs filtré par un simple message sur le serveur Discord de Bellingcat, le collectif d'enquête en sources ouvertes.
Sous le capot, la mission Sentinel-2 et ses trois appareils ne changent pas : ils photographient la Terre en multispectral, jusqu'à 10 mètres par pixel dans certaines bandes, gratuitement, politique de données ouvertes oblige. Il fallait simplement savoir quoi regarder ; désormais, un menu s'en charge. Le grand public y gagne une carte de plus, les journalistes et les enquêteurs un outil de vérification qui ne réclame plus la moindre ligne de code.
Le détecteur de fumée et le microscope
La NASA occupe déjà le créneau de l'alerte avec FIRMS, sa carte mondiale des feux mise à jour en quelques heures à peine, mais dont la résolution plafonne à 250 mètres. Sentinel-2 joue la partition inverse, une précision décamétrique au prix d'un passage tous les quelques jours seulement. L'un fait détecteur de fumée, prompt à sonner ; l'autre expert d'assurance, qui photographie les dégâts pièce par pièce. Les deux se complètent plus qu'ils ne se concurrencent. L'ESA nourrissait d'ailleurs déjà un atlas mondial des feux avec les données de Sentinel-3, signe que la maison européenne multiplie les angles de vue sur le même désastre.
Cette promotion tombe au cœur d'une saison hors norme. D'après le système européen EFFIS, plus de 42 000 hectares avaient déjà brûlé en France à la mi-juillet, du jamais-vu à cette date en vingt ans de relevés satellitaires. L'Espagne, elle, dépassait au même moment les 119 000 hectares. EFFIS relève d'ailleurs lui-même de Copernicus : l'Europe mesure ses propres désastres avec une précision dont elle se passerait volontiers. Le feu parti de Saumos le 22 juillet, présenté par les autorités comme le plus dévastateur en France depuis 1949, a parcouru environ 40 000 hectares et poussé 220 000 personnes à évacuer, rien qu'en Gironde. Ses images satellites ont déjà servi à démonter une rumeur complotiste sur l'origine des flammes. Concrètement, il suffit désormais d'ouvrir le navigateur Copernicus, de chercher sa commune et de sélectionner la couche pour vérifier soi-même ce que racontent les réseaux sociaux. Gardez seulement en tête la limite de l'exercice : l'image affichée peut dater de plusieurs jours, et en cas de menace réelle, c'est la préfecture qu'on écoute, pas un satellite.
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