Le parquet de Paris a ouvert une enquête hier sur des soupçons d’ingérence russe visant Raphaël Glucksmann. Une vidéo truquée, attribuée au groupe prorusse Storm-1516, usurpe l’identité du média Blast et met en cause sa compagne Léa Salamé ainsi que le journaliste Edwy Plenel.

Après un deepfake visant Raphaël Glucksmann, le parquet ouvre une enquête - ©Obatala-photography / Shutterstock
Après un deepfake visant Raphaël Glucksmann, le parquet ouvre une enquête - ©Obatala-photography / Shutterstock

La section de protection des libertés fondamentales du parquet de Paris a ouvert cette enquête d’initiative, après que la presse a évoqué ces soupçons. La brigade de lutte contre la cybercriminalité instruit désormais le dossier, pour des délits liés à la fabrication d’images truquées destinées à servir les intérêts d’une puissance étrangère.

Deux jours avant, Raphaël Glucksmann, eurodéputé Place publique et probable candidat à la présidentielle de 2027, a dénoncé une opération de déstabilisation. Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale l’a informé que le groupe Storm-1516, piloté directement par le GRU, les services secrets militaires russes, l’avait pris pour cible.

Deux détecteurs d’IA confirment la fabrication de la vidéo

La fausse vidéo circule depuis le 30 juillet, diffusée par des comptes basés dans plusieurs pays et traduite en plusieurs langues. Pendant près de deux minutes, elle reprend le logo, les couleurs et la mise en page des productions du magazine français Blast. Le faux reportage avance que Léa Salamé, présentatrice du 20 Heures de France 2, a proposé jusqu’à 50 000 euros à des rédactions comme Libération et Mediapart, en échange d’une couverture favorable à la candidature de son compagnon.

Sur X, Edwy Plenel dément avoir reçu un courriel de Léa Salamé. Il dénonce l’usage détourné de sa propre voix dans la vidéo.

Les vérificateurs de France 24 ont mesuré, avec le détecteur audio Hiya intégré à l’outil InVID, 98 % de probabilité que la bande sonore ait été générée par intelligence artificielle. Ils identifient aussi, avec le système de marquage SynthID d’OpenAI, l’image d’illustration comme un produit généré par ChatGPT.

Blast a déposé plainte pour contrefaçon et usurpation d’identité. L’article 226-8 du code pénal punit, de son côté, la diffusion d’un contenu généré par un procédé algorithmique et représentant l'image ou la voix d'une personne sans son consentement, avec une peine pouvant atteindre deux ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. L'article 411-10 réprime, par ailleurs, la fourniture de fausses informations destinée à servir les intérêts d'une puissance étrangère, une qualification que le parquet retient pour poursuivre les auteurs identifiés pour un délit plus lourd qu’une simple diffamation.

Depuis 2023, un second réseau prorusse, Matriochka, a visé ensuite Gabriel Attal (Renaissance) - ©Juergen Nowak / Shutterstock
Depuis 2023, un second réseau prorusse, Matriochka, a visé ensuite Gabriel Attal (Renaissance) - ©Juergen Nowak / Shutterstock

Storm-1516 vise Raphaël Glucksmann après Édouard Philippe et avant Gabriel Attal

Cette enquête suit une série d’attaques menée en quelques jours contre plusieurs candidats à la présidentielle. En juillet, de fausses accusations sur la santé d’Édouard Philippe (Horizons), diffusées sur les réseaux sociaux, reprenaient le mode opératoire de Storm-1516.

Depuis 2023, un second réseau prorusse, Matriochka, vise ensuite Gabriel Attal (Renaissance). Sur X, plusieurs comptes ont usurpé l’identité visuelle de médias français comme RFI et BFMTV pour lui prêter des symptômes de la maladie de Parkinson, puis des messages coordonnés ont interpellé directement les rédactions concernées.

Selon le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale ce type d’opération entre dans la catégorie des modes opératoires informationnels, une menace numérique jugée susceptible d’influencer le débat public en France et en Europe.

BFMTV a annoncé avoir engagé des démarches auprès des plateformes pour obtenir le retrait de ces vidéos.

Source : Le Monde