Une ordonnance rendue par la Haute Cour de Delhi ne se contente pas de demander le blocage de sites pirates en Inde. Elle vise également leurs noms de domaine, dont certains ont été rendus inaccessibles dans le monde entier moins de 24 heures plus tard.

© Shutterstock / Who is Danny
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Les décisions de blocage contre les plateformes pirates sont devenues courantes, mais leur portée reste souvent nationale : les fournisseurs d'accès empêchent leurs abonnés de joindre une adresse, tandis que le site continue de fonctionner dans les autres pays. HBO vient d'obtenir une mesure nettement plus ambitieuse devant la Haute Cour de Delhi. L'ordonnance provisoire cible 30 réseaux de sites accusés de diffuser sans autorisation les contenus du groupe et couvre plus de 120 noms de domaine. Parmi les "marques" concernées, de nombreux noms à la réputation mondiale.

Faire bloquer un site en Inde pour couper son domaine mondialement

La décision impose aux fournisseurs d'accès indiens de bloquer les adresses répertoriées. Elle ordonne également aux bureaux d'enregistrement de domaines (les sociétés auprès desquelles les adresses Internet sont déposées, dont les Américains Namecheap et Porkbun) de verrouiller ou suspendre les domaines concernés.

La nuance est importante. Un blocage par un opérateur télécom empêche seulement ses clients d'accéder au site. Une suspension du domaine peut, elle, rendre l'adresse inutilisable pour tous les internautes, quel que soit leur pays.

Les premiers effets ont été rapides. Dès le 28 juillet, un jour après l'ordonnance, certains domaines ont été placés sous les statuts techniques clientHold et serverHold. Plusieurs autres adresses en .to, ainsi que les domaines enregistrés chez Namecheap figurant dans la procédure, ont également été suspendus.

La méthode n'est d'ailleurs pas inédite : Netflix, Disney et Warner Bros avaient obtenu des résultats similaires devant la même cour dès 2024. Lorsque le registrar exécute l'ordonnance, les conséquences d'une décision pourtant nationale ne s'arrêtent pas aux frontières indiennes.

Les ayants droit n'obtiennent toutefois pas carte blanche

HBO souhaitait également pouvoir signaler directement les futurs miroirs et variantes de ces sites afin qu'ils soient suspendus sans revenir systématiquement devant le tribunal. Namecheap et Porkbun ont accepté d'agir contre les domaines déjà identifiés, mais se sont opposés à ce mécanisme trop large.

La Haute Cour leur a partiellement donné raison, en rappelant que la qualification de site « pirate » appartient au juge seul. HBO pourra transmettre de nouvelles adresses accompagnées de preuves. Les fournisseurs d'accès et registrars devront vérifier techniquement qu'il s'agit bien d'un miroir, d'une redirection ou d'une variante d'un site déjà visé, puis appliquer temporairement l'injonction. Le blocage aura donc effet avant le contrôle du tribunal, lequel devra ensuite valider chaque ajout.

HBO a donc obtenu un moyen beaucoup plus radical qu'un simple blocage DNS local, sans pour autant mettre fin au traditionnel jeu du chat et de la souris avec les plateformes pirates.

Sources : Torrent Freak