La lutte contre le piratage en ligne franchit un nouveau cap en France. La cour d’appel de Paris a confirmé, le 27 mars 2026, l’extension des blocages antipiratage à des services techniques comme les DNS, déjà engagée ces derniers mois. Une décision présentée comme une première en France par Canal+, qui y voit un tournant dans sa stratégie.

La justice française donne raison (une fois de plus) à Canal+.
La justice française donne raison (une fois de plus) à Canal+.

Désormais, ce sont aussi des services techniques essentiels du web, comme les DNS, qui peuvent être contraints de bloquer l’accès à des sites illégaux. Une évolution qui pourrait compliquer l’accès aux contenus pirates pour le grand public, sans pour autant mettre fin au phénomène.

Une décision qui élargit le champ du blocage

La justice française valide ici une stratégie portée de longue date par Canal+, particulièrement engagé dans la lutte contre le piratage de contenus sportifs. Après des décisions visant les fournisseurs d’accès dès 2022, puis les DNS, VPN et autres intermédiaires techniques ces dernières années, le groupe obtient désormais l’extension de ces blocages à d’autres intermédiaires techniques.

La cour d’appel de Paris a rejeté les recours déposés par plusieurs acteurs majeurs, dont Google, Cloudflare et Cisco. Tous contestaient leur rôle dans ce dispositif. La décision confirme qu’eux aussi peuvent être contraints de bloquer l’accès à certains sites, elle estime également que ces mesures sont techniquement possibles et proportionnées.

Concrètement, cela vise notamment des services DNS publics (comme Google Public DNS, 1.1.1.1 de Cloudflare ou OpenDNS) souvent utilisés pour contourner les blocages mis en place par les opérateurs. En s’attaquant à ces outils, Canal+ cherche à combler une faille bien identifiée.

Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)

Pour les internautes, les conséquences sont assez directes : des sites auparavant accessibles en changeant simplement de DNS pourraient ne plus l’être. Cette méthode de contournement, simple et largement utilisée, perd donc en efficacité.

Certes, des solutions comme les VPN ou les DNS chiffrés (DoH) permettent encore de contourner certains blocages. Mais depuis 2025, plusieurs services VPN sont eux aussi visés par des décisions de justice en France, qui les obligent à bloquer l’accès à des sites pirates. Une évolution qui réduit leur efficacité pour les utilisateurs les moins avertis et complique davantage les contournements simples.

Cette décision s’inscrit surtout dans une stratégie progressive avec laquelle il n’est plus seulement question de faire fermer des sites, facilement recréés, mais de s’attaquer directement aux points d’accès. En impliquant un nombre croissant d’intermédiaires, la décision soulève aussi des questions plus larges, notamment sur le risque de sur-blocage et sur le rôle des grandes plateformes techniques dans l’exécution de décisions judiciaires.

À court terme, ces mesures devraient surtout compliquer les usages les plus accessibles. Mais comme souvent dans ce domaine, elles pourraient aussi accélérer l’évolution des pratiques de contournement.

Source : Canal+