Greg Brockman l’a confirmé sans détour : OpenAI prépare une gamme d’appareils ChatGPT, pas un gadget isolé. La voix comme interface principale, Jony Ive aux commandes du design, et un procès Apple en toile de fond.

©arda savasciogullari / Shutterstock
©arda savasciogullari / Shutterstock
Quelques semaines après le Codex Micro, ce mini-clavier à 230 dollars vendu en 12 heures, OpenAI franchit un cap dans sa communication sur le matériel. Greg Brockman, le président de l’entreprise, a confirmé dans une interview accordée à Joanna Stern que la société construisait « une famille d'appareils » pour interagir avec ses modèles d’IA. Pas de nom, pas de prix, pas de date précise, mais une direction claire : la voix doit remplacer le clavier pour « la grande majorité » de ce que nous faisons sur nos machines. C’est un pari massif, et OpenAI avait déjà laissé entrevoir cette ambition matérielle, sans jamais l’assumer aussi ouvertement.

Enceinte, écouteurs, agent phone : une gamme encore en creux

Digital Trends rapporte que Brockman a refusé de confirmer ou d’infirmer les rumeurs circulant sur les formats précis. Les rapports évoquent une enceinte portable sans écran, des écouteurs dont le nom de code serait « Sweet Pea », et un éventuel « agent phone », soit un téléphone conçu autour de l’assistant plutôt qu’autour des applications.

Ce qui est confirmé, en revanche, c’est l’implication de Jony Ive. Le rachat d’io Products, sa startup hardware, a été finalisé en juillet pour un montant rapporté de 6,5 milliards de dollars, avec une cinquantaine de salariés intégrés. Ive et son studio LoveFrom conservent leur indépendance tout en prenant en charge le design et la direction créative de l’ensemble des produits OpenAI. Pour un premier appareil grand public attendu au second semestre 2026, la combinaison ChatGPT plus Ive n’est pas un signal anodin.

La voix d’abord, mais une réponse à Apple aussi

Brockman a développé sa vision de l’interface vocale avec une image concrète : ces masques « bec » insonorisés que certains employés de bureau portent pour parler à leur ordinateur sans déranger leurs collègues. Il admet ne pas en utiliser un, mais y voit un signal réel. L’argument sous-jacent est que si des gens acceptent de ressembler à des flamants roses pour parler à leur IA en open space, c’est que la voix a déjà gagné. Le clavier et la souris, selon lui, n’étaient qu’une phase transitoire. OpenAI mise sur des garanties « vérifiables et auditables » pour rassurer sur la confidentialité des données traitées par ces futurs appareils, un point critique pour des dispositifs potentiellement toujours en écoute.

Le Codex Micro d'OpenAI. © Colin Golberg

Le contexte judiciaire pèse quand même sur la balance. Apple a déposé plainte le 10 juillet devant le tribunal fédéral de Californie, accusant OpenAI et Tang Tan, l’un des cofondateurs d’io Products, d’avoir soutenu le vol de secrets commerciaux. La plainte allègue notamment que Tan aurait utilisé des noms de code de projets Apple lors de recrutements et demandé à des candidats d’apporter des composants matériels. Ce sont des allégations, pas des faits établis. Brockman a répondu brièvement : OpenAI « se concentre sur sa propre innovation » et « n'a aucun intérêt pour les secrets d’autres entreprises ». Que l’idée d’un appareil ChatGPT concurrent du smartphone soit prise assez au sérieux par Apple pour déclencher un procès avant même la sortie du moindre produit grand public dit quelque chose sur la crédibilité que l’industrie accorde à cette offensive.

OpenAI entre dans une phase où les annonces doivent se transformer en produits . OpenAI dispose d’avantages sérieux, notamment la distribution massive de ChatGPT, le design d’Ive et des modèles comme GPT-5 en socle technique. Reste à voir si une gamme centrée sur la voix convainc des utilisateurs qui, pour l’essentiel, n’ont jamais eu de mal à taper.