La NASA a chargé le vaisseau robotique LINK de repousser le télescope Swift vers une orbite plus stable, mais l’appareil tourne sur lui-même de façon incontrôlée depuis plusieurs jours. Deux de ses trois roues de réaction ne répondent plus, et l’entreprise à l'origine du robot travaille désormais à le stabiliser avant d’envisager la suite de la mission.

Le télescope spatial Neil Gehrels Swift, lancé en 2004 pour observer les sursauts gamma, perd de l’altitude depuis plusieurs années et pourrait se désintégrer dans l’atmosphère d’ici la fin de l’année. En septembre 2025, la NASA a confié son sauvetage à Katalyst Space Technologies, une jeune entreprise américaine spécialisée dans l’entretien de satellites en orbite. Northrop Grumman a lancé le vaisseau LINK à bord d’une fusée Pegasus XL le 3 juillet dernier, depuis l’atoll de Kwajalein. LINK doit capturer Swift, puis le hisser vers une altitude plus sûre. Mais depuis le week-end dernier, en raison d'une défaillance de son système de contrôle d’attitude, LINK tourne sur lui-même de manière incontrôlée. Deux de ses trois roues de réaction, qui orientent normalement l’appareil, ne répondent plus, et son système de propulsion à gaz froid fonctionne désormais de façon partielle.
LINK tourne sur lui-même après la panne de deux roues de réaction
Un satellite ajuste habituellement son orientation grâce à des roues de réaction, des disques métalliques qui accélèrent ou ralentissent à l’intérieur de l’appareil pour le faire pivoter sans consommer de carburant. LINK en embarque trois, mais deux d’entre elles ont cessé de répondre au cours du week-end, selon la NASA. Le vaisseau s’est alors retrouvé en rotation sur plusieurs axes à la fois pendant plus de 72 heures. Les communications avec la Terre se sont interrompues par intermittence, et le système informatique embarqué s'est réinitialisé, d’après Katalyst Space Technologies. Le système de propulsion à gaz froid, censé prendre le relais en cas de panne, ne fonctionne lui aussi que de façon partielle.
Avant le lancement, Kieran Wilson, ingénieur en chef de la mission chez Katalyst, avait prévenu que des vaisseaux aux budgets et aux délais bien supérieurs avaient déjà échoué pour des raisons anodines. « Tout cela est difficile et risqué », a-t-il déclaré.
Il s’agit de la première fois que la NASA confie à une entreprise privée le relèvement d’un de ses observatoires en orbite. Katalyst présente LINK comme le premier robot spatial commercial américain. L’entreprise a dû accélérer son calendrier, car l’orbite de Swift se dégradait rapidement. Katalyst disposait de peu de marge pour des essais supplémentaires.
Katalyst a levé environ 11 millions d’euros en juin, auprès des fonds Fortitude Ventures et Geodesic Capital. L'armée américaine finance par ailleurs une partie de ses travaux, intéressée par un véhicule capable d’intervenir sur des satellites ou de surveiller des engins rivaux.

UStarfish Space et Astroscale construisent aussi des robots pour réparer des satellites
Le SAV dans l’espace s’organise. Starfish Space, basée dans l’État de Washington, construit le véhicule Otter pour prolonger la durée de vie de satellites ou les désorbiter, avec plusieurs missions prévues pour la NASA et l'ARMée américaine. La société japonaise Astroscale mène de son côté des missions d’inspection et de retrait de débris pour plusieurs agences gouvernementales. La NASA envisage par ailleurs un sauvetage comparable pour le télescope Hubble, dont l’orbite se dégrade au fil des années.
Katalyst utilise désormais les propulseurs électriques orientables de LINK pour réduire sa vitesse de rotation. L’entreprise affirme avoir déjà entamé cette série de manœuvres et en observer les effets attendus. Katalyst indique, dans son suivi de mission, que LINK se trouve actuellement à environ 512 kilomètres d’altitude, et Swift à environ 302 kilomètres. Une fois la rotation stoppée, les ingénieurs devront revoir les paramètres de navigation du vaisseau. Ils valideront ensuite ces réglages par des simulations au sol, avant que LINK ne se rapproche de Swift pour une phase d’inspection. La NASA et Katalyst ne tenteront la capture, prévue au moyen de trois bras robotiques, qu’après avoir vérifié l'état de santé du vaisseau.