À l'approche de la rentrée, de nombreux parents se posent la même question : faut-il enfin acheter un smartphone à son enfant ? Alors que la France s'apprête à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une autre catégorie de produits mérite peut-être qu'on s'y intéresse de plus près : les montres connectées pour enfants. Plus limitées, mais aussi plus rassurantes, elles promettent de répondre aux besoins essentiels sans ouvrir la porte à l'ensemble de l'univers numérique. Une alternative crédible ?

Un premier appareil connecté au poignet plutôt qu'un smartphone dans la poche. ©  Dragon Images / Shutterstock
Un premier appareil connecté au poignet plutôt qu'un smartphone dans la poche. © Dragon Images / Shutterstock
L'entrée en vigueur prochaine de l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ne va évidemment pas empêcher les enfants de réclamer leur premier smartphone. En revanche, elle pourrait pousser certains parents à se poser une question différente : un téléphone est-il vraiment indispensable pour rester en contact avec son enfant ?

Pendant longtemps, le smartphone s'est imposé comme une évidence. Il permet d'appeler, d'envoyer des messages, de suivre la position de son enfant et de le joindre facilement après l'école ou lors de ses activités. Mais il embarque aussi tout le reste : réseaux sociaux, vidéos, jeux, navigateur web, notifications permanentes… Autant de fonctionnalités qui ne correspondent pas forcément aux attentes des parents, notamment lorsque l'enfant est encore en primaire.

Et si une montre suffisait ?

C'est précisément sur ce créneau que les montres connectées pour enfants tentent de se faire une place depuis plusieurs années. Leur promesse est simple : conserver les fonctions utiles d'un smartphone, tout en se passant de celles qui posent le plus de questions.

Dans la plupart des cas, ces montres permettent de passer des appels, d'échanger des SMS ou des messages vocaux, de partager la position GPS de l'enfant en temps réel, de définir des zones de sécurité ou encore de déclencher une alerte grâce à un bouton SOS. Les contacts sont généralement limités aux personnes autorisées par les parents, qui pilotent l'ensemble depuis une application mobile.

En revanche, pas de navigateur web, pas de boutique d'applications, pas de TikTok, de Snapchat ou d'Instagram. Certaines montres intègrent même un mode école qui désactive les fonctions de communication pendant les cours tout en laissant le bouton SOS actif. Autrement dit, elles cherchent moins à remplacer un smartphone qu'à proposer un premier appareil connecté pensé spécifiquement pour les enfants.

Une offre qui s'est considérablement étoffée

Longtemps dominé par quelques spécialistes, le marché est aujourd'hui bien plus fourni. Xplora vient par exemple de lancer en France les X6Play et XGO3, deux modèles destinés aux enfants de 4 à 12 ans. On retrouve également des références chez TCL avec la dernière Family Watch 2, la Garmin Bounce 2, ou encore imoo, et plus récémment Huawei, chacune avec sa propre approche, mais une philosophie assez proche.

XPLORA X6 Play - Montre connectée pour Enfants (avec SIM) – 4G, Appels, Messages, Mode école, Fonction SOS, localisation GPS, Appareil Photo, podomètre - incluant 3 Mois d'abonnement Gratuit (Noir)

Les différences se jouent principalement sur l'autonomie, la qualité de la géolocalisation, la présence d'un appareil photo ou non, la résistance à l'eau ou encore les services proposés aux parents. Les tarifs s'échelonnent généralement entre 100 et 250 euros, auxquels il faut souvent ajouter un forfait mobile dédié.

Cette diversité est assez récente. Il y a encore quelques années, trouver une montre connectée réellement pensée pour les enfants relevait presque du parcours du combattant. Aujourd'hui, le choix est suffisamment large pour comparer les fonctionnalités selon l'âge de l'enfant et le budget de la famille.

Notre expérience : une réponse pertinente... dans certains cas

Chez Clubic, nous avions testé l'an dernier la TCL Kids Watch, qui a d'abord été lancée en partenariat avec Bouygues Telecom. Ce qui nous avait marqué, ce n'était pas tant la technologie embarquée que la simplicité de l'expérience. Une fois passée la curiosité des premiers jours, la montre devenait avant tout un outil de communication entre l'enfant et ses parents.

Pour un élève de primaire qui commence à rentrer seul de l'école, à participer à des activités extrascolaires ou à passer quelques heures chez des amis, ce type d'appareil répond déjà à l'essentiel des besoins. Les parents peuvent appeler leur enfant, vérifier qu'il est bien arrivé à destination ou être alertés rapidement en cas de problème, sans lui donner accès à l'ensemble des usages d'un smartphone.

TCL Montre Intelligente d'appel vidéo 4G, Suivi GPS en Temps réel, caméra HD 2 MP, autonomie de la Batterie jusqu'à 7 Jours, écran de 1,54", Suivi d'activité, Interface utilisateur dédiée pour Les

En revanche, les limites apparaissent rapidement à mesure que l'enfant grandit. Les échanges avec les camarades, certaines applications scolaires, les photos ou encore la navigation sur Internet finissent par rendre le smartphone plus adapté à partir du collège. Une montre connectée ne remplace donc pas définitivement un téléphone ; elle peut surtout permettre d'en repousser l'arrivée.

Rassurantes, mais pas sans questions

Reste un point que les fiches produits abordent rarement : ces montres offrent toutes la possibilité d'activer la géolocalisation permanente. Cette promesse de tranquillité soulève ses propres questions. La CNIL s'en est d'ailleurs emparée en septembre dernier, dans une mise en garde consacrée aux dispositifs de géolocalisation des enfants. Le régulateur y rappelle que la géolocalisation en temps réel peut être très intrusive et présenter des dangers si des personnes malveillantes y ont accès, et conseille de la désactiver lorsqu'elle n'est pas utile, pour un trajet inhabituel, par exemple, plutôt qu'en surveillance continue.

Le risque n'est pas théorique. Dès novembre 2017, le régulateur allemand des télécoms, la Bundesnetzagentur, a interdit la commercialisation des montres pour enfants dotées d'une fonction d'écoute à distance, assimilées à des équipements de transmission non autorisés, allant jusqu'à demander aux parents de détruire les appareils déjà achetés. Et en 2019, c'est la Commission européenne qui procédait au rappel de montres connectées pour un défaut de sécurité dans le stockage des données sur des serveurs distants, un épisode que la CNIL cite elle-même dans sa mise en garde.

© SeventyFour / Shutterstock

Avant l'achat, quelques vérifications s'imposent donc. La CNIL invite à se méfier des dispositifs à bas coût, dont les solutions techniques sont parfois peu ou mal sécurisées, mais précise qu'un prix élevé ne garantit pas pour autant une meilleure protection. Elle recommande de vérifier que le fabricant communique clairement sur le respect du RGPD et indique le pays où la société est établie, et de s'assurer que l'accès à l'appareil et à l'application parentale peut être protégé par un mot de passe solide, voire une authentification complémentaire.

La Commission soulève enfin une question plus éducative que technique : un dispositif de géolocalisation risque d'habituer le mineur à être sous surveillance constante, sans lui faire prendre conscience de la valeur individuelle et collective de la vie privée. D'où sa recommandation : en parler avec l'enfant pour l'informer clairement, et obtenir son accord dès qu'il dispose d'une maturité suffisante. La montre connectée reste un outil de confiance… à condition que cette confiance circule dans les deux sens.

Montre, téléphone à touches ou smartphone bridé : quelle voie intermédiaire choisir ?

La montre connectée n'est d'ailleurs pas la seule option entre « rien du tout » et « smartphone complet ». Avant de trancher, il vaut la peine de passer en revue l'éventail des solutions, car chacune correspond à un âge et à un besoin différents.

La plus simple reste le bon vieux téléphone à touches. Pour une trentaine d'euros, un mobile basique permet d'appeler et d'envoyer des SMS, avec une autonomie de plusieurs jours et sans le moindre écran addictif. C'est d'ailleurs une piste que la CNIL elle-même met en avant : pour rester en contact avec un enfant, un simple dispositif de communication sans connexion Internet suffit souvent. Ses limites sont le revers de sa sobriété : pas de géolocalisation, pas de bouton SOS, pas de contrôle des contacts entrants. Et il faut bien l'admettre, son capital sympathie auprès des enfants est limité, là où la montre, portée au poignet, se perd moins facilement et s'assume plus volontiers dans la cour de récréation.

À l'autre extrémité du spectre, le smartphone bridé par un contrôle parental strict (Family Link chez Google, Temps d'écran chez Apple) offre la solution la plus évolutive. Les parents peuvent n'autoriser que les appels et quelques applications choisies, puis desserrer progressivement les contraintes à mesure que l'enfant grandit. Sur le papier, c'est séduisant. En pratique, cette approche exige une vigilance de tous les instants : les paramètres doivent suivre les mises à jour, les contournements existent, et surtout l'appareil embarque physiquement tout ce qu'on cherche à éviter. Chaque autorisation devient un sujet de négociation, et la frontière repose sur des réglages logiciels plutôt que sur la nature même de l'objet.

Entre les deux, la montre connectée occupe une position singulière. Plus complète qu'un téléphone à touches grâce au GPS, au bouton SOS et à la liste de contacts verrouillée, elle est aussi plus hermétique qu'un smartphone bridé : ses restrictions sont matérielles, inscrites dans la conception de l'appareil, et non contournables par un enfant débrouillard. Il n'y a rien à négocier, puisqu'il n'y a rien à débloquer.

Ce positionnement dessine assez naturellement une progression par âge : un téléphone à touches ou une montre en primaire selon le besoin de géolocalisation, puis un smartphone encadré par le contrôle parental à l'entrée au collège, avant l'autonomie complète. Vue ainsi, la montre n'est plus un smartphone au rabais, mais une étape dans un parcours.

Une question qui mérite d'être reposée

Cette approche graduelle rejoint d'ailleurs ce que nous expliquait le neuropsychologue Fabrice Pastor, interrogé par Clubic sur les dangers des écrans pour les enfants : le problème n'est pas tant l'écran lui-même que la durée et le contexte d'utilisation. Un usage passif et non supervisé produit des effets négatifs, quand un usage encadré et accompagné par les parents peut au contraire s'avérer bénéfique.

Le spécialiste mettait aussi en garde contre les interdictions strictes, qui risquent de creuser un écart de compétences numériques, et plaidait pour la sensibilisation et l'accompagnement. Vue sous cet angle, la montre connectée n'est pas une privation : c'est un premier pas dans le numérique dont le cadre est défini par la conception même de l'appareil, en attendant que l'enfant soit prêt pour la suite.

L'interdiction prochaine des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ne fera sans doute pas basculer toutes les familles vers les montres connectées. En revanche, elle a le mérite de remettre sur la table une question qui était parfois passée au second plan : pourquoi offrir un smartphone à un enfant ?

Si la réponse est simplement de pouvoir l'appeler, d'être rassuré ou de lui permettre de joindre ses parents, les montres connectées constituent aujourd'hui une alternative plus crédible qu'elles ne l'ont probablement jamais été, à condition de choisir un modèle sérieux sur le plan de la sécurité des données et d'en faire un outil de dialogue plutôt qu'un instrument de surveillance. Elles ne conviendront pas à tous les enfants ni à tous les usages, mais elles offrent une voie intermédiaire entre le téléphone classique et l'absence totale d'appareil connecté.

À l'heure où les familles cherchent un meilleur équilibre entre autonomie et exposition au numérique, cette catégorie de produits pourrait bien connaître une seconde jeunesse.

Sources : CNIL, Next