L’Arcom vient d’autoriser les chaînes nationales de la TNT à modifier leur diffusion hertzienne sur trois sites, en Savoie, dans le Cantal et en Ardèche. Une décision technique et localisée, mais qui pourrait bien marquer le début d’un mouvement plus large.

Est-ce le début de la fin pour la télévision hertzienne ? ©Shutterstock
Est-ce le début de la fin pour la télévision hertzienne ? ©Shutterstock

La télévision hertzienne, longtemps pilier incontesté du petit écran français, amorce un virage discret mais significatif. L’Arcom a donné son feu vert à une expérimentation portée par les chaînes nationales elles-mêmes, désireuses d’ajuster leur réseau de diffusion à une réalité économique de plus en plus tendue. Rien de spectaculaire à première vue : trois sites concernés, une poignée de foyers impactés, des solutions de repli déjà prévues. Mais le geste, lui, en dit long sur l’état de santé du modèle hertzien.

Trois sites pilotes concernés par une fermeture

Concrètement, les éditeurs des chaînes nationales, qui diffusent actuellement depuis 1 626 sites répartis sur le territoire métropolitain, ont sollicité l’Arcom pour optimiser leur couverture sur trois émetteurs précis : Saint-Paul-de-Salers dans le Cantal, Meyrieux-Trouet en Savoie, et Salavas en Ardèche. Réunie en session plénière le 8 juillet dernier, l’autorité de régulation a validé cette adaptation, qui prendra effet le 24 novembre 2026. En clair, ces trois antennes seront désactivées avant la fin de cette année. Pour les foyers concernés, la continuité de réception reste garantie, financée par les chaînes elles-mêmes, via une réorientation d’antenne râteau ou un basculement vers le satellite.

Derrière cette formulation technique se cache un aveu implicite. Les chaînes justifient explicitement leur demande par la nécessité d’adapter leur couverture à la décroissance de l’audience et du marché publicitaire, dans le seul but de préserver la viabilité économique de la diffusion hertzienne. Un motif qui tranche avec la philosophie initiale de la TNT, pensée dès 2005 pour garantir un accès universel et gratuit à la télévision sur l’ensemble du territoire.

L'’Arcom prend toutefois soin de rappeler que cette évolution ne remet pas en cause l’obligation légale de couverture de plus de 95 % de la population, fixée par la loi de 1986. Un garde-fou qui limite, pour l’instant, la portée de la décision à un strict cadre expérimental.

Vers la fin de la télévision linéaire ?

Ce geste ponctuel s’inscrit dans une tendance de fond bien documentée. Selon le dernier bilan de Médiamétrie, les Français ont consacré en moyenne 4 heures et 14 minutes par jour à des contenus vidéo en 2025, tous écrans confondus. Un chiffre qui semble élevé, mais qui masque une recomposition profonde des usages : la télévision linéaire, celle que capte justement la TNT, ne représente plus que 61 % de ce temps total, soit 2H51 par jour en moyenne. Le reste se répartit désormais entre replay, plateformes de streaming et vidéos sur les réseaux sociaux. En 2012, les Français passaient 3h50 devant le petit écran.

Le décrochage touche particulièrement les jeunes générations, qui ne regardent quasiment plus la télévision. Les audiences de plus de 50 ans représentent aujourd’hui 68 % de l’écoute de la télévision linéaire, contre moins de la moitié en 2010. Une bascule démographique qui fragilise structurellement le modèle publicitaire des chaînes, largement construit sur une audience de masse et intergénérationnelle.

Aujourd'’hui encore, la TNT reste utilisée par un peu plus d’un foyer sur deux, et près de 10 millions de Français n’ont accès à la télévision que par ce biais, sans box internet ni abonnement satellite. C’est précisément cette population qui observera de près l’issue de cette expérimentation. Car si l’optimisation de trois émetteurs ne change rien à leur quotidien, elle dessine, en filigrane, la trajectoire d'un réseau hertzien appelé à se resserrer autour des zones les plus rentables, quitte à s’effacer progressivement là où il compte le moins de spectateurs.

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