Sally, un robot humanoïde signé Realbotix, rejoindra les cours de sciences et de robotique du lycée de Salamanca, dans l'État de New York, dès la rentrée. La circonscription a signé un contrat de 50 270 euros pour ce robot et son assistant pédagogique piloté par intelligence artificielle.

Quand Harry rencontre Sally… Au lycée. La circonscription scolaire de Salamanca City Central, l’équivalent américain d’une petite académie regroupant plusieurs écoles, est installée sur la réserve de la nation Seneca et compte environ 1 300 élèves. Cet automne, ses lycéens croiseront un nouveau visage dans les cours de robotique. Sally, à l’apparence féminine, sera assise en permanence, mais bougera le haut du corps et modulera ses expressions faciales pour dialoguer avec les élèves. Optio, une plateforme d’avatars accessible sur ordinateur, la remplacera après les cours pour réviser une leçon ou poser une question.
« Salamanca marque le début d’une nouvelle ère », a déclaré Andrew Kiguel, P.-D. G de Realbotix. Le fabricant a doté le M-Series d'une peau en silicone et de longs cheveux bruns. Formé sur le programme scolaire de la circonscription, l’avatar Optio répondra aussi aux devoirs envoyés en photo et traduira les échanges dans plus de cent langues. Chaque élève dispose d'un code d’identification unique pour retrouver le fil de ses conversations passées. Selon Mark Beehler, superintendant de la circonscription, le système fonctionne hors connexion internet, et Realbotix n’a accès à aucune donnée personnelle identifiable des élèves. Realbotix a par ailleurs programmé le système pour alerter automatiquement l’administration en cas de mots-clés liés au suicide ou à l’automutilation.
Trois fois plus de postes vacants dans les écoles rurales
Selon des données du National Center for Education Statistics, les établissements ruraux américains comptent trois fois plus de postes d’enseignants non pourvus que les écoles périurbaines. Près de huit élèves sur dix de la circonscription vivent sous le seuil de pauvreté. Un tiers des élèves de la circonscription est d’origine amérindienne ou native d’Alaska. Le sénateur d’État George Borrello soutient le programme, qui donnerait un accès plus équitable au soutien scolaire, notamment aux élèves qui ne peuvent pas payer de tuteur privé. Ryan Schaaf, professeur de technologie éducative à l’université Notre Dame du Maryland, estime qu’ignorer l’intelligence artificielle représenterait un désavantage pour les élèves une fois sortis du système scolaire.
Realbotix négocie une séparation avec RealDoll d’ici septembre
Realbotix opérait jusqu’en 2024 sous le nom de Tokens.com et vendait des parcelles de terrain numérique dans le métavers contre des cryptomonnaies. Cette année-là, l’entreprise a racheté Simulacra, la maison mère de RealDoll, qui fabrique des poupées en silicone puis des robots compagnons. Un porte-parole de Realbotix affirme que les deux marques ne partagent ni employés ni technologie. Leurs équipes travaillent aussi dans des locaux différents. La société négocie une opération financière censée séparer les deux activités au niveau de l’actionnariat, avec une finalisation prévue avant septembre.
Le modèle M-Series vendu à Salamanca affiche un tarif de départ de 82 940 euros sur le site du fabricant. La circonscription a obtenu le sien pour 50 270 euros, remise comprise.
Tous les parents ne partagent pas cet enthousiasme. Sierra Abrams, mère d’élève dans la circonscription, a découvert le projet via une publication Facebook de l'école. Elle déplore ne pas comprendre l’utilité d’ajouter de l’intelligence artificielle aux difficultés déjà nombreuses de la communauté, notamment environnementales. Le syndicat New York State United Teachers réclamait, en mai, des limites sur l’usage de l'intelligence artificielle et du temps d’écran à l’école. Quelques semaines plus tard, le chancelier des écoles publiques de New York, Kamar Samuels, gelait à son tour les achats de nouveaux outils technologiques, le temps de finaliser une doctrine sur l’IA.