Apple Intelligence vient d’obtenir son feu vert en Chine, grâce à un partenariat avec Baidu et Alibaba. Pendant ce temps, l’Europe attend toujours, bloquée dans un bras de fer réglementaire qu’Apple dit ne pas pouvoir résoudre.

© Naïm BADA
© Naïm BADA

Apple a passé des mois à négocier avec Pékin pour faire homologuer Apple Intelligence auprès de l’Administration du cyberespace de Chine (CAC). C’est chose faite : le régulateur a enregistré le service d’IA générative d’Apple cette semaine, ouvrant la voie à un déploiement sur iPhone en Chine continentale. La condition pour y parvenir était claire depuis le début : respecter l’obligation d’enregistrement des modèles d’IA auprès des autorités chinoises, et s’appuyer sur des partenaires locaux. Apple a joué le jeu, comme le confirme 9to5Mac. En Europe, en revanche, la même entreprise invoque la vie privée pour justifier l’absence de Siri AI (iOS 27) sur iPhone et iPad, dans un marché pourtant bien plus familier. Le contraste commence à peser.

Baidu et Alibaba intégrés au cœur du service, sans date de lancement annoncée

Le modèle Qwen d’Alibaba sera intégré à Apple Intelligence sur iOS, iPadOS, macOS et visionOS pour les utilisateurs chinois, couvrant aussi bien la génération de texte que d’images. Baidu contribue également au service, via ses propres modèles d’IA, même si le groupe n’a pas communiqué publiquement sur l’étendue de son implication. La Chine impose l’enregistrement de tout service d’IA générative avant sa mise sur le marché : Apple n’avait donc pas d’autre option que de passer par cette case, et d’adapter son offre aux acteurs locaux.

Aucune date de lancement n’a été communiquée, mais l’approbation réglementaire précède généralement le déploiement de quelques mois à peine. Les livraisons d’iPhone ont progressé de 24,4 % en glissement annuel en Chine au deuxième trimestre, dans un marché global en recul. Apple Intelligence pourrait consolider ce retour en forme, à condition de combler rapidement le retard accumulé sur des concurrents chinois qui intègrent des fonctions IA depuis bien plus longtemps.

En Europe, Apple bloque sur iOS ce qu’elle concède à Pékin sur les serveurs

La Commission européenne n’a pas tardé à réagir au refus d’Apple de déployer Siri AI sur iPhone et iPad dans l’Union. Son porte-parole Thomas Regnier a été direct : « Absolument rien dans le DMA n’interdit à Apple d’introduire de nouveaux produits dans l'UE. » Apple avait proposé un cadre baptisé « Trusted System Agent » pour permettre aux assistants concurrents d’accéder aux mêmes capacités que Siri, tout en maintenant ses protections de sécurité. Bruxelles a refusé, estimant qu’Apple cherchait une exemption aux obligations d’interopérabilité plutôt qu’une solution conforme.

 Qwen est le modèle phare d'Alibaba, déja en version 3.7 et disponible en open-source. © Koshiro K / Shutterstock
Qwen est le modèle phare d'Alibaba, déja en version 3.7 et disponible en open-source. © Koshiro K / Shutterstock

La firme de Cupertino ne met pas en avant dans ce débat le fait qu’en Chine, elle stocke les données iCloud sur des serveurs opérés par GCBD, un partenaire lié à des entités étatiques, et y a déplacé les clés de chiffrement. Les données des utilisateurs chinois sont donc soumises au droit local, avec des possibilités d’accès gouvernemental que les lois américaines ne couvraient plus une fois les serveurs relocalisés. Apple a dit à l’époque avoir plaidé contre cette exigence, avant d’estimer que maintenir le service valait mieux que de le fermer. La comparaison avec sa posture en Europe tient quand même à un fil assez ténu.

Le déblocage en Chine montre qu’Apple sait négocier quand l’enjeu commercial est suffisamment fort. Le marché européen de l’iPhone n’est pas négligeable, mais le rapport de force avec Bruxelles est d’une autre nature : la Commission exige une ouverture structurelle du système, pas juste un enregistrement. La vraie inconnue, c’est de savoir si les deux parties trouveront un compromis avant l’automne 2027, ou si les utilisateurs iOS européens rateront encore un cycle complet. À ce rythme, Baidu et Alibaba auront peut-être plus d’utilisateurs d’Apple Intelligence que toute l’Europe réunie.