Dix-huit mois après le rachat de RMC BFM par CMA CGM, la valorisation du groupe, bousculé par la concurrence de CNews et un marché publicitaire en berne, s'est effondrée de 464 millions d'euros.

RMC BFM, CNews et plan de rigueur, la mauvaise passe de CMA CGM. © Alexandre Boero / Clubic
RMC BFM, CNews et plan de rigueur, la mauvaise passe de CMA CGM. © Alexandre Boero / Clubic

Il y a plus de deux ans maintenant, CMA CGM rachetait RMC BFM pour 1,57 milliard d'euros, avec pour objectif de s'imposer durablement dans le paysage audiovisuel français. Dix-huit mois plus tard, la réalité est plus rude, puisque la valeur comptable du groupe a fondu de près de 40 %, plombée par les départs de nombreux journalistes, la concurrence grandissante de CNews et un marché publicitaire à la peine. L'entreprise ne vit pas franchement dans la sérénité absolue, comme l'explique longuement l'Informé ce mercredi.

Pourquoi RMC BFM a perdu près de 40 % de sa valeur

La valeur des parts de RMC BFM dans les comptes de CMA CGM est passée de 1,2 milliard d'euros à seulement 730,4 millions d'euros fin 2025, soit une dépréciation de 464 millions d'euros en dix-huit mois à peine. Une chute d'autant plus difficile à digérer que l'armateur marseillais doit, en parallèle, rembourser plus de 384 millions d'euros de prêts contractés pour financer ce rachat.

Alors pourquoi une telle plongée ? D'abord, le changement d'actionnaire a déclenché une vague de départs de journalistes ayant fait valoir leur clause de cession. Un exode coûteux qui a plongé BFM TV dans le rouge dès 2024, alors que la chaîne info enchaînait les exercices bénéficiaires depuis douze ans, selon des informations déjà révélées par nos confrères.

L'autre coup dur, c'est la percée de CNews, qui a ravi à BFM TV son statut de première chaîne d'info en continu dès octobre 2024, un leadership disputé chaque mois depuis janvier, même si BFM TV assure l'avoir repris depuis mars. Autre choc, et il concerne aussi bien la télévision que la radio et le web, le marché publicitaire télé a reculé de 8,1 % en 2025 selon le baromètre Bump, et 2026 ne s'annonce guère plus clément. Les planètes, vous l'aurez compris, ne sont pas franchement alignées.

Un aperçu du stand CMA CGM à VivaTech cette année. © Alexandre Boero / Clubic
Un aperçu du stand CMA CGM à VivaTech cette année. © Alexandre Boero / Clubic

CMA CGM cherche des repreneurs pour les chaînes locales

En novembre, Claire Léost, qui dirige CMA Média, se voulait pourtant rassurante. Selon Le Figaro, elle assurait que le groupe était déjà rentable en 2025 (hors coûts liés aux départs) et le resterait en 2026. Le ton a changé depuis, avec l'annonce fin juin d'un plan de rigueur visant 20 millions d'euros d'économies, une cinquantaine de départs volontaires et la cession des neuf chaînes locales BFM Marseille, BFM Lyon etc.

Conseillée par Bucéphale Finance, selon Challenges, la direction cherche des repreneurs plutôt locaux pour ces chaînes régionales déficitaires. Plusieurs marques d'intérêt auraient déjà été reçues. Un journaliste de RMC BFM confirme d'ailleurs que l'essentiel des économies proviendra de l'arrêt de ces neuf chaînes, toutes structurellement déficitaires.

Une troisième mesure d'économies touchera La Provence, avec une trentaine de départs annoncés au sein du célèbre titre de PQR (presse quotidienne régionale), passé au format tabloïd au début de l'année. Le quotidien s'ajoute à La Tribune, où 56 postes de journalistes ont déjà disparu en avril au profit de 32 créations dans un pôle dominé par BFM Business, ce qui n'a pas manqué de déclencher une grève, et à La Tribune Dimanche, passée également du format berlinois au tabloïd. Rodolphe Saadé, le big boss de CMA CGM, avait dit ne pas vouloir « faire n'importe quoi » avec ses médias. Reste à voir si la rigueur suffira là où l'argent, jusqu'ici, n'a pas suffi.