Le rachat de SFR par Orange, Free et Bouygues Telecom change officiellement d'arbitre. Mercredi, la Commission européenne a renvoyé le dossier à l'Autorité de la concurrence française, qui aura 18 mois pour trancher.

Le rachat de SFR change de mains réglementaires et passe sous contrôle français. © Life Background / Shutterstock.com
Le rachat de SFR change de mains réglementaires et passe sous contrôle français. © Life Background / Shutterstock.com

Le très commenté rachat de SFR par Free, Bouygues Telecom et Orange vient de connaître un nouveau rebondissement. Ce type d'opération d'ampleur, au vu des acteurs engagés, relève en principe de la compétence de la Commission européenne. Mais Bruxelles a choisi, ce mercredi 15 juillet 2026, de renvoyer l'examen du dossier à l'Autorité de la concurrence française, à la demande d'Iliad, le groupe de Xavier Niel. Une bascule qui s'explique par le fait que le rachat de SFR ne forme pas une seule opération, mais trois rachats distincts et liés entre eux, un pour chacun des trois opérateurs, que l'Autorité devra désormais démêler avant de trancher.

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Pourquoi c'est Paris, et non Bruxelles, qui tranche le rachat de SFR

C'est presque un jeu de chaises musicales institutionnel qui vient d'avoir lieu. La Commission européenne a formellement transmis à l'Autorité de la concurrence l'examen de la prise de contrôle par Iliad, actif dans les télécoms via ses filiales Free et Free Mobile, de certains actifs d'Altice France et de sa filiale SFR. Sont concernées la téléphonie fixe, la téléphonie mobile, ainsi que les offres d'accès à Internet haut et très haut débit, autrement dit le cœur de métier de l'opérateur au carré rouge. Fait notable, ce renvoi, permis par l'article 4, paragraphe 4, du règlement européen sur les concentrations, n'a pas été imposé d'en haut. C'est en effet Iliad qui l'a sollicité auprès de Bruxelles.

Car ce dossier n'est en réalité qu'un tiers de l'équation. Dans le détail, le rachat de SFR se décompose en trois opérations de concentration distinctes mais contractuellement liées, une pour chacun des trois repreneurs, qui touchent toutes les mêmes marchés télécoms français. Le règlement européen prévoit justement ce genre de passerelle dès qu'une concentration menace sérieusement la concurrence sur un marché nettement circonscrit à un seul État membre, une définition taillée sur mesure pour un dossier aussi franco-français que celui-ci. Orange et Bouygues Telecom ont d'ailleurs pris de l'avance en amorçant leurs échanges de pré-notification dès le 30 juin ; Iliad n'a plus qu'à leur emboîter le pas, sans que l'autorité française ne coupe pour autant les ponts avec l'Europe, puisque les deux instances continueront de coopérer tout au long de l'instruction.

Ne vous attendez pas à un verdict rapide, et en ça, les opérateurs ont tous étaient honnêtes en coulisses. L'instruction de ces trois dossiers, menée de front, devrait s'étirer sur au moins 18 mois, ponctuée par la consultation des associations de consommateurs et des autorités sectorielles compétentes. Un tempo qui rassurera peut-être les abonnés les plus inquiets, et qui reste cohérent avec l'ampleur du dossier. Il s'agit tout de même d'un retour à trois opérateurs, un fait exceptionnel. La clôture définitive de l'opération ne devrait pas intervenir avant le second semestre 2027, au mieux.

Les quatre opérateurs français. © Alexandre Boero / Clubic

SFR découpé en trois : qui récupère quoi ?

Les choses ont beaucoup bougé depuis la première offre déposée par Orange, Bouygues Telecom et Free le 14 octobre 2025. Il y a un peu plus d'un mois, le 6 juin 2026, nous vous informions de la la signature d'un protocole d'accord entre Altice France et le trio Orange-Free-Bouygues Telecom, pour un montant total de 20,35 milliards d'euros. Le deal ne porte cependant pas sur l'intégralité du groupe Altice, puisque XP Fibre, ACS/Intelcia, UltraEdge et Altice Technical Services, tout comme les activités ultramarines, restent hors périmètre, l'opération se concentrant sur le cœur du réacteur SFR en France métropolitaine. Si tout se déroule comme prévu, la France basculera dans un marché mobile à trois opérateurs seulement pour la première fois depuis 2012 et l'arrivée de Free Mobile.

Dans le détail, Bouygues Telecom se pose en premier financeur, avec 42 % du montant total, soit environ 8,5 milliards d'euros de sa poche. En contrepartie, l'opérateur devrait récupérer l'intégralité de l'activité B2B de SFR, à commencer par SFR Business et ses 6,4 millions de clients, le MVNO Prixtel, ainsi que le réseau mobile déployé dans les zones rurales et peu denses, un segment stratégique pour un acteur historiquement moins présent hors des villes.

Free, de son côté, mettrait 6,2 milliards d'euros sur la table, soit 31 % de l'enveloppe globale, pour s'offrir RED by SFR et ses 6 millions d'abonnés, complétés par 2 millions de clients supplémentaires. De quoi franchir symboliquement la barre des 31 millions d'abonnés en France. Et Orange, l'opérateur historique, ferme la marche avec 27 % du total, environ 5,5 milliards d'euros, en échange de 4,9 millions de clients grand public et des marques MVNO Réglo, Syma et Coriolis, un lot plus modeste mais cohérent avec sa position déjà dominante sur le marché.