Le ministère chinois du Commerce a annoncé vendredi une interdiction temporaire d’exporter de l’hélium, indispensable à la fabrication des puces. Le P.-D. G d’Intel Lip-Bu Tan avait averti en juin de ce risque, alors que les combats en Iran perturbent l’approvisionnement mondial depuis plusieurs mois.

Selon le P.-D.G d'Intel, l'impact réel de l'hélium dans le secteur des semi-conducteurs n'avait pas l'air d'inquiéter outre mesure, lorsqu'il a prévenu du risque en juin  - ©Tada Images / Shutterstock
Selon le P.-D.G d'Intel, l'impact réel de l'hélium dans le secteur des semi-conducteurs n'avait pas l'air d'inquiéter outre mesure, lorsqu'il a prévenu du risque en juin - ©Tada Images / Shutterstock
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L’interdiction, publiée conjointement par le ministère du Commerce et l’Administration générale des douanes, s’applique au code douanier 2804290010 dès sa publication, sans exemption mentionnée pour aucun marché. Le texte invoque toutefois la loi chinoise sur le commerce extérieur. L’hélium refroidit les machines de lithographie ultraviolette extrême lors de la première étape de fabrication des puces, puis intervient dans le refroidissement des wafers, la gravure et plusieurs phases de dépôt de matériaux. Le gaz sert aussi à détecter les fuites sur les circuits de production. Les fondeurs consomment de plus en plus de ce gaz à mesure que la demande de puces pour l’intelligence artificielle progresse.

Une part chinoise minime dans la production mondiale d’hélium

D’après les données de l’US Geological Survey de mars, la Chine est au sixième rang mondial de la production d’hélium, à égalité avec la Pologne et avec seulement 1,6 % du total mondial. Les États-Unis dominent largement ce marché avec 81 millions de mètres cubes produits, loin devant le Qatar, la Russie, l’Algérie et le Canada. Selon plusieurs experts, il est donc improbable que cette décision perturbe la fabrication de semi-conducteurs.

La Chine importe pourtant plus de 80 % de son hélium, selon le fournisseur de données chinois SCI99. Le Qatar livre à lui seul plus de la moitié de ces importations depuis plusieurs années. En outre, des entreprises chinoises rachètent de l’hélium russe pour le revendre sur des marchés étrangers, notamment en Europe. L’arrêt des exportations chinoises pourrait donc resserrer l’offre mondiale au-delà du seul poids industriel du pays.

Pékin a déjà limité les exportations de carburant, puis celles d’engrais, et plus récemment celles d’acide sulfurique. La capitale chinoise privilégie systématiquement ses besoins intérieurs avant les marchés extérieurs, quelle que soit la matière première concernée. Les sanctions américaines limitent par ailleurs l’accès de la Chine aux puces les plus avancées produites à Taïwan. Les fondeurs chinois comptent, dans ce contexte, sur leurs propres capacités, encore loin du niveau de leurs concurrents internationaux.

L'hélium refroidit les machines de lithographie ultraviolette extrême lors de la première étape de fabrication des puces, puis intervient dans le refroidissement des wafers, la gravure et plusieurs phases de dépôt de matériaux - ©Tada Images / Shutterstock
L'hélium refroidit les machines de lithographie ultraviolette extrême lors de la première étape de fabrication des puces, puis intervient dans le refroidissement des wafers, la gravure et plusieurs phases de dépôt de matériaux - ©Tada Images / Shutterstock

Une deuxième alerte hélium en quatre mois

Cette décision ne va pas dans le sens d’une sortie de crise. Depuis mars les combats avaient déjà bloqué le détroit d’Ormuz et fermé une installation gazière au Qatar. Les prix de l’hélium progressent fortement depuis le déclenchement du conflit fin février. Un responsable français d’Air Liquide avait alors prévenu d’un risque de pénurie à court terme. Les combats ont repris ces derniers jours au Moyen-Orient et perturbent de nouveau les flux de gaz naturel liquéfié dont l'hélium est extrait.

Les fabricants de puces avaient déjà traversé une alerte comparable avec le néon ukrainien en 2022, puis avec les tensions sur le CO2 industriel de haute pureté quelques mois plus tôt. Les usines européennes en construction sont donc affectées, alors que le programme européen des semi-conducteurs consacre plus de 43 milliards d’euros à la montée en puissance des usines de production du continent.

Le P.-D. G d’Intel Lip-Bu Tan en avait parlé en juin, dans un podcast consacré aux tensions dans l’industrie des semi-conducteurs. Les limites de puissance électrique freinaient déjà la croissance de la demande en intelligence artificielle dans certains pays. Mais selon lui, l’impact réel de l'hélium dans le secteur des semi-conducteurs n’avait pas l’air d’inquiéter outre mesure.

Gary Ng, économiste senior à la banque française Natixis, estime que la mesure chinoise cherche avant tout à sécuriser l’approvisionnement des fabricants locaux plutôt qu’à répondre à un calcul politique. Pour Cameron Johnson, associé du cabinet shanghaïen Tidalwave Solutions, la décision chinoise est le signe du gros manque de gaz disponible pour les besoins domestiques du pays.

Source : WCCFTech