Samsung vient de transformer les prévisions en record. Porté par la flambée du marché de la mémoire, le groupe sud-coréen estime avoir réalisé un deuxième trimestre 2026 historique : 171 000 milliards de wons de chiffre d'affaires et 89 400 milliards de wons de bénéfice opérationnel, soit environ 51 milliards d'euros, un bénéfice multiplié par 19 en un an.

Pour donner un ordre d'idée, ce seul bénéfice trimestriel dépasse largement le bénéfice opérationnel annuel publié par Samsung l'an dernier, et surpasse de 6 % des attentes de marché déjà très élevées. Samsung ne profite pas seulement du boom de l'intelligence artificielle : il en est devenu l'un des grands gagnants industriels.
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Le vrai moteur de Samsung n'est pas dans votre poche
C'est sans doute le point le plus parlant pour le grand public. Quand on pense Samsung, on pense Galaxy, téléviseurs OLED ou électroménager. Mais ce n'est pas là que se joue cette performance et c'est même tout l'inverse : selon les premières estimations, la division mobile accuserait une perte opérationnelle d'environ 1 000 milliards de wons, plombée par la hausse du coût des composants.
Le moteur du groupe, c'est sa division Device Solutions, autrement dit les semi-conducteurs. Plus précisément la mémoire : DRAM et HBM, ces puces devenues indispensables aux serveurs d'intelligence artificielle. La demande des géants du cloud dépasse largement l'offre, et les prix s'envolent : +44 % pour la DRAM et +53 % pour la NAND en un seul trimestre. Le record de Samsung tient donc autant à un effet prix qu'à un effet volume. Avec un revers pour le consommateur : pour privilégier les puces IA, les fabricants réduisent la production de mémoire grand public, ce qui se ressent sur les tarifs des smartphones et ordinateurs portables.
Ces chiffres restent préliminaires. Le détail par division sera publié en fin de mois. Pour autant, le message est clair : le centre de gravité financier du groupe s'est déplacé vers les puces pour l'IA.
Un record accueilli par… une chute en Bourse
C'est le paradoxe le plus frappant de cette annonce. Le jour même de la publication, l'action Samsung a plongé de près de 8 % à Séoul, entraînant SK Hynix et tout l'indice Kospi (l’indice principal des grandes entreprises sud-coréennes) dans sa chute, au point de déclencher un coupe-circuit sur les transactions automatiques.
Comment expliquer qu'un bénéfice record fasse fuir les investisseurs ? Parce que le marché de la mémoire est connu pour ses cycles brutaux : quand la demande explose, les prix montent vite ; quand les capacités de production rattrapent la demande, le retournement peut être tout aussi violent. Or les capacités arrivent, massivement : la Corée du Sud vient d'annoncer un plan public-privé de plus de 1 000 milliards d'euros sur dix ans, dont quatre nouvelles usines pour Samsung et SK Hynix. La demande semble assurée jusqu'en 2027, mais au-delà, personne ne sait vraiment.
La vraie question n'est donc plus de savoir combien Samsung peut gagner en 2026, mais combien de temps ce niveau de rentabilité peut durer. L'IA a transformé la mémoire en produit stratégique, mais elle n'a pas fait disparaître les risques de surcapacité ni de ralentissement des investissements dans les serveurs.
Pour l'heure, Samsung peut savourer un trimestre hors norme. Le groupe n'a jamais gagné autant d'argent, et ce n'est pas grâce à un nouveau Galaxy ou à un téléviseur plus lumineux. C'est grâce à une brique beaucoup moins visible, mais devenue absolument centrale : la mémoire qui fait tourner l'intelligence artificielle.