Sony signe la fin des jeux PlayStation sur support physique à partir de 2028. Une évolution presque logique pour l’industrie, mais beaucoup moins anodine pour les joueurs, qui troquent de facto la propriété contre un simple droit d’accès.

A partir de janvier 2028, vous pourrez encore acheter vos jeux dans des boutiques physiques, mais les boîtes ne contiendront rien d'autre qu'un code. Fini le disque optique ! ©Mehaniq x Shutterstock
A partir de janvier 2028, vous pourrez encore acheter vos jeux dans des boutiques physiques, mais les boîtes ne contiendront rien d'autre qu'un code. Fini le disque optique ! ©Mehaniq x Shutterstock

Je prends ma plume pour un disque. Pas par nostalgie du plastique, ni par envie de défendre coûte que coûte les boîtes qui prennent la poussière sur nos étagères. Si la disparition progressive du jeu physique sur PlayStation mérite qu’on s’y arrête, c’est parce qu’elle raconte autre chose qu’un changement de format. Elle dit notre bascule vers un jeu vidéo que l’on achète de moins en moins comme un objet, et de plus en plus comme une autorisation d’accès.

Pour ceux qui auraient raté un épisode, Sony a annoncé hier l’arrêt de la production de Blu-ray pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. Grosso modo, la PS5, la future PS6 et leurs héritières se passeront de l'historique galette optique. Pour l’industrie, l’évolution semble presque naturelle. Pour les joueurs, elle l’est beaucoup moins.

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Le disque recule, la propriété aussi

Soyons honnêtes, le physique a déjà perdu la bataille commerciale. Sur PlayStation, la majorité des ventes de jeux complets se fait désormais en téléchargement. Le disque est devenu minoritaire, parfois incomplet, souvent accompagné d’un énorme correctif dès le premier lancement. Il n’a donc plus grand-chose du support parfait que certains aiment idéaliser.

Mais il conservait un pouvoir très simple, et c’est peut-être pour cela qu’il dérange autant l’économie moderne du jeu vidéo. Un disque, on peut le prêter, le donner, le revendre, le ranger, le retrouver. On peut aussi ressortir une cartouche Mega Drive, Super Nintendo ou Mattel Intellivision plusieurs décennies plus tard et espérer jouer sans demander la permission à une boutique en ligne.

Avec le tout-dématérialisé, cette évidence disparaît. Un jeu acheté aujourd’hui reste lié à un compte, à une plateforme, à des serveurs, à des licences et à des conditions d’utilisation qui peuvent changer. Rien ne garantit qu’il sera encore accessible dans vingt ou trente ans avec la même simplicité qu’un vieux jeu sorti d’un carton poussiéreux remisé au grenier.

Le grand trou noir de l’occasion numérique

Le plus étrange, c’est que l’Europe semble regarder cette bascule avec une forme de fatalisme. Le marché de l’occasion physique existe depuis toujours. Il a permis à des générations de joueurs de découvrir des titres sans se ruiner, de revendre des jeux finis ou déceptifs, d’échanger des galettes avec des proches, de faire circuler les œuvres... Son équivalent numérique, lui, reste totalement verrouillé et aseptisé.

En France, la Cour de cassation a malheureusement confirmé en 2024 que les jeux vidéo dématérialisés ne pouvaient pas être revendus comme des disques ou des cartouches. Autrement dit, le joueur perd une liberté ancienne au moment même où l’industrie lui explique que le numérique est plus pratique, plus simple et plus moderne.

Récemment, le retrait annoncé de nombreux films StudioCanal des bibliothèques PlayStation rappelle aussi que le sujet n’a rien d’une inquiétude de collectionneur. C’est le syndrome The Crew d’Ubisoft : du jour au lendemain, l'éditeur coupe les serveurs d'un jeu, et votre disque physique se transforme en vulgaire sous-bock. Aujourd’hui, ce sont des films ou des jeux en ligne. Demain, pourquoi pas des jeux, si une licence expire, si un accord commercial se termine, si un éditeur disparaît du paysage ou si une console n'est plus supportée par Sony ?

Certes, le disque n’était pas parfait, il avait une certaine fragilité (rayures, oxydation du support, etc.). Il ne protégeait pas de tout, surtout à l’ère des mises à jour obligatoires et des jeux vendus incomplets. Mais il avait au moins une qualité que le numérique peine encore à remplacer : il donnait au joueur le sentiment de posséder quelque chose. Et quand ce sentiment disparaît, ce n’est pas seulement un support qui quitte les rayons, c’est aussi une part de notre liberté qui se dématérialise avec lui.