En mars 2026, Pékin avait obtenu d'Apple une baisse de commissions qu'aucune juridiction occidentale n'avait réussi à arracher. Trois mois plus tard, 48 développeurs chinois déposent une plainte formelle en estimant que ce n'était qu'un début.

Apple Store à Chengdu, Chine © Shutterstock
Apple Store à Chengdu, Chine © Shutterstock

Depuis le lancement de l'App Store en 2008, la commission standard d'Apple s'est maintenue à 30 % (15 % pour les petits développeurs), un socle que ni les tribunaux américains, ni l'Union européenne, ni aucune autre juridiction n'avaient réussi à faire bouger de façon significative pendant des années. La Chine avait changé ça en mars 2026 : sous la pression des régulateurs chinois, Apple avait accepté de ramener sa commission standard à 25 %, une première dans l'histoire de la plateforme. Trois mois plus tard, 48 développeurs signent une plainte formelle auprès de l'Administration d'État pour la régulation du marché (SAMR) et publient une lettre ouverte, estimant que 5 points de réduction ne réglaient pas le problème de fond.

La baisse de mars 2026 n'aura pas suffit

La plainte, publiée via le développeur Tian Junwei sur WeChat et relayée par le South China Morning Post, accuse Apple d'abus de position dominante via des frais « injustes et excessivement élevés ». Les 48 signataires jugent insuffisante la baisse de mars 2026 et réclament deux mesures que la réduction de commission n'a pas apportées : la possibilité de distribuer leurs applications via des boutiques alternatives à l'App Store, et plus de souplesse sur les modes de paiement. Apple n'a pas commenté cette plainte. La démarche n'est pas sans précédent en Chine : en octobre 2025, 55 consommateurs avaient déjà signalé Apple à la SAMR, et en 2024, un tribunal de Shanghai avait reconnu la position dominante d'Apple sur le marché des logiciels en Chine, tout en rejetant la plainte au fond.

Ce que les développeurs chinois veulent, et que les européens ont déjà

Le cœur de la revendication des 48 développeurs porte précisément sur ce que le Digital Markets Act a imposé à Apple en Europe : des boutiques d'applications tierces et des alternatives aux systèmes de paiement d'Apple. En Europe, sous la pression du DMA et d'une amende de 500 millions d'euros, Apple a dû ouvrir iOS à des marketplaces concurrentes et autoriser les développeurs à rediriger leurs utilisateurs vers des paiements extérieurs à l'App Store. La structure tarifaire européenne résultante est devenue particulièrement complexe (frais d'acquisition de 2 %, frais de services entre 5 et 13 % selon les cas, auxquels s'ajoute une Core Technology Commission de 5 % par installation), au point qu'Apple a elle-même fait appel de l'amende en estimant que les exigences de la Commission allaient au-delà du texte de loi.

Pour mesurer l'impact réel de la baisse de commission sur les consommateurs, une étude publiée en novembre 2025 par Analysis Group (commandée par Apple, ce qui mérite d'être signalé) portant sur plus de 41 millions de transactions sur l'App Store européen, concluait que « les développeurs ont maintenu leurs prix ou les ont augmentés dans plus de 90 % des cas » après la baisse, et que « plus de 86 % des économies réalisées sont allées à des développeurs situés en dehors de l'UE ». Autrement dit, la baisse de commission ne se traduit pas automatiquement par une baisse du prix des applications pour l'utilisateur final.

La dynamique qui se dessine en Chine reproduit en accéléré ce que l'Europe a vécu entre 2022 et 2026 : d'abord une pression réglementaire qui arrache une concession sur les commissions, puis une insatisfaction des développeurs qui réclament les boutiques alternatives que seul un cadre juridique contraignant peut imposer. La Chine dispose d'un levier que l'Europe n'a pas utilisé aussi directement, la menace d'exclusion du marché, et s'en est servi pour obtenir une concession tarifaire. Les boutiques alternatives, elles, pourraient être plus difficiles à arracher sans un texte du type DMA.