Le constructeur japonais Nissan aurait interrompu le développement d’une version 100 % électrique du Qashqai, son modèle le plus vendu en Europe. La décision, non officielle, est le résultat du plan de restructuration Re:Nissan lancé fin 2024. Sur deux exercices consécutifs, le groupe a accumulé près de 7 milliards d’euros de pertes nettes.

Le Qashqai est sorti des chaînes de l’usine de Sunderland, au nord-est de l’Angleterre, pour la première fois en 2007. Presque vingt ans ont passé, mais ce SUV compact est toujours le pilier des ventes européennes de Nissan, à hauteur de 45 % des 330 000 unités écoulées sur le continent en 2025. En 2023, le constructeur avait annoncé une version 100 % électrique de ce modèle, destinée à être produite à Sunderland. Depuis, le projet est au point mort. Six sources proches du dossier ont indiqué à Reuters que le développement avait été arrêté discrètement l’année dernière, dans le cadre d’une revue générale de la gamme.
Nissan n’a pas officiellement confirmé l’information. Dans un communiqué, le groupe a déclaré rester « engagé dans l'expansion de son offre électrifiée, incluant des développements futurs pour le Qashqai », sans apporter de précision sur le calendrier. Selon Reuters, si le projet reprend un jour, le Qashqai électrique n’arriverait pas en concessions avant le début des années 2030, avec plusieurs années de retard sur des rivaux déjà en place.
Sunderland perd la moitié de sa production en dix ans
Lorsqu’on connaît le contexte plutôt tendu du secteur industriel britannique, on n’est pas surpris de l’abandon du projet. En 2016, l’usine de Sunderland produisait 500 000 véhicules par an. En 2025, elle en a assemblé environ 273 000. Nissan y emploie 6 000 personnes, mais a annoncé en mai la fermeture d’une de ses deux lignes de production, la cadence du Qashqai étant réduite à une seule équipe.
Les négociations avec le gouvernement britannique se poursuivent sur l’avenir du site. Le 3 juin dernier, Nissan a signé un protocole d’accord non contraignant avec le constructeur chinois Chery International UK pour étudier une sous-traitance industrielle sur la ligne n° 1, libérée par la réduction de production. On parle d’un démarrage éventuel pour l’exercice fiscal 2027. Nissan resterait propriétaire du site, et l’ensemble du personnel demeurerait sous contrat avec le groupe nippon. L’accord prévoit notamment l’assemblage de modèles de la marque Jaecoo, filiale de Chery, dont les ventes au Royaume-Uni ont progressé en 2025.

Re:Nissan réduit la gamme de 56 à 45 modèles
Le plan Re:Nissan pilote depuis fin 2024 une restructuration de grande ampleur. Sur son dernier exercice fiscal, clos fin mars, le groupe a enregistré une perte nette de 533 milliards de yens, soit environ 2,88 milliards d’euros, en recul par rapport aux 4,1 milliards d’euros de l’exercice précédent. En deux ans, le bilan cumulé avoisine 7 milliards d'euros de pertes nettes.
Le P-. D. G Ivan Espinosa a annoncé mi-avril la réduction de la gamme mondiale de 56 à 45 modèles, avec 80 % de la production concentrée sur trois grandes familles de véhicules. Le réseau d’usines passera de 17 à 10 sites d’ici 2027, et 20 000 postes seront supprimés dans le monde, soit 15 % des effectifs. En Europe, 900 suppressions d'emplois ont déjà été annoncées, principalement des postes administratifs au Royaume-Uni, en France et en Espagne.
À Sunderland, la Leaf de troisième génération, un crossover compact basé sur la plateforme CMF-EV de l’Alliance Renault-Nissan, est entrée en production en 2025. Un Juke électrique doit rejoindre les chaînes en 2027. Le site concentre désormais l’ensemble de ses investissements sur ces deux modèles, au détriment du Qashqai. Nissan avait par ailleurs annulé, selon Nikkei, un projet de Jatco, sa filiale de transmissions, portant sur une usine d’essieux électriques à Sunderland, avec un investissement annulé d’environ 57 millions d’euros.La filiale Chery, de son côté, fabrique déjà des voitures dans l’ancienne usine Nissan de Barcelone, reprise en coentreprise avec le partenaire espagnol Ebro depuis 2023.
Source : Reuters